Marie-Mai, plus libre que jamais!

24 Sep 2018 par Laurie Dupont
Catégories : Culture

Quatre ans après la sortie de M, Marie-Mai a choisi de se faire confiance en offrant à ses fans son album le plus personnel en carrière.

En totale transparence

Revenir en force avec une toute nouvelle équipe après un longue pause – désirée et méritée – loin des feux de la rampe, voilà le défi pas banal que s’est lancé Marie-Mai pour 2018. Tête-à-tête intime avec celle qui se sent plus libre que jamais.

Chambre 914, hôtel Renaissance du centre-ville de Montréal. Les rayons chauds du soleil qui traversent la vitre du petit salon où j’attends Marie-Mai annoncent l’arrivée imminente de l’été. À peine ai-je eu le temps d’installer mon matériel d’intervieweuse que trois coups retentissent à la porte. J’ouvre. Vêtue d’un combishort noir, perchée sur des talons hauts carrés, la chanteuse n’est ni maquillée ni coiffée. («Je n’ai pas trouvé de brosse ce matin», dit-elle simplement.) Premier constat frappant: l’artiste de 34 ans n’a besoin d’aucun artifice pour briller et dégager le charisme qu’on lui connaît.

Après les échanges de politesse de deux personnes qui se rencontrent pour la première fois vient vite le moment où nous avons toutes deux envie de jaser de création. Écouteurs et iPhone en main, Marie-Mai souhaite que j’écoute quelques-unes de ses nouvelles chansons, qui figureront sur son prochain album à paraître en novembre. Exercice intimidant s’il en est que de découvrir en primeur des pièces tantôt provocatrices, tantôt intimistes, devant une artiste qui attend – comme de raison – mes commentaires. Avant d’appuyer sur play, l’auteure-compositrice-interprète s’explique.

«Dans cet album, certaines chansons découlent les unes des autres, comme une suite logique. La pièce Empire (ndlr: numéro un des palmarès trois semaines seulement après sa sortie) a été composée en premier. C’était à une période de grandes remises en question pour moi. Quatre ans après ma plus récente tournée au Québec, je n’avais pas de compagnie de disque ni d’équipe de spectacle. J’étais avec mon enfant à la maison, avec des rénovations qui n’en finissaient plus. C’est comme si tout mon univers manquait de perspective. C’était aussi la première fois de ma carrière que je ne recevais pas l’amour de mes fans au quotidien. Mine de rien, j’ai enchaîné les albums et les tournées depuis l’âge de 18 ans. La confiance en moi que je pensais avoir était entièrement liée à ce que je faisais comme métier et non pas à un vrai sentiment de confiance en soi. Pour passer à travers tout ça, il a fallu que je me reconstruise, que je rebâtisse mon univers professionnel, que je me redéfinisse en tant qu’auteure-compositeure et en tant que femme.»

Reprendre le contrôle

La table était mise. Comme Empire tournait déjà à la radio au moment de notre entretien, Marie-Mai décide alors de me faire entendre Je décolle, qui s’est avéré mon coup de cœur pop de cette session d’écoute privée. Tandis que ses écouteurs sont vissés à mes oreilles, elle reconnaît assurément la mélodie puisqu’elle dodeline de la tête en parfait synchronisme avec le beat, tout en scrutant chacun de mes micromouvements.

Avec des paroles sans faux-fuyants, la trentenaire se livre plus que jamais. «Je m’envole, enchaînée au sol / On me dit que je suis folle / En fait, je croyais être forte / Je tombe et je redécolle / On m’a dit que j’étais morte / En fait, j’ouvrais une autre porte.»

Nos regards se croisent en silence. Aucune explication n’est nécessaire. Ce refrain parle de lui-même. «Je n’ai jamais écrit un album aussi personnel, avoue-t-elle. Jamais. J’en avais besoin pour faire le pont, pour que les gens soient à la même place que moi et qu’ils comprennent par où je suis passée. Ils ont besoin de connaître mes questionnements pour mieux saisir la femme que je suis devenue.»

