Vacances: quand notre ado ne veut plus suivre

02 Août 2017 par Karine Vilder
Catégories : Famille

Qu'est-ce qui est le moins exaspérant? Subir du matin au soir l'air de bœuf d'un ado mécontent pendant toutes les vacances ou partir sans lui? Nos spécialistes répondent à la question.

Un scénario catastrophe qui n’a, hélas, absolument rien de hollywoodien: à quelques semaines du départ, alors qu’on a déjà réservé hôtels et billets d’avion, notre ado nous annonce de but en blanc qu’il n’a pas envie de nous suivre en vacances. «C’est ce qui nous est arrivé en 2015 et, sur le coup, même mon mari n’a pu retenir ses larmes, confie Louanne, 39 ans. Comme ça faisait trois ans qu’on se serrait la ceinture pour passer un mois de rêve en famille sur la côte amalfitaine, j’exagère à peine en disant qu’une éruption du Vésuve n’aurait pu nous secouer davantage!»

Meilleure stratège, Cassandre, 16 ans, a attendu que ses parents se disputent pour leur rappeler qu’il était grand temps qu’ils se retrouvent ensemble, tous les deux. «Une suggestion dictée par le réel désir de nous voir marcher bras dessus bras dessous sur une plage des îles grecques? Pas du tout! s’exclame Corinne, 43 ans. Car au cours des jours suivants, Cassandre m’a clairement fait comprendre qu’elle tenait à ce qu’on lui lâche la bride et que si on prévoyait partir quelque part durant l’été, elle était partante pour s’occuper du chien et des plantes en notre absence.»

«Si on ne peut pas prévoir de quelle façon nos enfants vont se comporter à l’adolescence, nous rejeter fait partie du processus qui leur permettra peu à peu de se détacher du noyau familial et d’acquérir une plus grande autonomie, souligne d’emblée Mélanie Lamarre, psychologue. Cette étape est tout à fait normale, voire souhaitable, puisqu’elle les aidera ensuite à forger leur propre identité. Mais en règle générale, plus on se montre tolérant et compréhensif envers eux, moins ils auront tendance à nous cacher des choses ou à ressentir le besoin de s’éloigner de nous…»

Fort bien, mais ça n’empêchera pas plusieurs jeunes de vouloir prendre congé de leurs parents durant les vacances estivales. Une situation souvent aussi difficile à digérer qu’à gérer, la plupart d’entre nous ne sachant pas trop comment réagir face à ce nouveau comportement de notre progéniture.

Que faire s’ils refusent de nous accompagner?

Avant d’aller plus loin, on s’est renseignée pour savoir à quel âge il est légalement permis de laisser un de nos enfants tout seul à la maison pendant qu’on est au chalet ou à l’autre bout de la planète. La réponse de la Direction de la protection de la jeunesse? «La loi ne prévoyant pas d’âge fixe, cela dépend de plusieurs facteurs, dont le contexte, la durée de l’absence des parents, la maturité et la vulnérabilité de l’enfant, et le réseau de la famille.»

Stéphanie Latour, travailleuse sociale et thérapeute conjugale et familiale, s’empresse toutefois de signaler qu’il y a une immense différence entre un ado de 13 ans et un autre de 17 ans. Ce dont Lucie et Carl peuvent certes témoigner, leur fils de 14 ans ayant l’an dernier transformé leur confortable condo en véritable porcherie. «À l’origine, on devait tous passer la première semaine d’août au Saguenay pour célébrer le 80e anniversaire de ma mère, confie Lucie, 41 ans. Mais à cause de ses tournois de soccer, Julien a réussi à nous convaincre d’aller là-bas sans lui. Quelle erreur! En revenant chez nous, on pouvait à peine faire deux pas sans marcher sur des tas de vêtements sales ou des restes de nourriture avariée. En plus, on a dû faire appel à un plombier pour déboucher les toilettes, où un gros morceau de steak avait été jeté…»

Si tous les ados finissent tôt ou tard par revendiquer leur besoin d’indépendance, aucun d’eux n’est pareil. Certains sont en effet étonnamment mûrs à 15 ans, tandis que d’autres ne peuvent s’empêcher de collectionner les bêtises dès qu’ils sont livrés à eux-mêmes. Dans le but d’éviter un remake du film Risky Business, Mélanie Lamarre nous conseille d’évaluer d’abord leur degré de maturité. «Un exercice complexe, parce que notre regard de parent est à la fois biaisé par l’amour qu’on porte à notre ado et la crainte de tout ce qui pourrait se produire durant notre absence. On peut toujours s’appuyer sur les expériences passées en se rappelant comment notre enfant s’est comporté dans un contexte de peer pressure [ndlr: pression de conformité] ou de situations problématiques. On peut aussi le tester en lui demandant de nous décrire concrètement de quelle manière il occupera ses journées quand on sera partie ou ce qu’il ferait en cas de pépin.»

