À boutte de l’Expo 67

06 Juil 2017 par Louis Morissette
Catégories : Culture

Louis est-il jaloux des boomers qui ont connu l'Expo 67? Peut-être pas tant que ça...

Chers boomers,

Je m’en confesse, je suis jaloux. Jaloux de vos tendres et précis souvenirs d’Expo 67. Et ça tombe bien mal, parce que vous n’êtes jamais avares de détails à propos de l’été 67.

«C’était l’année de l’amour, c’était l’année de l’Expo.»

«Expo 67, l’année où le mot IMPOSSIBLE fut banni du lexique québécois.»

L’Expo 67, Terre des Hommes, les Expos de Montréal, les Jeux olympiques de Montréal, les grands projets d’infrastructures, comme la construction du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine… Vous en aviez, des projets! Et ces projets, c’était l’espoir, c’était la fin des complexes. Le Québec passait à une nouvelle étape, celle de l’affirmation et de la mobilisation.

Quarante ans plus tard, je me demande où sont passés ces beaux projets qui unissaient toute une population vers un objectif commun. Sont-ils tous partis à Toronto? Sont-ils encore possibles? Est-ce que notre société de selfies, de likes et d’autopromotion sur les réseaux sociaux est tellement centrée sur elle-même qu’elle est devenue incapable d’être rassemblée autour d’un projet collectif? Est-ce que notre besoin de commenter (lire: de s’insurger à propos de tout) tue tous les rêves?

Imaginez que je débarque demain matin sur la place publique en disant:

– «Ouin ben, l’année prochaine, on va dumper des tonnes de roches dans le fleuve, pis on va fabriquer une fausse île! Des millions de personnes vont venir voir ça, ce sera une vitrine exceptionnelle pour le Québec!»
(Bruits de foule qui maugrée.)

– «Attendez! Laissez-moi finir! Sur l’île, on va construire un parc d’attraction! Plus tard, on pourrait en faire une piste de course avec des voitures. Pas pire, hein?»

Avant même d’avoir fini ma phrase, mon projet serait mort!

«Où vont aller les grenouilles qui pataugent dans ce coin-là?» – Greenpeace
«J’paierai pas pour le monde de Montréal!» – Les animateurs de Québec
«C’est un projet libéral? Je suis contre!» – Les péquistes
«C’est un projet péquiste? Je suis contre!» – Les libéraux
«Ça fait trop de bruit!» – Les résidents de Saint-Lambert
«Les parcs d’attraction servent trop de malbouffe!» – Un «chroniqueux»
«Pis moé, ça fait 26heures que j’attends à l’urgence!» – Un auditeur de tribunes téléphoniques

Certains arguments sont tout à fait recevables, notamment ceux qui touchent l’écosystème du fleuve Saint-Laurent. Cela dit, je demanderais aux boomers d’arrêter de se péter les bretelles avec un projet qui fut adopté à une époque où les normes étaient bien différentes. Aujourd’hui, je ne peux même plus faire pousser de gazon à moins de 15 m du lac où je passe mes étés. Je dois «nourrir» le lac avec des plantes! On est loin du temps où l’on pouvait remplir le fleuve de ciment!

J’ai aussi la vague impression qu’il régnait alors une forme de «démocratie rigide» qui permettait de réaliser de grands projets de société en muselant certains détracteurs. Sans compter que c’est plus difficile de se plaindre d’un projet quand on doit écrire une lettre à la main, la poster, espérer qu’un journal la publiera et faire ensuite du porte-à-porte pour trouver des appuis! Ces mêmes personnes qui nous montrent, les yeux pleins d’eau, leurs photos de l’Expo 67 sont l’incarnation d’une population sclérosée par l’opinion des uns et des autres. Devant leurs claviers d’ordinateur, le temps d’un statut Facebook, ces gens-là détruiraient le projet de Terre des Hommes. Imaginez Jean Drapeau à l’ère des réseaux sociaux! Il suffirait d’un avant-midi pour que Twitter le qualifie de dictateur. Curieusement, le maire montréalais de l’époque reste, dans l’imaginaire collectif, un grand visionnaire, un amant de la métropole, un leader exceptionnel.

Ça m’amène à me demander ce que sera le grand projet de société de mes enfants. Autour de quel projet réussirons-nous à mobiliser les gens et à leur insuffler ce sentiment d’appartenance et de fierté à l’égard de leur ville ou de leur province? Après avoir rénové les infrastructures bâclées construites par les boomers et construit des millions de condos identiques et sans âme, que va-t-il rester? Le train électrique? Le retour des Olympiques dans la ville de Québec? Ou encore le retour des Expos? J’attends vos suggestions.

D’ici là, je suis jaloux. Et je suis heureux pour vous, les boomers. Mais si on arrêtait de se vanter de ce qu’on a fait il y a 40 ans et qu’on se demandait plutôt ce qu’on pourra faire dans les 40 prochaines années?


Lire les autres billets de Louis Morissette:

L’arroseur arrosé
On écoute trop les enfants
Oser faire… mon mea culpa

Photo: Andréanne Gauthier

Ce billet est paru dans le magazine VÉRO d’été.

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  1. Isabelle dit :

    Heu! 1967…. c est… il y a 50 ans… bien que j aimerais que cela soit 40 car je suis nee en 1967.
    Je n ai pas connu Expo67 j avais… 1 ou 2 mois quand mes parents sont passe sur le site.
    Nos enfants et petits enfants trouveront bien un sujet qui va les representer. Un retour aux sources peut etre. Laissons les se redecouvrir sans nous derriere.

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