Chicanes frères-sœurs: faut-il s’en mêler?

01 Juin 2017 par Karine Vilder
Catégories : Famille

Ah, les querelles entre enfants… On a beau tout faire pour les éviter, elles finissent toujours par éclater aux pires moments de la journée. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, le défi n'est pas de savoir quand intervenir, mais comment.

On aimerait toutes avoir des enfants qui – quels que soient leur sexe et leur écart d’âge – seraient capables de contribuer au bien-être familial en s’entraidant gentiment et en composant au mieux avec leurs différences. Mais, évidemment, la réalité est tout autre…

«Au point où j’en suis, je me contenterais d’une seule petite fin de semaine où il n’y aurait ni hurlements, ni insultes, ni tapochages, s’exclame Gaëlle, 37 ans, mère de trois garçons. Car la plupart du temps, j’ai carrément l’impression d’être dans un ring!» Même son de cloche du côté d’Amélie, 34 ans, qui se demande souvent comment les choses peuvent dégénérer aussi vite entre ses préadolescentes de 9 et 10 ans. «Elles jouent ensemble tranquillement et, tout à coup, elles se jettent l’une sur l’autre avec tant d’agressivité qu’on jurerait qu’elles ont été mordues par un chien enragé. Le plus drôle dans tout ça, c’est qu’on a conçu nos filles dans un délai très rapproché en espérant qu’elles deviendraient les meilleures amies du monde… et ça nous crève le cœur de constater que ce n’est pas vraiment le cas.»

Voir ses enfants se quereller sur une base (un peu trop) régulière n’est certes pas facile. Non seulement parce qu’on se sent souvent très démunie devant ces épisodes de sauvagerie, mais parce qu’on se dit aussi qu’on a dû rater quelques passages très importants du manuel des parfaits parents.

Pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, les disputes entre frères et sœurs sont à la fois normales et saines… voire souhaitables! «Ces affrontements permettent en effet aux enfants d’apprendre à manifester ouvertement leurs désaccords et à s’affirmer – ce qui n’est pas toujours envisageable à l’école, où ils ont peur de perdre leurs amis, explique la psychologue Geneviève Janveau. À la maison, en revanche, le frère ou la sœur sont coincés sous le même toit, peu importe la nature des chicanes. Et comme il est impossible de vivre dans la bonne entente sept jours sur sept, les conflits les aideront à grandir.»

«Qu’on le veuille ou non, les conflits font partie de la vie, renchérit Mélanie Lamarre, psychologue elle aussi. À force de se chamailler, les enfants développent peu à peu leurs capacités de négociation. Plus tard, ils seront ainsi mieux équipés pour faire face aux divergences et se tailler une place dans la société. Voilà pourquoi on suggère généralement aux parents d’éviter d’intervenir aux premiers signes de discorde.»

Même si les cris et les coups de pied mettent nos nerfs à rude épreuve, on devrait donc rester stoïque en songeant aux bénéfices futurs de ces accrochages récurrents. «Par contre, dès l’instant où l’intégrité physique ou psychologique d’un des enfants est menacée (par un nez qui saigne ou des “tu pues” répétés), il faut réagir parce qu’il y des limites à ne pas dépasser, souligne Mélanie Lamarre. En théorie, notre rôle sera alors de les guider calmement en les invitant à donner tour à tour leur version des faits et en les encourageant à trouver ensemble une solution.»

Sur papier, ça semble tout simple, mais dans la pratique, on ne sait pas toujours comment s’y prendre pour régler certains conflits. Les six cas de figure qui suivent nous donnent des pistes à explorer…

Pas de câlin, pas de bisou!

«Lucas, 12 ans, a beaucoup de mal à supporter les marques de tendresse de sa sœur Emma, 10 ans. Dès qu’elle veut lui faire un câlin ou un bisou, il s’énerve et l’envoie promener de façon parfois brutale. Du coup, Emma commence réellement à croire que son frère ne l’aime pas.» – Nicole, 49 ans

Comment régler ce genre de conflit? «Un enfant a le droit de ne pas avoir envie de se faire câliner, signale Mélanie Lamarre. À 10 ans, Emma est assez vieille pour comprendre qu’il existe différentes manières d’exprimer son affection. Il faut donc lui faire remarquer que chaque fois que son frère lui propose de jouer à un jeu, qu’il lui demande quel film elle a le goût de voir ou qu’il accepte de l’aider dans ses devoirs, c’est sa façon à lui de montrer son affection. En soulignant discrètement tous ces petits gestes du quotidien (Lucas pourrait en effet se braquer si on le faisait en sa présence), Emma devrait finir par voir les choses autrement et réaliser que ce n’est pas parce que Lucas fuit ses bisous qu’il la déteste.»

