Entrevue avec Mario Tessier

04 Août 2017 par Jean-Yves Girard
Catégories : Culture

Rencontre amusante et touchante avec une ex-Grande Gueule extrasympathique qui n'a pas la langue dans sa poche... ni le mouchoir très loin.

Entre deux bouchées de son club sandwich (garniture seulement: il ne mange pas de pain), Mario Tessier a imité Jean-Marc Parent, René Angélil, Tom Jones et le boxeur Stéphane Ouellet. Mieux encore, il a ressorti des boules à mites mon personnage préféré, son fameux Raymond, 57 ans, qui sort avec des p’tites poules de 25 ans rencontrées au St-Hub et qui a toujours «un estifie de set-up». One man show pour un one man public: moi. Wow.

Il est comme ça, Mario: généreux de son talent. «Je veux m’amuser dans la vie», dit-il, encore étonné que de cette envie innée d’avoir du fun naquit un jour une carrière remarquable. C’était il y a près d’un quart de siècle. Automne 1993. Avec José Gaudet, dit Jo – son âme sœur et frère d’armes depuis l’époque où ils avaient 12 ans – Mario entrait à la radio. Les Grandes Gueules y trôneront longtemps au sommet («c’était l’émission la plus écoutée dans notre créneau horaire au Canada»).

Au fil des années, l’humoriste et imitateur a laissé plus de place à l’animateur: On connaît la chanson (TVA), Ma mère cuisine mieux que la tienne et Permis de chanter (V), Le p’tit cabaret (TV5). Son nouveau défi, et la raison d’être de notre rencontre: Indice UV, le rendez-vous estival de fin d’après-midi à ICI Radio-Canada Télé, en tandem avec Anne-Marie Witenshaw.

Un beau match

Quand je lui mentionne que l’annonce de sa coanimatrice en a fait sourciller quelques-uns («Un duo improbable?» peut-on lire encore sur la page Web de l’émission Les échangistes), Mario s’est étonné: «Ah bon? Pourtant, je trouve qu’on fait un beau match, bien qu’on soit très différents.»

Ils se connaissent tous deux depuis belle lurette: Anne-Marie a souvent été entendue aux Grandes Gueules (elle travaillait à la même station de radio) et ils ont été ambassadeurs ensemble d’un événement sportif et caritatif, Le 24 h de Tremblant. «C’est une fille vraiment trippante, ajoute Mario. Comme moi, elle aime la bouffe et le vin, et comme moi, elle a le bonheur facile. On dit qu’on est deux golden retriever, qu’on aime le monde.» Et les différences? «Elle est très ville, branchée, Instagram, et moi, je vis sur la Rive-Sud, je suis plus un gars de campagne. Je vais représenter les régions. La télé a un vilain défaut: les émissions sont trop “montréalisées”, comme si les gens de l’autre côté du pont n’existaient pas. Ça me rend un peu agressif.» Est-ce que ça mord, un golden?

Seul sur scène

Le Bouchervillois passera donc son été sur le macadam et sera moins présent sur les routes de la province, qu’il sillonne depuis deux ans avec Seul comme un grand. Sur l’affiche promotionnelle de ce premier spectacle solo, Mario est photographié torse nu, et des flèches pointent ça et là: «bouche fermée car dentition douteuse», «posé de face car boutons dans le dos», «2 700 $ de Botox»… À 46 ans, l’homme est dans une forme splendide et ne fait pas son âge: je lui ai demandé, à la blague bien sûr, le nom de son chirurgien esthétique. Il a rigolé, et rappelé le slogan du show: «Tout est retouché, sauf les rires.»

Dans Seul comme un grand – coécrit avec Serge Postigo, qui l’a aussi mis en scène – «le gars le plus talentueux avec lequel j’ai jamais travaillé, bon dans “toutte”» – Mario chante, danse et se raconte: son passé dans l’armée canadienne, sa passion du karaoké, les années Grandes Gueules… «On ne pourrait plus faire ce genre d’humour aujourd’hui. On allait très loin, trop loin même. Dans le spectacle, je reviens sur notre parodie de I’m Alive, une chanson de Céline rebaptisée A m’énarve (en 2002). Les paroles étaient tendancieuses… Quand monsieur Angélil nous a envoyé une mise en demeure, ç’a été le meilleur coup de pub de notre vie, mais ce n’est pas ce qu’on recherchait, on était un peu inconscients…»

