Souper de gars: qui a peur des femmes qui s’assument?

01 Nov 2016 par Patrick Marsolais
Catégories : Culture

Les acteurs Éric Bruneau et Alexandre Goyette, tout comme l’animateur et comédien André Robitaille, ont craqué pour des femmes sûres d’elles-mêmes.

Entretien à bâtons rompus sur les stéréotypes, l’égalité des sexes et les relations de couple en 2016 avec trois mâles québécois… pas piqués des vers!

Nous sommes quatre gars attablés au Tapas 24 du Vieux-Montréal, à se partager de savoureux petits plats catalans et quelques verres de vin blanc. Avouez qu’il y a pire comme contexte de discussion! Et quand un des trois artistes invités en relance un autre, il y a peu de tabous qui résistent à l’humour et à l’analyse critique de ces joyeux lurons. Encore fallait-il démarrer la conversation avec ZE question: «C’est quoi, au juste, une femme qui s’assume?»

«Pour moi, c’est une femme qui croit en ses opinions et qui ne craint pas de prendre sa place, répond Éric Bruneau. Ma blonde [ndlr: l’humoriste et auteure Kim Lévesque-Lizotte], est clairement une femme qui sait ce qu’elle veut. L’an dernier, je travaillais comme un dingue, pis elle m’a carrément dit: “Moi, à 32 ans, je ne suis pas sûre d’avoir envie d’être avec quelqu’un qui est aussi peu disponible.” On a alors pris un break et il a fallu que je lui coure après pour qu’on revienne ensemble. Kim est une fille qui assume ce qu’elle est et ce dont elle a besoin. C’est ça qui me fait triper.»

«Je suis d’accord avec toi, renchérit André Robitaille, parce que si on prend l’exemple inverse, quelqu’un de mou, c’est pas attirant. Que ce soit un homme ou une femme, d’ailleurs. Ça ne m’excite pas du tout. Sérieux, imaginez-vous en train de vivre avec quelqu’un qui n’est jamais capable de prendre des décisions. Ça doit être tellement pesant!»

Resté un peu en retrait jusque-là, Alexandre Goyette intervient: «Je pense qu’une femme qui s’assume, c’est une femme qui se réalise. Mais il y a plein de sphères de la vie – autres que sur le plan professionnel – où on peut se réaliser. Moi, ma blonde [l’actrice Geneviève Côté] se réalise comme mère et ça me fait capoter. Je la vois aller et je suis persuadé d’avoir choisi la meilleure mère au monde pour mon fils. Elle est dévouée à 100 %. Et puis, elle ne se laisse jamais abattre. Tiens, quand on lui a enlevé un rôle parce qu’elle était enceinte, au lieu de chiâler dans son coin, elle en a profité pour prendre des cours à l’université. Je trouve ça magnifique.»

AVOIR LE COURAGE 
DE SES OPINIONS

Éric l’a dit tout de go tantôt: une femme qui s’assume défend ses opinions. Et sa blonde Kim, elle, le fait à la radio, dans les journaux ou sur le Web, avec tout ce que ça implique d’appuis spontanés mais également de critiques. Dans ce contexte, composer avec les déclarations de l’autre ne doit pas toujours être facile…

«Comme je ne suis pas présent sur les réseaux sociaux, je ne suis pas conscient de tout ce que Kim peut écrire», affirme Éric. «Et c’est une bonne affaire, le taquine André. Nous, on la lit, ta blonde, et… t’es mieux de ne pas être sur Facebook!» (Fou rire général)

«Mais, à la limite, ça ne me concerne pas, poursuit Éric. Kim est extrêmement politisée. Moi aussi, mais beaucoup moins. Elle chronique dans les journaux, elle fait valoir ses opinions à la radio et dans des blogues. C’est sa vie à elle, ça lui appartient. Au pire, elle se plante. So what? J’aime les gens qui vont au batte, quitte à l’échapper de temps à autre. On vit dans une culture où il faut toujours avoir raison, mais merde, ça se peut qu’on réponde quelque chose à l’improviste pis qu’on se trompe. Surtout qu’en tant qu’artiste, on nous demande souvent notre opinion sur plein de choses. Alors non, je n’ai aucun problème à ce que ma blonde prenne position…»

