Rencontre avec Pierre-Yves Lord 

05 Avr 2018 par Laurie Dupont
Catégories : Culture

Rencontre sans faux-fuyant avec un homme en pleine possession de ses moyens.

L’ascension vers le sommet

Bien que plusieurs d’entre nous ont découvert Pierre-Yves Lord à l’émission Loft Story ou Occupation Double, l’homme roulait déjà sa bosse comme animateur de radio depuis plus de 15 ans. Aussi ambitieux que réaliste, il a gravi les échelons un à un, jusqu’à ce qu’il trouve sa place. Tête-à-tête inspirant avec quelqu’un qui n’a jamais baissé les bras.

«1-2,1-2, check. Est-ce qu’on est live?» lance Pierre-Yves à la blague en s’emparant de mon magnéto au moment où j’appuie sur le bouton record pour officialiser le début de l’entrevue. En quelques secondes à peine, l’animateur de radio, le communicateur improvisateur et l’éternel gamin en lui se manifestent et resteront alertes durant les 90 minutes de notre rencontre.

Assis confortablement dans un café de la rue McGill, à Montréal, PY arbore un look à la fois relax et étudié: à son hoodie noir se superposent un pull en tricot bleu et la veste en cuir Tiger of Sweden, qu’il a décidé de s’offrir après la séance photo. D’emblée, s’il y a une chose que je remarque et qui me ravit comme intervieweuse, c’est la facilité avec laquelle je peux connecter avec mon interlocuteur. Et c’est le cas avec PY: franc, intéressant et intéressé, il répond sans filtre aucun à chacune de mes questions, parfois même en anticipant les suivantes. Déformation professionnelle, dites-vous? Assurément.

Bien que l’homme de 39 ans qui sirote son thé devant moi jongle avec un horaire quasi présidentiel, je le sens entièrement disposé et ouvert à l’échange, comme si l’ailleurs n’existait pas. «Oui, mon horaire est costaud et il le sera encore l’an prochain, mais tout le monde est occupé, relativise Pierre-Yves. Je peux travailler dans l’intensité pendant des jours comme je peux passer une matinée dans le silence à ne rien faire. J’accompagne mes enfants jusqu’à l’autobus le matin, puis le temps file jusqu’à midi sans que je sache vraiment ce que j’ai fait. Je suis capable de mettre mon cerveau en veille, d’appuyer sur reset et de recommencer à travailler ensuite. Je suis doué pour ça et j’en ai besoin.» Facile à comprendre. Entre la préparation de ses dossiers pour Deux hommes en or (Télé-Québec) et le tournage de l’émission chaque jeudi, ses collaborations à Esprit critique (ICI ARTV) et au Clan MacLeod (CKOI), l’animation de sa propre émission Radio PY (encore à CKOI) le weekend et ses nombreux allers-retours entre Québec et Montréal – sans compter la prochaine saison de l’émission Les flots (TV5) qu’il tournera cet été –, PY pourrait être un brin essoufflé, pour ne pas dire au bout du rouleau, mais ça ne semble pas du tout le cas. Bien au contraire! «Je me suis toujours amusé au travail, mais l’an dernier, j’ai pris part à des projets qui me ressemblent réellement beaucoup, raconte l’animateur, tout sourire. J’ai fait plein de choses auparavant pour gagner ma vie, mais mon année 2017, je la mettrais sur repeat pour la revivre plusieurs années encore. Je m’éclate vraiment.»