S’il compte en profiter pour jouer à des jeux vidéo et s’évacher devant la télé toute la journée, mieux vaut attendre encore un peu avant de le laisser seul. Mais s’il a pris le temps de réfléchir à un plan – «Je vais travailler au supermarché du coin, tondre deux fois la pelouse et appeler telle personne s’il m’arrive quelque chose» –, sa requête mérite d’être considérée.

Dans un cas comme dans l’autre, afin de pouvoir voyager le cœur léger, on a tout intérêt à trouver des solutions susceptibles de convenir à tout le monde!

Tu viens avec nous!

Incroyable mais vrai: en août 2016, une adolescente de 15 ans a composé le 911 pour signaler aux services d’urgence qu’elle avait été «forcée» par ses parents de séjourner dans un chalet de Trent Hills, en Ontario. Un fait divers qui porte à réfléchir, car si on oblige notre ado à faire le tour de la Gaspésie ou à camper dans le New Hampshire alors qu’il n’en a pas la moindre envie, il nous suivra à reculons dès le départ. «Nous ferions pareil si quelqu’un nous disait: “Tu vas là, that’s it”, réplique Mélanie Lamarre. Mais si on fait appel à la négociation et aux compromis, il est possible de changer entièrement la donne.»

«L’adolescence nous offre les dernières occasions de partager des moments privilégiés avec nos enfants, rappelle Stéphanie Latour. Au cours de cette période, passer quelques semaines en famille est donc très important, parce que ça nous permet de consolider les liens affectifs qu’on entretient avec eux. Durant les vacances, on est en effet moins stressés et plus réceptifs. Et s’il est bon que notre ado ait la chance de voir cet autre aspect de ses parents, il est tout aussi intéressant pour nous de redécouvrir notre ado dans ce contexte relax et ludique. La façon la plus simple d’y parvenir est de le faire participer à la planification des vacances, alors qu’on ne sait pas encore où ni quand on partira. En tenant compte de ses intérêts (sport, plage, nature, histoire, architecture, musées, etc.), on pourra sûrement trouver un terrain d’entente et choisir une destination qui conviendra à l’ensemble de la famille.»

Nathalie et Gilles, un couple de quadragénaires dont les quatre ados et préados n’ont pratiquement aucun point en commun, ont ainsi eu l’idée de demander à chacun d’eux d’écrire sur un bout de papier un mot qui comblerait le mieux leurs attentes aux prochaines vacances. «L’année passée, on a eu droit à “mer”, “zombies”, “équitation” et “vedger”, relatent-ils. Un casse-tête qu’on a résolu en passant quelques nuits dans une ferme du Vermont et dans un vieil hôtel de Salem, avant de filer à Rockport, dans le Massachusetts.»

Une autre manière de satisfaire le désir d’autonomie des ados? «Se montrer plus flexible, répond Stéphanie Latour. Si on va dans un resort, on pourra par exemple les laisser faire ce qu’ils veulent pendant la journée pourvu que, dès 17 h, tout le monde se retrouve pour manger et passer la soirée ensemble.»

Tu peux rester à la maison

Vers l’âge de 16 ou 17 ans, notre ado risque toutefois d’avoir des engagements (cours de conduite, boulot d’été, relation amoureuse, etc.) qui l’empêchent de nous suivre en vacances plusieurs semaines d’affilée. «On doit alors prendre le temps d’en discuter afin de parvenir à un arrangement qui sera aussi rassurant et sécurisant pour lui que pour nous, affirme Stéphanie Latour. On pourrait être étonnée de découvrir qu’il a longuement réfléchi à tout ça et qu’il a même déjà prévu de passer ses fins de semaine chez grand-maman ou d’aller souper un soir sur deux chez un copain qu’on aime bien.»

Dans la foulée, Mélanie Lamarre nous recommande fortement de lui poser des questions telles que: «“Si le feu prend, qu’est-ce que tu fais? Si tes amis s’invitent à faire la fête, qu’est-ce que tu fais? Si quelqu’un écrit sur ta page Facebook que tes parents sont partis, qu’est-ce que tu fais? Si tu te sens mal ou que tu es vraiment malade, qu’est-ce que tu fais?” Si on juge ses réponses satisfaisantes et qu’on estime qu’il a assez de maturité pour rester seul à la maison, il faut ensuite établir clairement ce qui est permis ou non (recevoir des amis, aller à un party, attendre à la dernière minute pour tout ramasser, etc.) et s’assurer qu’en cas de problème, un adulte de confiance sera rapidement en mesure de l’aider. Mais surtout, on doit pouvoir lui parler chaque jour au téléphone ou par Skype, car les courriels et les textos ne permettent pas d’entendre ou de voir ce qui cloche.»

«Ça n’a l’air de rien un petit appel de deux minutes par jour, mais ça fait une énorme différence, affirme Judith, 44 ans. Parce que durant ces 120 secondes, j’ai pu régler un tas de choses tout en continuant à faire le tour des États-Unis sans trop m’inquiéter…»

Photo: Stocksy

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