Vous l’aimez plus que moi!

«Pas une semaine ne passe sans que Lilly, 9 ans, affirme qu’il est évident que son père et moi préférons Marie, 6 ans, ce qui est évidemment archifaux. Ce qui est vrai, par contre, c’est que ça génère énormément de tensions entre les filles, Lilly allant même jusqu’à compter le nombre de minutes qu’on passe à l’heure du coucher avec sa petite sœur.» – Frédérique, 42 ans

Comment régler ce genre de conflit? «Il s’agit d’un cas de figure très commun, tous les enfants cherchant à avoir une place privilégiée auprès de leurs parents, affirme Geneviève Janveau. Leur grande peur? Ne pas être celui ou celle qu’on chérit le plus. Mais même si on les aime également, il peut arriver qu’on ait davantage d’affinités avec l’un d’eux.» Ainsi, Frédérique admet que seule Marie apprécie les histoires qu’elle lui raconte, ce qui explique pourquoi elle s’attarde souvent dans sa chambre à l’heure du dodo. «En tant que parent, on doit corriger les perceptions négatives qui peuvent découler de ce type de complicité, ajoute la psychologue. Et pour y arriver, franchise et communication sont nos meilleures alliées.» En voici quelques exemples… «Tu penses que je préfère ta sœur parce que je lui lis des histoires? Pas du tout, car si tu aimais les contes de fées, je t’en lirais aussi. Tu penses que je préfère ton frère parce que je le taquine plus que toi? En fait, je t’aime tout autant et si tu me promets de ne plus te fâcher chaque fois que je te taquine, je vais le faire avec joie!»

Mon frère est un gros nul

«Maxence prend un malin plaisir à dénigrer son petit frère. Les dessins du plus jeune ne sont jamais assez beaux, ses scores aux jeux vidéo, jamais assez bons, etc. Résultat: Olivier manque de confiance en soi et souffre maintenant d’une anxiété de performance. On a avisé l’aîné à plusieurs reprises d’arrêter de rabaisser son cadet, mais il ne tourne pas toujours sa langue sept fois avant de parler…» – Anne, 42 ans

Comment régler ce genre de conflit? «Il faut d’abord comprendre d’où ça vient, pourquoi l’aîné agit comme ça, soutient Mélanie Lamarre. Il voit peut-être ses parents adopter ce genre de comportement entre eux et, si tel est le cas, il serait sans doute bon de consulter afin de changer la dynamique familiale. Mais l’attitude de Maxence peut également être une façon pour lui de s’affirmer, de bâtir sa propre estime, d’attirer l’attention de ses parents ou d’évacuer sa colère.»

Si le comportement des parents n’a rien à y voir, Mme Lamarre recommande d’organiser un conseil de famille au cours duquel seront clairement énoncées les valeurs (respect, bienveillance, empathie, honnêteté, etc.) que chacun devra désormais honorer. «Après ça, on indique ce qui est inacceptable (violence verbale ou physique, manque de respect, critiques incessantes, etc.) en mettant l’accent sur les conséquences susceptibles d’en découler (“Ton frère ne voudra plus jouer avec toi si tu continues à le dévaloriser”, “Ça sera à toi de sortir le chien tant que ton frère a mal au genou à cause de ton coup de pied”, etc.), précise la psychologue. Il faudra dès lors se montrer vigilante et réagir à chaque écart: “OK, c’est quoi, donc, les valeurs de notre famille? Oui, le respect. Alors, est-ce que c’est respectueux de dire à ton frère que son dessin est laid? Tu as le droit de le penser, mais garde ton commentaire dans ta tête. Et si tu n’y arrive pas, va dans ta chambre le dire à ton oreiller!”»

Une fois qu’on a clarifié les choses avec l’aîné, on devrait ensuite se tourner vers le plus petit pour lui demander ce qu’il pourrait faire au lieu de toujours nous appeler à la rescousse, ajoute Mme Lamarre. «Car ce qu’on veut vraiment, c’est qu’il soit capable de se débrouiller tout seul. Deux stratégies possibles: l’encourager à exprimer ouvertement son désaccord lorsque l’aîné le rabaisse ou, même si ce n’est pas facile pour lui, l’inciter à ignorer son grand frère en faisant semblant de ne pas entendre ses critiques.»

Lui prêter mes choses? Pas question!

