Entrevue avec Mathieu Baron

23 Mar 2017 par Laurie Dupont
Catégories : Culture

Entrevue coup de cœur avec un homme à la détermination exemplaire.

Deux-mille-seize aura été une année charnière pour Mathieu Baron. De plus en plus populaire, l’acteur et animateur n’a toutefois pas fini de s’affranchir de son image d’ex-lofteur. Entretien à la fois drôle et touchant avec un véritable battant qui n’a qu’une chose en tête: conquérir le cœur du public, une personne à la fois.

Par un froid matin d’automne, je marche d’un pas lent, malgré la température, en direction du point de rencontre que j’ai indiqué à Mathieu Baron pour notre entretien. Je repasse mentalement mes notes et, c’est plus fort que moi, je reste sur mes gardes par rapport à cette entrevue. Bien que l’homme travaille d’arrache-pied depuis des années pour se défaire de son image peu reluisante de BIG – ce drôle de personnage qu’on a pu voir deux fois plutôt qu’une à l’intérieur des murs de Loft Story –, je peine à faire table rase de mes préjugés.

En arrivant au studio, je retire mon manteau et je m’assois, très droite, comme pour me donner contenance. Puis, pile à l’heure, Mathieu passe la porte et entre, tout sourire, dans la pièce. Avec sa casquette vissée sur la tête, son jogging et son pull gris, il a l’air on ne peut plus décontracté. Après m’avoir fait la bise, il s’installe près de moi et commence tout bonnement à jaser, à me poser des questions. Bien que je tente consciemment de garder mes distances, plus les minutes défilent, plus mes barrières tombent. Je dois me rendre à l’évidence: Mathieu Baron est un chic type.

Vivre avec son passé

«Si je généralise, je sais que la majorité des gens qui ne me connaissent pas sont persuadés que je suis fendant», me répond-il du tac au tac lorsque je lui avoue mes a priori à son sujet. «Honnêtement, je ne suis pas si surpris de ton aveu… même si je ne comprends pas comment on peut encore penser ça de moi aujourd’hui. Au début, quand j’essayais d’amasser mes crédits à l’UDA [Union des artistes], j’étais tellement frustré de constater le jugement des autres à mon endroit! J’étais un simple figurant, vu de dos, je faisais semblant de laver une tasse dans un « pas d’évier », et je sentais que je dérangeais», relate-t-il avec humour. Car oui, il a appris à rire de cette période où presque tout le monde le regardait de haut lorsqu’il mettait les pieds sur un plateau. Malgré ces années difficiles à trimer dur, malgré les commentaires récurrents de son entourage curieux de savoir quand il allait enfin se trouver une «vraie job», l’homme refusait d’envisager l’idée de tirer sa révérence. «Pendant 10 ans, je n’ai jamais désespéré. Je savais que JAMAIS je n’abandonnerais. Je devais prouver aux gens que j’avais ma place. Ce qui fait qu’aujourd’hui, à 33 ans, je commence à vivre, professionnellement parlant.»

Il est vrai que 2016 aura été une année décisive pour Mathieu Baron. Il a signé deux contrats d’animation, un pour l’émission de rénovation Tous pour un chalet, à Canal Vie, et l’autre pour la résurrection du succès télé du début des années 1990, Coup de Foudre, à V. Sans compter son personnage de Marco Choquette, qui a pris de plus en plus de place dans les intrigues d’Unité 9. Bref, il n’a vraiment pas chômé!

Cela dit, Mathieu est encore loin de faire l’unanimité. «J’ai beau animer deux shows de télévision et interpréter un rôle dans une des émissions les plus aimées au Québec, je me rends compte que, pour certaines personnes, je resterai toujours le gars qui a participé à une téléréalité», confie-t-il. Du coup, son regard s’assombrit, signe qu’il en a long à dire sur le sujet: «Le Québécois moyen est critiqueux et jaloux. C’est dans nos gènes. On est des gérants d’estrade. Dès que quelqu’un sort du lot, il se fait critiquer. Je m’excuse si mes propos choquent des gens, mais c’est la vérité», soutient celui qui sait pertinemment de quoi il parle.

Sa dernière affirmation continue de résonner en moi. Et si on avait en effet tendance à enfoncer le bouton “jugement” un peu trop rapidement? Comme s’il lisait dans mes pensées, Mathieu poursuit sur sa lancée: «En Amérique du Nord, tout est axé sur le paraître. On ne demande pas à quelqu’un quel vin il boit, mais combien la bouteille lui a coûté. On ne veut pas savoir ce qu’il fait dans la vie, mais combien il gagne par année. Il y a beaucoup de fake là-dedans. Pour en revenir à mon propre cas, c’est clair qu’en se fiant uniquement au look que j’avais dans Loft Story, on pouvait penser que j’étais un genre de “gros-bras-pas-de-tête”. Le cliché était là et j’en étais très conscient. Mais malgré l’image que je projetais, j’avais quand même un bon bagage de vie.»

