Entrevue avec Joël Legendre

11 Oct 2017 par Laurie Dupont
Catégories : Culture

Rencontre à cœur ouvert avec Joël Legendre, celui qui n'a plus rien à perdre, mais plutôt tout à gagner.

Véritable bourreau de travail, Joël a souvent fait passer sa carrière avant tout le reste. Puis, la vie lui a sommé de prendre une pause. Bilan des répercussions positives de ce temps d’arrêt.

Éloge de la deuxième chance

C’est entre ses apparitions aux Échangistes, le tournage de sa nouvelle émission de déco Ouvrez, on ne sait jamais! à Canal Vie, la préparation de la mise en scène du défilé de la Saint-Jean et les répétitions de son premier one man show que j’ai réussi à attraper Joël pour notre entretien. Affirmer qu’il est occupé relève de l’euphémisme. Pourtant, c’est tout sourire et pile à l’heure que Joël passe la porte de KOTV. Direction bureau du grand boss – oui, oui, celui de Louis Morissette! – parti en retraite d’écriture, histoire de profiter d’un tête-à-tête sans interruption avec celui à qui j’ai tant de questions à poser.

Permettons-nous d’abord un léger retour en arrière. À l’été 2016, Joël a présenté Laissez-moi encore chanter… danser, imiter, jouer, animer, doubler, diriger, rire de moé au festival d’humour déjanté Zoofest. J’ai eu la chance d’assister à la seule et unique représentation de ce spectacle au titre interminable, rempli d’autodérision… et c’était bon, très bon même. Soupir général de soulagement dans l’assistance, car ce genre de pari peut s’avérer risqué. Joël l’admet: «Quand on m’a fait cette proposition-là, je ne voyais pas l’intérêt de me jeter dans la gueule du loup avec du nouveau matériel préparé seulement deux mois d’avance, dit-il. Puis, ç’a germé dans ma tête. Je me suis dit que je devais profiter de cette occasion pour me payer le trip dont j’ai toujours rêvé dans le cadre du Zoofest, où il est permis de se tromper. À 50 ans, j’allais réaliser mon rêve de ti-cul et ça se terminerait là.»

Et ce «rêve de p’tit cul» est associé à un élément déclencheur de taille. À 12 ans, le petit Joël voit la grande Dominique Michel sur scène pour la première fois, et il tombe complètement sous le charme du spectacle Showtime Dominique Showtime (c’est d’ailleurs en hommage à Dodo que le sien s’intitule justement Showtime). Bien que l’enfant qu’il était n’aurait pu imaginer que le showbiz lui serait un jour accessible, ce concept du comédien seul sur les planches lui plaisait beaucoup. Et quand Juste pour rire lui a offert l’occasion de présenter son propre spectacle d’humour et de variétés, Joël a décidé de ne pas la laisser filer. «Dans ma tête, c’est clair que je n’en ferai pas 25, des one man shows, je suis pas Lise Dion, lance-t-il en rigolant. Je vais raconter ma vie au public, et comme je n’en ai qu’une, ensuite, je passerai à autre chose.»

Repartir à zéro

Une seule vie, mais d’innombrables rebondissements. Tantôt très heureux, tantôt beaucoup moins. Toutefois, l’homme assis bien confortablement devant moi semble serein et solide. Apaisante réalité ou jeu d’acteur professionnel? «Oui, je suis plus fort qu’avant, mais je suis fort de mes faiblesses, précise-t-il. J’ai apprivoisé ma vulnérabilité et mes failles. Maintenant, je ne peux que grandir. Encore aujourd’hui, je consulte une psychologue, et je ne suis pas gêné de le dire. C’est important pour moi.»

Difficile de ne pas être touchée par tant de transparence et d’honnêteté. Le jeu de l’autruche, très peu pour Joël. Il aborde sans censure le fameux sujet qui a fait couler beaucoup d’encre. «Je n’irais pas jusqu’à dire que ce qui m’est arrivé est une chance, car ç’a été rough. Mais ça m’a permis de remettre les compteurs à zéro et de profiter d’une seconde chance. J’ai aussi relativisé l’importance que j’accordais à mon travail. Je me définissais presque toujours par ce que je faisais, et très peu par ce que j’étais. Quand le métier n’a plus été là pour moi, je n’ai pas eu le choix: j’ai dû me redéfinir autrement. Petit à petit, je me suis reconstruit comme être humain, et je sens que ces acquis resteront là, contrairement à une carrière qui peut disparaître si rapidement.» 

