Entrevue avec Simon Olivier Fecteau

30 Déc 2016 par Linda Priestley
Catégories : Culture

Derrière son humour incisif se cache un bourreau de travail qui rêve de rigueur et de trouver l’âme sœur. Rencontre avec Simon Olivier Fecteau, le kid à la barre du Bye bye.

Quand on sonne à la porte d’un humoriste-réalisateur qui planche depuis des semaines sur le Bye bye cuvée 2016, on s’attend à se faire accueillir par un paquet de nerfs ambulant, la barbe hirsute, qui rumine dans son appart en désordre, le plancher jonché de boîtes à pizza vides. Pantoute. Le Simon Olivier Fecteau qui me souhaite la bienvenue est tout le contraire de ce portrait de créateur tourmenté: rasé de près – hormis son pinch signature – et vêtu d’un short et d’un t-shirt parfaits pour affronter 10 heures devant l’ordi ou 30 minutes de jogging, mon hôte a l’air d’un homme vraiment à son affaire. Même son condo, nouvellement acquis et où je marche sur la pointe des pieds, est impec. Il y règne un silence digne d’un monastère.

Comme il est midi pile-poil, Simon Olivier me demande poliment si le fait de casser la croûte pendant l’entrevue me dérange et si je veux partager son repas (salade de thon, beaucoup de légumes, très peu de vinaigrette). «Excuse-moi, il faut que je mange maintenant, sinon mon après-midi sera scrappé…» Réglé comme une horloge suisse, le gars!

Casseux de party, lui?

Pourtant, se voir confier un mandat aussi titanesque – celui de mener à bon port un des plus grands rendez-vous annuels de l’histoire télévisuelle – a de quoi ébranler le capitaine à bord. Surtout s’il a déjà été sujet à des crises d’angoisse par le passé, chose dont Simon Olivier ne s’est jamais caché. Alors, se sent-il dans ses petits souliers? «C’est justement quand je ne sais plus où donner de la tête tellement j’ai de décisions à prendre que je deviens extrêmement calme.» Ah bon? Dort-il vraiment sur ses deux oreilles depuis l’annonce, au printemps dernier, de sa prise en charge du prochain Bye bye? «OK, j’avoue qu’après avoir lu et entendu les commentaires de mon entourage et du public, j’ai paniqué et je me suis dit: “Mon Dieu! Quessé j’ai fait là?!”» Pendant trois longues nuits d’insomnie, la même question lui trotte dans la tête: «Vas-tu f****r notre temps des Fêtes, toé?»

Ironiquement, c’est un lendemain de veille, ponctué d’incidents loufoques à la Hangover, qui lui donnera le coup de fouet nécessaire pour s’attaquer au projet. «Le quatrième jour, j’étais en train de capoter, il fallait que je fasse de quoi. Avec Yves Pelletier, on est partis sur la brosse, moi qui bois pourtant très peu. Mais ce soir-là, on s’est saoulés en masse. On s’est ramassés dans un resto où j’ai, entre autres, volé et porté le chapeau d’une fille que je ne connaissais pas. Je ne me souviens pas de tout ce qu’on a fait, mais la nuit suivante, j’ai recommencé à dormir. Comme si tout ça avait cassé le stress. Maintenant, je suis dedans, j’ai le thrill de faire le Bye bye à fond, je le vis à 100 %. Ma carrière va peut-être se terminer à minuit cette année, mais au moins, on aura eu ben du fun!»

Vidéo kid

Des défis bien plus gros que lui, le p’tit gars de Chesterville a l’habitude d’y faire face. En arrivant à Montréal à l’âge de 19 ans («Windows 95 venait de sortir!»), sans le sou, avec sa copine du moment et des rêves de grandeur, il se heurte à des centaines de portes fermées sans trop savoir par laquelle entrer. «J’avais seulement un diplôme du secondaire en poche, pas d’expérience, je ne connaissais personne. Je savais juste que je voulais écrire, réaliser et jouer, mais je n’avais aucune idée de comment m’y prendre.»

