Bianca Longpré: une cour ordinaire

19 Juil 2018 par Bianca Longpré
Catégories : Famille

Bianca Longpré rêve d'avoir une cours digne d'un magazine. Mais tout porte à croire qu'elle ne l'aura pas...

Je rêve d’avoir une belle cour. Une cour comme dans le magazine Fleurs Plantes Jardins, avec des haies ben taillées et un cabanon en ordre. Je fantasme sur les annonces de piscines à la télé. T’sé, les publicités où toute la famille est dans la belle piscine carrée, ben propre, sans serviettes qui traînent sur le patio ou de maudits spaghettis à moitié mordus et sales qui flottent sur l’eau…

Faque cette année, j’me suis dit: «Moi aussi, j’vas l’avoir, ma belle cour!»

J’ai décidé de commencer par le jardin. En plus, c’est une sacrée belle activité familiale. On va enfin passer du temps de qualité tous ensemble. J’annonce à mon chum qu’on va faire un jardin: «Tu me niaises? Un jardin pis toute l’ouvrage qui vient avec? Tu te souviens pas, l’année passée, quand le p’tit avait échappé les graines de concombre partout et que j’ai ramassé du concombre dans la tondeuse tout l’été?» J’me laisse pas décourager. Cette année, ça va ben aller.

Avec les enfants, on sort les sacs de graines. Même pas 75 secondes après avoir commencé l’activité, mes p’tits se chicanent pour savoir qui va planter les carottes. Pis y se met à mouiller. Mais moi, j’suis décidée. J’vas avoir un jardin.

Au bord du jardin, la bataille de graines éclate, tout est mélangé. Y a pu de rangées, y a juste des mottons de graines de radis-basilic-poivron-laitue un peu partout.

D’la ma***, on verra ce qui poussera en août.

Je me mets à tailler les haies. Clairement, ça prend un diplôme en coiffure de haies pour faire une job correcte. Je coupe, mais c’est jamais égal. Je coupe encore plus, mais c’est toujours pas égal. Plus ça avance, plus mes haies ont l’air d’avoir passé au feu. Mon chum va m’achever…

Je décide d’aller réorganiser le cabanon à la place. Ça serait cool, un beau cabanon ben propre. Mon chum va être heureux.

Erreur.

En forçant pour ouvrir la porte du cabanon, je découvre une montagne de cochonneries entassées jusqu’au plafond. Des décorations de Noël mêlées à celles d’Halloween et de Pâques, des vestes de sauvetage, un vieux vélo, une canne à pêche et un paquet d’affaires que je ne peux même pas nommer. Comment est-ce possible? Là, je comprends pourquoi mon chum me disait de laisser faire le cabanon, qu’il s’en occuperait.

Je commence à sortir du stock dehors pour pouvoir mieux ranger. Une autre erreur. En moins de 15 minutes, y a l’équivalent d’un marché aux puces dans ma cour, et le cabanon est toujours plein.

Je décide de mettre des bacs de trucs à donner dans l’auto. Comme tout ça pèse une tonne, je me sers d’un diable. En déposant un bac sur le diable en métal, je me frappe la tête. Résultat: j’ai le front fendu et ma cour est toujours aussi dégueulasse.

Les enfants arrivent de l’école et voient tout ce qui traîne dehors. Ils sont super contents, y a plein de «nouveaux» jouets! Ils s’amusent comme des fous en jouant au tennis avec des bottes de ski dans les pieds.

Je contemple mon bordel et mes enfants heureux en tenant mon sac de fruits congelés sur la bosse qui a poussé sur mon front.

J’me sers un petit verre de vin. J’le mérite.

En regardant par la fenêtre, j’me dis que je n’aurai pas une cour digne d’un magazine cet été. Pis c’est ben correct.

Finalement, cette année, j’vais avoir une cour de famille ordinaire heureuse.

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Cette chronique est parue dans le numéro été 2018 du magazine VÉRO. Pour accéder au contenu en primeur, abonnez-vous au magazine! 

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