«Wow, t’es pas juste beau, t’es capable d’être touchant aussi!» l’agace Alexandre. Tout le monde s’esclaffe, mais Éric n’a pas fini de livrer le fond de sa pensée: «S’assumer, c’est aussi se tenir droit après avoir donné son opinion. Je me souviens que Kim s’était fait ramasser après qu’elle eut traité la Radio X de Québec de “radio démagogique” aux Francs-Tireurs. Sur le coup, c’est blessant de se faire adresser les pires insultes que vous pouvez imaginer. Mais qu’importe, Kim a continué à se tenir debout et à assumer ses propos. Et ça, je trouve ça admirable. Bon, il faut avouer que, cette fois-là, j’étais assez d’accord avec elle, mais ça n’a rien à voir…»

«Éric a raison, estime Alexandre. C’est super séduisant, une femme qui n’a pas peur de ses opinions. Geneviève, c’est ma plus grande critique. Quand je fais quelque chose de mauvais, elle est capable de me le dire. C’est pas comme ma mère, qui me trouve toujours bon. Ma blonde, c’est ma première lectrice et je trouve ça précieux. Je sais que son opinion sera toujours franche.»

«La critique, ça peut être délicat, rétorque André. Parce que ce sont tes tripes que tu mets dans tes créations. C’est ton cœur. Alors si ta douce moitié remet ton travail en question, ça peut faire mal… Moi aussi, Martine [Francke, la comédienne] peut être très critique, notamment en ce qui concerne les concepts télé que j’essaie de créer. Et je peux te dire qu’on s’est souvent chicanés à cause de ça.»

QUAND UNE FEMME S’EN MÊLE…

Arrivée à brûle-pourpoint, quelques plats à la main, la sympathique Maria Sanz, gérante du Tapas 24, nous explique le menu quand Alexandre l’interrompt: «Excusez-moi, mademoiselle, je serais curieux de savoir ce que veut dire, pour vous, une femme qui s’assume.»

«C’est une femme qui fait ce qu’elle veut et ce qu’elle pense, sans avoir besoin de donner des explications», réplique aussitôt Maria. «Et en tant que femme assumée, poursuit Alexandre, est-ce que ça vous est déjà arrivé de sentir que ça dérangeait les hommes?»

«Absolument!, répond Maria. Même en 2016, une femme qui s’affirme continue à faire peur. Il y a beaucoup de gars qui ont tendance à vouloir prendre soin de leur blonde, à la protéger, explique-t-elle. C’est correct qu’on veuille prendre soin de moi, mais je n’ai pas besoin d’un père, j’ai besoin d’un partenaire.»

«Je trouve ça intéressant comme point de vue, commente Alexandre. Ça me fait capoter ce que vient de raconter Maria. Ça ne m’étonne pas, mais je trouve ça triste quand même. Pour moi, ça va de pair avec la peur du féminisme et plusieurs autres peurs, d’ailleurs. Ça me laisse entendre qu’il y a probablement bien plus de gars qu’on pense qui ne veulent pas que ça change. Ils sont très contents qu’on reste avec les mêmes stéréotypes gars-filles.»

CE QUI LES SÉDUIT

Qui se ressemble s’assemble. Nul doute que ce vieux proverbe s’applique aujourd’hui aux trois invités à notre «souper de gars». Et si tous avouent être allumés par des femmes de tête, je suis à peu près certain que leurs compagnes ne se contenteraient pas non plus d’hommes à la personnalité contrôlante ou effacée. Au fait, ça prend quoi pour vivre avec une femme qui s’assume? «Je pense qu’il faut d’abord s’assumer comme gars, répond André. Ça prend aussi ce drôle de mélange d’égo et d’humilité, qui est d’ailleurs également requis dans notre métier.»

«Il faut être capable de dialoguer, ajoute Éric. Un gars doit pou- voir exprimer ses besoins. On dit souvent que les hommes ne sont pas bons pour parler de leurs attentes ou de leurs sentiments, mais si tu ne le fais pas, ça finit par gronder en dedans, puis ça prend de l’ampleur et ça finit par exploser.»

«Faut avoir confiance en soi aussi, renchérit Alexandre. Si ma blonde se mettait à faire beaucoup de cash pis que moi, je me retrouvais sans aucun contrat à la maison, je sais que je n’aurais aucun problème avec ça… Elle me ferait vivre pendant un bout pis ça serait ben correct. Je ne me pognerais pas le beigne, par contre. J’essaierais de démarrer un paquet de pro- jets pendant ce temps-là…»

En fin de compte, ces 80 minutes d’échanges autour d’une table s’avèrent très réjouissantes, comme en témoignent les éloquents commentaires de ces trois gars auxquels le succès colle à la peau, ces trois boys amoureux et admiratifs de leur blonde pleine d’assurance…


Photo: Martin Girard

Cet article a été pubié dans le magazine VÉRO No5 – Oser être soi.

Lire aussi: Souper de gars: haute fidélité?

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