Les temps ont changé, Mario le sait, et il n’est plus le même lui non plus. «Avec Serge, on a privilégié une approche théâtrale. Ce n’est pas du standup, ça ne me tentait plus de faire des jokes de bizounes. Je ne renie pas ce que j’ai fait, sauf que je suis rendu ailleurs. Je veux faire rire, mais si, en plus, je peux émouvoir…»

Mario qui pleure, Mario qui rit

Lui-même s’émeut facilement, sans honte. «Je pleure souvent. Durant les derniers films que j’ai vus, Lion [l’histoire d’un orphelin indien adopté par une famille australienne] et Ballerina [un dessin animé avec une orpheline dans le Paris de 1880], j’ai ben braillé. Un soir, en vacances dans le Sud, je me suis mis à penser au jour où Shade, mon berger australien, ne sera plus là, et j’ai pleuré le reste de la soirée.»

Sa sensibilité à fleur de peau se manifeste dès qu’il évoque son père, son héros, mort subitement à 61 ans alors que Mario n’en avait que 19: ses yeux bleus s’embuent et un ange passe. «Je disais dernièrement à ma blonde que c’est comme si j’avais des affaires pas réglées, comme si je n’avais jamais accepté le départ de mon père. Je n’avais pas prévu de t’en parler, mais je pense aller en thérapie. Je suis orgueilleux, j’ai toujours essayé d’être fort et de m’en sortir tout seul. Ça prend du temps avant d’accepter que t’as besoin d’aide. Je viens d’une famille où quand t’as un problème, tu le règles toi-même ou tu passes par-dessus, ou tu l’avales et tu fermes ta gueule.»

Dominique, sa blonde, revient souvent dans la conversation. Normal: «Si elle n’avait pas été là, je n’aurais pas pu faire cette job-là de façon aussi intense. C’est un métier un peu égoïste. Tu vois, ce qu’on fait là, pendant deux heures, on parle de moi, ça devient lassant… Dominique m’a permis de briller. Elle est restée à la maison. Mon succès, je le lui dois en grande partie.» Et il doit à la radio le coup de dés du destin qui les a fait se rencontrer. «Il y avait un concours Trip à 10 avec Les Grandes Gueules. On accompagnait un groupe de 10 personnes dans le Sud, et parmi les groupes inscrits, il y avait 10 cheerleaders des Alouettes de Montréal. José et moi, on est arrivés là comme deux requins. En entrant dans la salle, j’ai vu cette belle grande rousse. J’ai dû travailler très fort, car elle avait déjà quelqu’un dans sa vie…» La capitaine des meneuses de claque avait aussi une fillette de 5 ans, Naomi. «Son père est mort quand elle avait 8 ans. Je l’ai adoptée légalement, c’est aussi ma fille. La preuve: elle s’appelle Naomi Francoeur-Tessier.»

Papa poule

Quelque part sur son corps, cachés dans les entrelacs de ses tatouages de style polynésien – «J’en ai là, là, et là, et ma blonde trouve que je commence à en avoir trop» –, les prénoms de ses trois filles sont gravés. «Celui de mon père, aussi. Ma famille est toujours avec moi.» Aujourd’hui, Naomi a 24 ans «et des tatouages», précise Mario; diplômée en psycho, elle vient de décrocher son premier emploi. Jade, 15 ans, étudie les arts de la scène au Collège Saint-Paul. Et la cadette, qui a 10 ans et un prénom fort original, Maeva («ça veut dire bienvenue en polynésien»), sera peut-être vétérinaire, croit son père. «Elle aime tellement les animaux! Maeva fait de la compétition équestre, et la regarder sauter avec son cheval, ça me fait freaker. Elle a le bonheur étampé dans la face [il l’imite, sourire démesuré et regard extatique]. Même quand je la chicane, elle rit. Je suis sévère, des fois trop, peut-être, plus que ma blonde. Câline, oui. La discipline, c’est moi.» Trois ans dans l’armée, ça laisse des traces. «Encore aujourd’hui, quand je fais un lit, y a pas un pli!»

«Avec le recul, je suis très content d’avoir eu des filles. Je suis une bibitte à affection, j’aime coller le monde. Et mes filles me le rendent bien. Chez nous, le souper du dimanche, c’est sacré. Même si Naomi a maintenant son appart, elle vient manger avec nous. Des fois, comme dimanche dernier, je sors de mon corps et je regarde mes enfants parler. Maudit que je suis fier: j’ai vraiment fait quelque chose de bien dans ma vie.» Un souvenir heureux. Et des larmes aux yeux.

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Photo: Jocelyn Michel

L’entrevue complète de Mario Tessier est à lire dans le magazine VÉRO d’été.

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