Tête-à-tête avec Rachid Badouri

02 Nov 2018 par Véronique Harvey
Catégories : Culture

Rachid Badouri prépare actuellement son troisième one man show, on l’a questionné sur sa nouvelle vie et ce spectacle en gestation.

Il faut parfois toucher le fond du baril pour assimiler les meilleures leçons de vie. Pour Rachid Badouri, c’est une infection bactérienne majeure, suivie d’une hospitalisation, qui lui a fait réaliser que la vie était trop courte pour travailler sans relâche.

En quoi la cellulite dont tu as été victime l’an dernier t’a-t-elle ouvert les yeux? Physiquement, il faut arrêter de surestimer son corps et de se croire invincible. Il faut apprendre à dire non et à ne pas s’investir dans tous les projets. Les voyages éclair de quelques jours – voire quelques heures – en France, j’ai arrêté ça. Bref, il faut savoir choisir ses projets, histoire de ne pas s’épuiser pour rien.

La conciliation travail-famille n’est jamais chose facile, mais c’est encore pire lorsqu’on bosse des deux côtés de l’océan. Comment arrives-tu à trouver l’équilibre? J’aime apprendre des grands qui sont passés par là avant moi. J’ai donc demandé conseil à Corneille et je lui ai volé sa règle, qui consiste à voyager seul durant les déplacements de moins de 15 jours. Moi, j’ai été agent de bord pendant plusieurs années, alors le décalage horaire ne m’affecte pas autant que la moyenne des gens. Mais je ne peux pas faire subir ça à ma famille. Par contre, pour les déplacements de trois semaines et plus, je pars avant ma femme et ma fille, puis je m’assure que tout est bien installé dans l’appartement du séjour pour qu’elles puissent faire une transition en douceur. C’est comme ça que je peux joindre l’utile à l’agréable.

Tu as commencé à écrire et à tester quelques numéros de ton troisième show solo dans les petites salles du Québec. À quoi peut-on s’attendre? Dur à dire, parce que je suis encore en quête de moi-même… mais un humoriste m’a dit dernièrement que ça lui faisait du bien de voir que j’avais une opinion. C’est donc un peu vers là que je m’en vais. J’ai réalisé qu’on n’avait jamais eu de tête à tête avec Rachid pour aborder des sujets un peu plus profonds. Je parle donc des réflexions qu’on n’a pas le choix d’avoir avec l’âge. Ce ne sera pas un débat politique ni une conférence, mais on va en savoir un peu plus sur ce que je pense.

Le cocktail danse-musique-imitation sera-t-il encore de la partie? J’ai une imitation de Mike Ward que je pense garder, parce que ça fait 20 fois que je la fais au Bordel Comédie Club et que ça fait toujours rire. Pour le reste, je ne sais pas si je vais danser ou s’il y aura de la performance, mais l’énergie sera la même, parce que la sauce Badouri ne peut pas changer! Je vais livrer mes histoires de la même façon, avec mes 1001 expressions faciales, parce que je ne peux pas faire autrement, c’est dans mon ADN.

Quel est l’avantage de roder son spectacle dans les petites salles avant de s’attaquer aux grandes? Je vais souvent dans des soirées open mic et il faut voir la face des gens quand ils me voient arriver, entre la serveuse de chez Nickels et le caissier de Home Depot. Au Bordel Comédie Club, on s’attend à voir des humoristes, mais dans une soirée open mic, un mercredi soir à 22 heures, non! J’y vais parce que la plus grosse menace que peut ressentir un humoriste, c’est la rouille. Et qu’est-ce qui fait rouiller? Les grandes salles. Tu as beau finir ta tournée de 300 shows avec 300 000 billets vendus, quand tu arrives dans un petit bar de quartier, c’est comme si tu n’avais jamais fait de bicyclette de ta vie. Tu n’as plus de repères, alors tu te casses la gueule. Mais tu rembarques sur ton vélo et tu recommences. Jerry Seinfeld a dit un jour qu’on avait la chance d’avoir 30 secondes gratuites à cause de notre popularité. Mais après 30 secondes, l’étonnement est passé et les gens veulent que tu les fasses rire… même s’ils ont seulement payé 5 $.

En quoi les humoristes de la relève occupent-ils une place importante dans ta carrière? Ils sont tellement inspirants! Je leur dois beaucoup pour mon troisième show, parce qu’ils me nourrissent quant à la matière première de l’humour. Ce sont des bosseurs qui travaillent fort et qui investissent eux-mêmes dans leur succès. C’est l’ère Xavier Dolan, où on se fout du système. Alors si tu ne t’ouvres pas à la jeunesse, qui a la clé du succès entre les mains, le has been t’attend au détour et tu rentres dedans à toute vitesse… et ça ne me tente pas!

Le rodage du 3e spectacle de Rachid Badouri devrait commencer à l’été 2019, alors que la première est prévue à l’hiver 2020.

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