Vivre le moment prochain

10 Mai 2017 par Louis Morissette
Catégories : Culture

Vivre le moment présent: une mission apparemment impossible pour Louis!

Je lis les magazines. J’écoute les chroniques d’émissions matinales. Je connais le discours des coachs de vie: on devrait toujours vivre le moment présent. Le savourer et ne pas se soucier de ce qui se pointe devant. (Insérer ici une trame musicale de piano pour donner un ton dramatique à ma prochaine phrase.) On ne sait pas quand notre séjour sur cette terre va s’arrêter, c’est pourquoi nous devons vivre chaque jour comme s’il s’agissait du dernier (fin du morceau de piano). Je l’avoue: je suis INCAPABLE d’appliquer ce principe. Je ne vis pas le moment présent, je vis généralement le moment prochain. Je vis 3, 6, 12 mois, peut-être même 20 ans en avant. Parce que si mon avenir ne se déroule pas comme je l’avais souhaité, je me sens cave de l’avoir mal planifié.

Je déteste me trouver dans une situation et ne pas pouvoir l’optimiser parce que j’ai mal planifié, mal organisé ou mal géré le parcours. Parce que je considère que la vie, autant professionnelle que personnelle, est un peu comme une partie d’échec. Il faut avoir un plan de match pour éviter les pièges et anticiper les contre-coups. Prévoir les réactions, pressentir les actions des détracteurs. C’est une stratégie que j’ai toute la misère du monde à ne pas appliquer dans mon quotidien. À l’épicerie, j’analyse toujours le langage corporel des caissières qui semblent assez rapides et motivées pour me sortir de là le plus rapidement possible. Idem pour la météo. Comment quelqu’un peut vivre sans s’informer sur le temps qu’il fera demain ou dans 2-3 jours? Des plans pour arriver au centre de ski la veille d’une tempête de 30 centimètres ou sur un lac le lendemain de la vraie belle journée du weekend. Tout est dans la préparation.

Exemple de mon mode de vie anti-YOLO (you only live once). Un soir de 2013, je prends un verre de vin avec mon amie Kim et nous décidons de développer une télésérie. Des mois de travail à se répéter « si ça fonctionne, j’ouvre le champagne! ». Le projet est finalement accepté, LES SIMONE verront le jour! Champagne? Ben non… le projet a beau être accepté, encore faut-il en faire un succès!  On s’affaire donc à finaliser l’écriture et monter la meilleure équipe possible. L’émission arrive en ondes et c’est un succès. On dit bravo à toute l’équipe de production et… champagne? Ben non, il est maintenant temps de penser à l’écriture de la saison 2. Y’a rien de pire que de laisser tomber les téléspectateurs  la deuxième année, il faut redoubler d’ardeur. Écriture de la saison 2 terminée… champagne? Non! Il faut maintenant vendre la série dans d’autres pays. Stimulé par nos résultats ici, je ne comprends pas que cette brillante série soit coincée dans notre réalité de francophones d’Amérique. Le Québec a tellement de talent qu’il faut arrêter d’acheter des formats d’émissions ailleurs: nous devons vendre les nôtres! Résultat: le champagne est encore au frette. Pis y est très très frette.

Ce principe est encore plus important dans ma gestion des finances. J’ai des amis qui ont comme philosophie «On a juste une vie à vivre!» et qui enchainent en achetant une bouteille de vin à 100 $ ou une voiture de l’année. Une partie de mon cerveau envie ce détachement, cette légèreté, cette insouciance. Après tout, c’est vrai que nous n’avons qu’une seule vie à vivre et qu’on pourrait m’annoncer que j’ai un cancer demain. Vu comme ça: YOLO l’GROS! «M’a te prendre un bœuf de Kobé à 200 $!» Mais cette moitié de mon cerveau est rapidement ramenée à l’ordre par mon autre moitié de cerveau qui lui répond «Heille le clown! Si tu vis jusqu’à 82 ans, ça serait le fun que tu passes pas tes 15 dernières années pauvre parce que tu voulais boire des vins dont tu te souviens même plus du goût! ». Si c’est vrai qu’on a juste une vie à vivre, c’est tout aussi vrai que ce serait dommage de la finir à l’Armée du Salut.

Je vis donc en fonction du futur. Quelques mois, mais parfois aussi quelques années en avant. Pour que mes enfants puissent s’épanouir complètement, dans le meilleur environnement possible.  Et en espérant que notre rythme de vie effréné se calmera et que je pourrai passer du temps avec ma vieille femme. Si tout va comme prévu, que je joue bien mes cartes, ça devrait être correct. Dans le fond, pourquoi ne pas bâtir nos vies comme on scénarise une télésérie? L’important c’est comment ça finit! L’objectif ultime demeure le happy ending, non? Pour l’instant c’est le plan…à moins qu’une fois rendu là…

Lire les autres billets de Louis Morissette:
L’arroseur arrosé
On écoute trop les enfants
Oser faire… mon mea culpa

Photo: Andréanne Gauthier

Ce billet est paru dans le magazine VÉRO de printemps.

Cliquez ici pour vous abonner au magazine.

 

 

 

Catégories : Culture
1 Masquer les commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. Diane Lepage dit :

    Enfin quelqu’un qui pense comme moi . J’ai savouré ton texte Louis …j.ai éclaté de rire quand tu as dis  » C’est vrai qu’on a une vie à vivre et ce serait dommage de la finir à l’armée du salut « 

Ajouter un commentaire

Magazine Véro

S'abonner au magazine