Le meilleur de deux mondes

Mais qui dit activités professionnelles qui s’accumulent dans la métropole dit aussi éloignement de la maison et de la famille pour ce résident de la Vieille Capitale. Tout en me doutant un peu de sa réponse, je me permets de lui demander si le jeu en vaut la chandelle… «Absolument. Mes enfants saisissent bien ce que je fais comme boulot et ils comprennent que ça implique de passer des moments à l’extérieur de la ville. Quand ils me voient partir avec ma petite valise, il n’y a pas d’adieux déchirants. Ma blonde comprend, elle aussi. Elle sait que j’ai mis beaucoup d’efforts pour faire partie de ces projets qui m’allument tant!» PY prend une courte pause, tire un bout de jambon de son sandwich-déjeuner, le mange, puis va jusqu’au bout de sa pensée avec une franchise qui contribuera sans doute à décomplexer certains parents. «Je me sens presque mal de dire ça, parce que ma blonde n’a pas la chance de vivre la même chose que moi, mais ces séjours de 48 heures que je passe à Montréal, je les trouve parfaits. J’adore ma famille et, parfois, j’appelle à la maison simplement pour entendre le bruit de fond des enfants qui se chicanent, mais le fait d’être catapulté loin de mon nid familial pour être entouré de gens créatifs, ça me fait tellement triper! Je profite du meilleur des deux mondes.»

Lorsqu’on se penche sur le CV de PY en scrutant son emploi du temps de la dernière année, on constate que les projets auxquels il a participé ne s’adressent pas du tout aux mêmes publics. Même si on essaie fort fort d’établir des parallèles entre ses diverses activités professionnelles, il y a peu d’éléments qui relient l’animation de Pierre-Yves à Deux hommes en or à celle de son émission de plongée Les flots, et encore moins à celle de Radio PY. Or, le principal intéressé est très conscient de cette réalité qu’il ne changerait pour rien au monde. «On peut aimer manger un trio cheeseburger et adorer le caviar: l’un n’empêche pas l’autre! On explore les extrêmes dans plein de facettes de notre vie, que ce soit dans l’alimentation, nos amitiés, notre sexualité. Alors pourquoi, au travail, devrais-je me confiner à un seul genre d’animation quand je n’ai qu’une vie à vivre et tout un monde à explorer?»

Marquer ses repères

PY prend une gorgée de thé vert et poursuit sur sa lancée: «À la radio, j’aime ça jouer au G.O. de service pour que les auditeurs passent un bon moment sans se casser la tête. J’ajoute un peu de légèreté dans leur journée. Ça, c’est mon sucre, et je trouve ma protéine ailleurs. Grâce à Deux hommes en or ou à Esprit critique, entre autres, où il faut chercher des angles d’attaque et décortiquer les sujets. Pour avoir une semaine équilibrée, ça me prend tout ça. Chacun a plusieurs facettes à sa personnalité et moi, j’ai envie de toutes les exploiter. C’est dans la diversité des projets auxquels je participe et des gens que je rencontre que je trouve un équilibre.»

Même s’il est sollicité de toute part ces temps-ci et que sa popularité ne cesse de croître, Pierre-Yves ne tient rien pour acquis. Il entrevoit même d’éventuelles périodes creuses. «C’est un sujet dont je parle beaucoup avec ma gérante et amie Marilou Hainault. On se dit que ce qu’on fait, veut veut pas, c’est de la gestion du déclin. (rires) Mais on ne peut pas travailler dans ce métier-là en ayant toujours peur de disparaître. Il faut être réaliste. Actuellement, je suis conscient d’être dans une belle période, mais un moment donné, ce ne sera plus à mon tour…»

En l’écoutant se livrer de la sorte, je réalise que mon titre de travail pour cette entrevue ne changera pas, car PY sait exactement ce qu’il doit faire – ou ne pas faire – pour se rendre au sommet. Il abonde dans mon sens: «Pour une ascension réussie, on doit marquer nos repères en montant pour connaître le bon chemin pour redescendre. Et ça se peut aussi que le bonheur se trouve en plein milieu de la montagne. Se rendre au sommet pour arriver au sommet… Finalement, il y a quoi, au sommet? Il n’y a même plus d’arbres. On trouve juste les drapeaux de gens qui n’y sont plus. Donc oui, je grimpe tranquillement la montagne, mais je vais peut-être trouver mon petit spot bientôt, mon petit coin à moi, offrant une vue imprenable sur le monde.»

Nous tenons à remercier chaleureusement le Parloir Caves privées de nous avoir permis d’y réaliser cette séance photo.(parloir.ca)

Photos: Jocelyn Michel

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