«Mes filles ne veulent rien partager. À la maison, les “Sors de ma chambre!” ou “Touche pas à mes affaires!” retentissent sans arrêt. Une situation qui est en train de nous rendre fous, mon mari et moi.» – Amélie, 34 ans

Comment régler ce genre de conflit? «Chaque enfant cherche ici à protéger son espace personnel, que ce soit sur le plan physique ou psychologique, constate Geneviève Janveau. C’est le rôle des parents de guider leurs enfants là-dedans. Ici encore, on en revient aux valeurs familiales. Le partage en fait-il partie? Avons-nous, dès leur plus jeune âge, insisté sur le fait qu’ils devaient accepter de se prêter leurs jouets? Si oui, il faudra peut-être leur rafraîchir la mémoire en les aidant à trouver un terrain d’entente: “Si tu prêtes ce jouet à ta sœur, qu’est-ce que tu aimerais qu’elle partage avec toi?” Et pour limiter les cris liés à l’utilisation du iPad ou de la Xbox, on peut utiliser une minuterie octroyant à chacun des enfants une durée de jeu équivalente.»

Jeu de main, jeu de vilain?

«Thomas saisit toutes les occasions possibles pour faire un croc-en-jambe ou donner une tape à son petit frère. Du coup, nous avons beaucoup de mal à ne pas intervenir…» – Caroline, 42 ans

Comment régler ce genre de conflit? «S’ils ne peuvent pas exprimer physiquement leurs frustrations dans la cour d’école ou à travers les sports, les garçons auront tendance à le faire en se bataillant à la moindre occasion, explique Mélanie Lamarre. Chez les filles, beaucoup moins enclines à se battre, ça se traduira plutôt verbalement par des paroles blessantes ou du crêpage de chignons. Dans un cas comme dans l’autre, il n’y a pas de raison de s’inquiéter parce que ces comportements sont tout à fait normaux.»

Avant de s’en mêler, il faut donc remettre les choses en perspective: Thomas a peut-être tapé son petit frère parce que ce dernier l’achalait depuis un moment. Et Julie a peut-être dit des horreurs sur sa sœur parce que celle-ci était venue fouiner dans ses affaires. «Mais si leur querelle dégénère au point où l’un des enfants risque de ne pas s’en tirer indemne, il faudra jouer les médiateurs de manière à ce que chacun soit entendu et propose des solutions afin d’éviter une telle escalade à l’avenir, conseille Mme Lamarre. En tant que parent, notre rôle est d’encourager la communication, car le simple fait de se parler peut aider à régler quantité de problèmes.»

Espèce de porte-panier!

«Mon deuxième fils se fait un devoir de rapporter tout ce que son grand frère et son petit frère font de croche. Je l’apprécie quand ça me permet d’éviter des catastrophes, mais la plupart du temps, je le déplore à cause des bagarres monstres que ça engendre avec ses frères, qui ne peuvent plus le supporter.» – Gaëlle, 37 ans

Comment régler ce genre de conflit? «Même si ça peut parfois nous rendre service, on ne devrait pas encourager le côté porte-panier de nos enfants, car ça leur assigne un rôle parental qui ne leur revient pas, affirme Geneviève Janveau. L’un d’eux deviendra ainsi le “bon garçon”, tandis que les autres seront associés aux mauvais coups. Cette dynamique perturbera forcément leur complicité et entraînera de sérieuses prises de bec. Pour échapper à un tel clivage, on doit remettre les pendules à l’heure en disant quelque chose comme: “En tant que parent, c’est mon rôle à moi de sanctionner vos torts ou vos bêtises. Et à partir de maintenant, je tiens à être la seule à le faire.” Si on se montre constante à ce propos, on coupera court à bien des chicanes.»

Les beaux-parents peuvent-ils intervenir?

«Dans une famille reconstituée, normalement, c’est le parent biologique qui a autorité sur ses enfants, souligne la psychologue Geneviève Janveau. Mais si les choses dégénèrent pendant qu’il n’est pas là, le beau-parent se doit d’intervenir, pour la simple et bonne raison que c’est sa responsabilité d’adulte!»

Selon Mélanie Lamarre, psychologue elle aussi, les règles à suivre en cas de conflit devraient être établies d’emblée avant même que les conjoints emménagent ensemble avec leurs enfants. «Pour que le beau-père ou la belle-mère puisse mieux s’intégrer, il faut qu’il ou elle ait certains pouvoirs qui lui permettront non seulement d’intervenir en cas de pépin, mais aussi de guider les enfants. À condition, bien sûr, qu’il ou elle ait les mêmes valeurs que le parent biologique…»

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Photo: Stocksy

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