Elle a les idées claires, la chanteuse «pref» des jeunes (et des moins jeunes). Quand elle plante son regard dans le mien pour me raconter son histoire, je vois bien qu’elle n’a plus rien à perdre, mais tout à gagner. Marie-Mai soupèse toutefois chacun de ses mots pour être certaine de bien se faire comprendre. Très peu pour elle, la langue de bois. Son souci d’authenticité est manifeste: «J’ai repris le contrôle de ma vie, lance-t-elle avec aplomb. Même si certaines personnes m’ont fait vivre des choses dégueulasses au cours des dernières années, c’est moi qui ai le gros bout du bâton. Jamais je ne les laisserai avoir le dessus sur ce que je suis et ce que je fais. Ma musique, c’est une des seules choses qu’on ne peut pas contrôler ou faire taire. Il faut connaître sa valeur et je connais la mienne. J’encourage tout le monde – quel que soit leur milieu de travail, leur sexe ou leur âge – à connaître leur propre valeur. Tout part de là.»

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Seule en scène

Pourtant, lors du processus créatif de ce nouvel album, Marie-Mai a remis, bien malgré elle, son talent en question. Comme tous ses précédents succès portaient la cosignature de son ex-conjoint Fred St-Gelais et que la rumeur courait à l’effet qu’elle serait incapable d’écrire sans lui, la chanteuse a dû combattre certains démons qui l’ont tourmentée. «En dedans de moi, je savais que j’étais une auteure-compositrice, mais de lire tous ces commentaires laissant entendre que je ne pourrais pas écrire seule, c’est venu jouer dans ma tête. Je me déteste de dire ça, mais j’ai pensé que c’était peut-être vrai, que je n’étais que la moitié de l’autre.»

Histoire de défier ces qu’en-dira-t-on, elle décide simplement de passer à l’action. «Lorsque je suis entrée en studio pour la première fois, tous mes doutes se sont dissipés. J’avais plein d’appréhensions… et j’avais tort. Tout le monde – même Fred – m’a dit que j’étais capable d’écrire seule, mais j’en doutais vraiment. Je m’en veux d’avoir cru que je n’étais pas capable de le faire.»

Marie-Mai prend une pause, puis soulève un point qui n’a nullement besoin d’être débattu, puisque nous connaissons toutes deux la réponse. «Il y a une partie de moi qui ne peut pas s’empêcher de se demander si on aurait dit la même chose si j’avais été un gars. Et je pense que la réponse est non. On a beau répéter aux médias que je suis une auteure-compositrice et les inviter en studio pendant le processus créatif, quand tu es une fille, une bête de scène, que tu fais de la pop et que tu as un look flamboyant, tu ne peux pas être autre chose que la chanteuse-pop-qui-ne-sait-pas-écrire. Et c’est un mégapréjugé!»

La fin

Janvier 2016. Onde de choc. Marie-Mai annonce sur sa page Facebook qu’elle se sépare de Fred St-Gelais, son fidèle complice des 11 dernières années. À partir de cette journée fatidique, la chanteuse est montée à bord d’une montagne russe de suppositions concernant sa rupture. «Au début, je lisais tout ce qui s’écrivait à ce sujet, puis j’ai arrêté net, parce que ce n’était pas ça, ma vie. Tout était tellement amplifié. J’ai essayé de m’en tenir loin, de ne pas trop y porter attention, mais je me rends compte que j’aurais dû mettre mon pied à terre quand je lisais des faussetés à mon égard. Je ne l’ai pas fait, mais ça n’arrivera plus.»