Flashback: ce sont d’abord ses quatre frères aînés, maniaques du septième art, qui ont initié leur cadet au travail de quelques réalisateurs importants, dont David Lynch et Woody Allen. Ce dernier, cinéaste prolyvalent, a d’ailleurs exercé une influence majeure sur le «bon petit gars studieux, curieux et hyperactif de 11 ans, qui voulait faire rire les autres». Avec sa caméra vidéo Fisher-Price à la main, il s’amusait à faire de petits films dans son sous-sol. «Ça donnait une image de m**** et on n’entendait rien. Mais j’adorais l’expérience. Tellement que j’ai gossé mes parents pour avoir une caméra vidéo plus sophistiquée. T’sé, si t’achètes un gadget de 1000 $ à ton kid, faut que t’aies la foi qu’il va s’en servir. Ç’a pris beaucoup de lobbying de ma part, mais j’ai fini par l’avoir et ensuite, je faisais plein de films comiques ou d’horreur.»

Un gars persévérant

En 1995 donc, notre Woody wanna be («J’envie sa carrière, pas sa vie personnelle!») débarque dans la métropole avec des étoiles dans les yeux. C’est la comédienne-animatrice Danielle Ouimet, une amie de son père, l’artiste peintre Marcel Fecteau, qui le dirigera vers la bonne porte en l’aidant à décrocher un rôle de figurant à l’émission Ent’Cadieux.

Par la suite, il s’adonne à la vidéo expérimentale, participe à des festivals en tous genres, bref, n’importe quoi pour être dans le bain: «J’essayais ci et ça, j’écrivais, je faisais des scénarimages, toutes sortes d’affaires par rapport au cinéma.» Y compris suivre des cours de ballet classique pendant trois ans? «Oui, mais c’est parce qu’il n’y avait que des filles et qu’elles avaient besoin d’un gars pour les soulever dans les airs. J’ai fait de la boxe tout de suite après pour compenser.» (rires) Au début des années 2000, en compagnie des Chick’n Swell (des copains de Victo), il tourne de petits films «drôles et absurdes». Ça marche au point que le groupe décroche une émission d’humour à Radio-Canada. «Avoir son premier show télé à 25 ans, ça te donne de l’aplomb en masse!»

Motivé par la drive

Au fil des années, il réalise une multitude de projets et se fait connaître, entre autres, pour son humour pince-sans-rire et le regard comique qu’il porte sur certains comportements humains.  «J’aime la comédie dans les petites choses, les petits malaises. Je ne suis pas psychologue, loin de là, mais les interactions humaines, ça me fascine.»

Au fil des années, il réalise les deux Bye bye de RBO («C’était malade parce que, pendant ma jeunesse, j’étais un fan qui enregistrait chacune de leurs émissions!»), plusieurs courts métrages et un long métrage, Bluff, la websérie En audition avec Simon, et enfin la télésérie Ces gars-là, avec Sugar Sammy.

Ses efforts lui valent des accolades du public et du milieu. Mais ce qui l’a motivé tout au long de sa carrière – qu’il n’a pas planifiée, dit-il, mais plutôt vécue à fond –, c’est d’avancer avec toujours le même but en tête: avoir la drive dans tous ses projets. Des projets qui doivent lui ressembler, faute de quoi il n’embarque pas. Point. «Je veux apporter ce que je suis, contribuer, toucher, faire rire les gens, leur présenter quelque chose de nouveau.»

Une autodiscipline d’enfer

Si aujourd’hui l’humour occupe une grande place dans sa vie, celle-ci n’a pas toujours été drôle. «Dans ma jeunesse, je souffrais de crises d’angoisse. Elles me tombaient dessus par moments, sans que je sache de quoi il s’agissait. À cause de mon état, je ne suis pas retourné aux études. J’ai donc pris du retard par rapport à mes amis qui, eux, sont allés à l’université, ont décroché des jobs sérieux, fondé une famille…»

C’est par le combat qu’il en vient à bout, en s’imposant une forme «d’autoécole où tous les jours, pendant huit heures, je faisais de la peinture, je dessinais, j’écrivais, je lisais, je jouais de la musique et je m’entraînais par blocs de deux heures. C’était ça ou la mort!»

Aujourd’hui, Simon Olivier refuse d’être défini par sa nature angoissée. «Je m’en suis sorti, c’est ce qui compte.» Il préfère dire qu’il est «un instable extrêmement motivé à devenir stable». Et, surtout, qu’il n’est pas juste ce gars-là!

Photo: Jocelyn Michel

Lire aussi: Les plaisirs non coupables de Simon Olivier Fecteau

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Cette entrevue est parue dans le Magazine VÉRO de Noël 2016.

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