Entre le Québec et la Suisse

Né au Nouveau-Brunswick, Mathieu n’avait pas encore quatre ans lorsque ses parents se sont séparés. Son père, un hockeyeur professionnel, quitte alors la Ligue nationale afin de poursuivre sa carrière avec l’équipe d’Ambri-Piotta, en Suisse italienne, tandis que sa mère demeure au Québec. S’ensuivent d’innombrables allers-retours entre la Suisse et la Belle Province. À ce propos, signalons que Mathieu a fréquenté 18  écoles distinctes; un caméléon tatoué sur son bras illustre d’ailleurs sa capacité d’adaptation à n’importe quelle situation.

«Tous les ans, je changeais d’école au moins une fois, soit en déménageant dans une autre ville, soit sur un autre continent, raconte-t-il. J’ai rencontré plein de personnalités et de cultures différentes. À 13 ans, par exemple, j’allais à l’école avec des Turcs et des Croates, qui avaient immigré en Suisse parce que leur pays était en guerre. La mentalité là-bas n’était pas du tout la même qu’ici, au Québec. Je le répète souvent: ce n’est pas dans les livres que j’ai appris la vie, mais plutôt grâce à mes expériences personnelles.»

«Quand j’étais jeune, je disais toujours que j’avais trois vies, poursuit-il avec enthousiasme. Une au Québec, une deuxième en Suisse, puis une autre à l’aéroport et dans l’avion. Il n’y a aucun endroit au monde où je me sens mieux que dans un aéroport. J’y éprouve un sentiment de grande liberté et de joie. Les odeurs, la voix de la dame qui annonce qu’un passager manque à l’appel pour tel vol, j’adore ça! Je pourrais me faire construire un petit condo à l’aéroport, j’en serais tellement heureux! J’ai tripé à faire tous ces voyages seuls pendant mon adolescence. Je parlais à une nouvelle personne chaque fois. J’ai tellement réfléchi pendant ces nombreux trajets. C’était et c’est encore le transit entre mes vies.»

En quête du coup de foudre

Comme j’ai devant moi l’animateur de l’émission de rencontre la plus populaire du Québec, je ne peux résister à cette belle occasion de le questionner sur ses amours. Dès que j’aborde le sujet, Mathieu bondit de son fauteuil et se dirige aussitôt vers la fenêtre, soi-disant pour s’assurer que son auto n’a pas été remorquée. Bel essai, mais je persiste et signe, en lui demandant sans détour: «Tombes-tu difficilement amoureux?» Le grand gaillard revient alors s’assoir à côté de moi et répond un «oui» très franc. «Je suis zéro macho, mais j’aime beaucoup la femme, confesse-t-il. D’ailleurs, je pense que c’est pareil pour tous les gars, c’est juste qu’on est peu nombreux à le dire. Mais de là à tomber amoureux…»

Mathieu prend une pause, comme pour éviter de me divulguer la suite, mais il se lance quand même: «Là, je vais faire un jeu de mots plate, mais j’ai déjà vécu un coup de foudre (rires) et on dirait que je cherche à revivre quelque chose d’aussi intense. Je n’ai pas connu la relation typique ni la routine du lundi au vendredi avec une fille. Jamais.» Est-ce une avenue qui pourrait le tenter ou si ladite routine tend à l’effrayer? «Un peu des deux, confirme-t-il. Mais je veux fonder une famille. J’ai toujours dit que j’allais avoir des enfants jeune et, récemment, je me suis réveillé. À 33 ans, il est déjà un peu tard pour ça. Quoique être père un peu plus vieux, ça ne me fait pas peur non plus. Si la vie me le permet, à 40 ans, je serai encore en forme et prêt comme jamais à devenir papa.»

Photo: Jocelyn Michel

magazine_vero_hiver_2017Cette entrevue est parue dans le Magazine VÉRO d’hiver 2017.

Cliquez ici pour vous abonner au magazine.

Lire aussi:
Top V des bonnes adresses de Mathieu Baron au Québec
Entrevue avec Simon-Olivier Fecteau
Entrevue avec Christian Bégin

Catégories : Culture
1 Masquer les commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. diane gauthier dit :

    Bonjour

    J’adore Mathieu Baron , bonne acteur et excellent dans COUP DE FOUDRE une émission originale

    Bravo Mathieu

Ajouter un commentaire

Magazine Véro

S'abonner au magazine