En plus de lui donner la chance de remettre les pendules à la bonne heure dans sa vie, cette période sombre a fait croître son niveau d’empathie pour les autres. «J’ai encore plus de compassion pour l’être humain. Je pense que lorsque tu as vécu quelque chose de difficile, tu es capable de te connecter rapidement à une autre personne qui vit un moment pénible. Avant de la juger, de la critiquer, je ressens aussitôt la peine qu’elle éprouve. Et là, je ne suis pas en train de dire que je suis un saint, parce que la perfection, je tente de m’en éloigner le plus possible.»

Monsieur Rigueur

Si on peut remarquer les quelques rides d’expression qui sillonnent son visage d’homme de 51 ans – pour l’instant, il n’a pas l’intention d’avoir recours à la chirurgie esthétique parce qu’il aime que «[sa] face bouge» – son corps, lui, pourrait être celui d’un jeune trentenaire svelte et musclé. Et ce n’est clairement pas le fruit du hasard. «En fait, je refuse d’entrer dans le stéréotype physique de la cinquantaine, précise-t-il. J’en ai eu, des conventums où j’ai vu des amis d’enfance qui se sont laissé aller, et c’est tout un reality check. Moi, ça ne m’arrivera pas. Je n’aurai jamais de bedaine. Et ce qu’il faut que je fasse pour garder le cap, je vais le faire. Je pense que le jour où je vais me laisser aller physiquement, la tête va suivre, nécessairement.»

Pas fou comme raisonnement. Mais pour Joël, c’est bien plus qu’une résolution ou de belles paroles en l’air. Pour accomplir sa «démarche», il fait preuve d’une rigueur sans faille: «Récemment, j’ai engagé un entraîneur privé, qui me suit trois fois par semaine. Je le paye, et j’investis dans ma santé physique, comme je paye une psychologue pour ma santé mentale. J’adore aller voir mon entraîneur parce qu’il me permet de repousser mes limites. Et quand j’ai sué pendant une heure grâce à lui, je n’ai pas le goût de manger une pointe de pizza graisseuse.»

Il est de notoriété publique que Joël s’alimente bien et qu’il a adopté le végétarisme bien avant que ça devienne tendance. Et il ne déroge que très rarement à ses saines habitudes. «Je ne mange presque plus de sucre parce que je sais que ça me fait enfler, dit-il. Après un gros contrat, par exemple, je m’offre sans culpabilité du chocolat à 70 % de cacao à la fleur de sel… et je ca-po-te! Mais je ne m’accorde pas des récompenses tous les jours, car le but, c’est de rester “focussé” sur ma démarche.»

La détermination dont il fait preuve m’amène quand même à me questionner sur ses motivations. Serait-il prisonnier de son apparence? «Comme j’ai la chance d’exercer un métier qui me place sous les projecteurs, c’est sûrement plus facile de me garder en forme, mais c’est davantage pour ma santé et ma propre estime que je le fais. D’ailleurs, je ne me regarde pas souvent dans un miroir. Avant de commencer à faire de la télévision, j’étais vraiment plus show-off. Puis, la télé m’a donné de la lumière et ç’a comblé mon besoin d’être vu. Mon chum pourrait te le dire, il passe pas mal plus de temps que moi devant le miroir!» (Rires)

Tiens tiens, on aurait pourtant facilement attribué à Joël un profil d’homme coquet. Le principal intéressé voit toutefois la chose d’un autre œil. «Oui, je vais chez l’esthéticienne un fois par mois pour me faire faire un peeling, mais ce n’est pas pour être plus séduisant. C’est comme aller chez le dentiste pour un nettoyage.» Je ne peux alors m’empêcher de saisir la balle au bond en lui demandant s’il se trouve beau lorsqu’il se voit en photo, comme c’est le cas dans les pages de ce numéro. Sa réponse vient sans filtre: «Je sais ce que j’aime ou pas de ma face. Et comme on a droit à des retouches photo, je ne me gêne pas pour demander qu’on atténue quelques rides sur mon front, mais il faut quand même que je me ressemble. Avoir l’air d’une poupée de cire, je trouve ça très laid!»

Rassure-toi, cher Joël, tu es tout sauf laid, en dehors comme en dedans.

Photo: Jocelyn Michel

À lire aussi: En rafale: 17 questions à Joël Legendre

Cette entrevue a été publiée dans le magazine VÉRO d’automne.

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