Le Grinch

02 Oct 2017 par Louis Morissette
Catégories : Culture

Louis décrit avec humour la cérémonie du renouvellement de ses vœux de mariage.

Vous souvenez-vous du personnage de Dr Seuss campé par Jim Carrey au cinéma? Le Grinch, cet être misanthrope qui maudit la fête de Noël, est le joli surnom que m’ont donné certaines personnes du bureau (allô, Catherine!). Parce que j’ai cette manie de voir les choses de façon très cérébrale, logique, pragmatique. Comme si je pouvais mettre mes émotions en mode pause. Pour un homme d’affaires, c’est utile. Pour mon épouse, c’est parfois lourd.

Le Grinch en moi a été mis à rude épreuve le 27 juin dernier lors du plus récent projet romantique de ma tendre moitié: renouveler nos vœux de mariage à Las Vegas en compagnie de nos trois enfants. Là, j’entends d’ici certaines lectrices soupirer: «Hoooooooonnnn! C’est cuuuuuute! Pourquoi y a pas aimé ça?!?! Y est ben plate!»

Je précise. Réitérer mon amour à la muse du magazine en compagnie de nos trois héritiers est une chose qui me touche énormément. Parce que derrière mon air impassible se cache un homme très sensible, qui a les yeux humides dès qu’une activité intègre les trois petits Morissette. Le problème ne concernait donc pas la démarche, mais plutôt son déroulement. Je résume.

Nous sommes allés renouveler nos vœux à la Graceland Wedding Chapel devant un faux Elvis qui nous chantait Can’t Help Falling in Love sous le regard ébahi de nos enfants. En substance, cette scène semble directement tirée de Pinterest ou d’une savoureuse comédie de Judd Apatow. C’est le genre de truc qui donne le goût aux lectrices de se tourner vers leur mari en disant: «Pourquoi on fait pas ça, nous autres, des affaires de même?»

Pourquoi ne pas le faire? Laissez-moi vous décrire le play by play de cette expérience en détail. D’abord, nous étions convoqués à 16 h 45. Pas à 16 h 30, pas à 17 h, non, à 16 h 45. Ça aurait déjà dû me donner un indice sur le type de célébration en mode «ici, on fait de la saucisse». Une fois à l’intérieur de la chapelle grande comme une salle de bain de Tim Hortons, avant même qu’on ait eu le temps de sourire, les deux préposés nous réclament notre carte de crédit: 200 $. Sans même avoir le privilège de boire un verre d’eau pour me faire avaler leur pilule de capitalisme excessif.

Nous entrons dans la chapelle en même temps que le célébrant, un Elvis suintant qui évoque plus les 12 dernières heures du King sur terre que ses années de gloire. Sans même avoir fini de me serrer la main, il me rappelle qu’à la fin de la cérémonie, je dois lui remettre 60 $. Ok…

La célébration commence. Six minutes plus tard, Elvis avait quitté les lieux. Le photographe a pris trois ou quatre clichés en me tendant la main pour avoir 20 $ de tip. Une obligation, pas une suggestion.

Douze minutes après notre arrivée et 280 $ plus tard, nous étions de retour sur le trottoir du vieux Las Vegas, notre speed wedding étant déjà chose du passé… alors qu’un autre couple naïf entrait pour se faire voler avec son plein consentement.

Ce n’est pas le montant qui m’agaçait. C’était l’absence totale de magie. Nous étions tous dans un jeu, mais le King ne jouait pas, lui, occupé à calculer ses bills de 20 $. C’était le business de l’amour poussé dans ses retranchements les plus sales et malsains. Nous aurions été mieux traités dans un Subway de Brossard par une adolescente blasée qui fait des sandwichs pour se payer des tatouages dans le bas du dos.

Notre virée à la Graceland Wedding Chapel est une anecdote mille fois plus intéressante à raconter que les six minutes durant lesquelles nous l’avons vécue. Est-ce que ça en fait une expérience mémorable? Au deuxième degré, assurément. Parce que, pour le reste de leur vie, mes enfants auront des images vidéo de leur mère au sommet du bonheur et de leur père en train de fixer un Elvis désabusé. De génération en génération, on se passera ces images en répétant: «R’garde comme papa avait envie de sacrer son camp!»

Le plus beau moment? Quand on a bu un verre de vin au resto dans notre linge chic, avec les enfants qui rient de cette mascarade, et que j’ai pris le temps de lui confier: «Hey, chérie! Elvis a oublié de me le demander, mais j’avais de quoi à te dire: je suis heureux d’être marié avec toi. Tu fais de moi une meilleure personne. Ç’a été cinq belles années et j’espère qu’il y en aura encore 10 fois plus devant!» Et j’ai souri, les yeux humides… par amour. Et non pas parce que je me disais: «Pourquoi prendre l’avion, payer un hôtel, acheter du linge et tiper Elvis quand j’aurais pu faire ça à la maison?»

Lire les autres billets de Louis Morissette:
L’arroseur arrosé
On écoute trop les enfants
Oser faire… mon mea culpa

Photo: Andréanne Gauthier


Ce billet est paru dans le magazine VÉRO d’automne.

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