Silence. Que je laisse durer un peu, jusqu’à ce que Marie-Mai réalise que je lui laisse le temps nécessaire pour remette les pendules à l’heure. «Fred et moi, on s’écrit quelques fois par mois, dit-elle. La première personne qui m’a dit que ma chanson Empire était bonne, c’est lui. Il est exceptionnel. J’ai d’ailleurs écrit une chanson sur notre rupture. Elle s’intitule La fin. Je la lui ai fait entendre et, maintenant, c’est à son tour…»

Même si le démo qui s’invite doucement dans mes oreilles n’en est pas à sa version finale, je suis touchée par ce qui s’en dégage, chose qui ne s’était jamais produite avec une ballade de la chanteuse pop auparavant. «C’est parce que je n’ai pas souvent parlé de moi dans mes chansons, explique-t-elle. Ma vulnérabilité et mes peines, je les gardais pour moi. Je préférais raconter les histoires des autres. La fin, c’est moi dans chaque phrase, chaque mélodie. «J’ai brisé mes promesses sur ton visage / À tout jamais / À tout jamais / J’ai laissé mes faiblesses te porter ombrage / Maintenant je sais / Maintenant je sais / Entre nous et la fin qui se tait / On a retrouvé un peu de paix / Là où nos deux mains se séparaient / Quelque chose de mieux renaît / Entre nous et la fin qui se tait / Demain s’écrivait.»

Dans cette chanson, c’est tout en sobriété et sensibilité que l’auteure-compositrice assume ses failles qui ont mené à la séparation. «C’est tellement facile de dire “je m’assume” quand tout va bien, mais c’est quand tu as fait de la peine à quelqu’un qu’il est important de s’assumer.» Après un bref silence, Marie-Mai poursuit aussitôt sur sa lancée: «Malgré le fait que j’ai causé de la peine à Fred, je me suis choisie, pour mon propre bonheur. Je ne regrette absolument rien, au contraire. Cela dit, ç’a été une grosse décision pour moi. J’avais 18 ans quand on a commencé à sortir ensemble et il m’a appris tellement de choses! Même si on se parle moins souvent qu’avant, j’ai encore l’impression que c’est mon frère jumeau, voire une partie de mon corps.»

En privé

Au milieu de cette tourmente, l’amour a frappé la jeune femme au moment où elle s’y attendait le moins. Dans des circonstances qui resteront secrètes, Marie-Mai s’est éprise de David Laflèche, qui est, entre autres, le directeur musical de La Voix.

Comme quelques mois à peine s’étaient écoulés entre sa rupture et l’officialisation de sa relation avec David, plusieurs mauvaises langues ont voulu faire porter l’odieux de la situation au nouvel amoureux. «Quand on est devenus un couple, David et moi, ça n’a pas été facile pour lui, car il était considéré comme le bad guy, complètement à tort, d’ailleurs. C’est le gars qui s’est battu pour moi, tout en sachant très bien qu’il s’en allait vers quelque chose de tough. Mais il a porté le poids de tout ça sur ses épaules pour me protéger. Il l’a fait, la tête haute et le cœur à la bonne place. Surtout, il savait qu’on n’avait rien fait de mal.»

À quelques reprises pendant l’entrevue, Marie-Mai réalise qu’elle est peut-être en train de se confier plus qu’elle ne l’avait prévu. Cette vertigineuse impression l’invite à tenter de préserver ce qu’elle a de plus cher. «Autant je souhaite être transparente et faire le point sur beaucoup de choses qui ont eu lieu, autant je ne peux pas traiter ma relation actuelle de la même façon qu’avant. J’ai vraiment été échaudée par toutes ces histoires qui ont pris des proportions démesurées. C’est peut-être égoïste, mais je veux partager seulement ce que je suis prête à partager, sans qu’on s’attende à plus de ma part. Je me donne le choix d’ouvrir ou de fermer la porte sur ma vie privée quand je le veux.»

Avant qu’on mette un point final à notre tête-à-tête, elle renchérit: «J’ai pratiquement deux personnalités. Avant, Marie-Mai la chanteuse avait pris toute la place. Maintenant, j’ai une vie privée saine que je protège, mais j’ai encore ma drive et ma vision larger than life. J’ai enfin l’impression que ces deux facettes de moi-même peuvent coexister.»

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Cette entrevue est tirée du magazine Véro d’automne 2018. Abonnez-vous maintenant!

 

Photos: Andréanne Gauthier

 

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