Icône mode: Louise Latraverse

29 Nov 2017 par Claude Laframboise
Catégories : Mode

Difficile de résister au charme de cette actrice aussi passionnée que passionnante. À la rédaction, on a un vrai coup de cœur pour elle! Rencontre avec une femme bien de son temps.

Quel rapport avez-vous avec la beauté, Louise? On est belle à tout âge! Pour moi, un visage ridé, c’est beau, c’est comme un vieux chêne. Et ce n’est pas d’hier que je pense comme ça. Enfant, les personnes que j’aimais le plus avaient les cheveux blancs, comme la lumière. À 50 ans, on est rébarbative à l’idée de vieillir. On a peur de perdre sa beauté, mais on s’accroche à du vent. À 77 ans, je suis loin d’être sage. Je suis une délinquante, mais j’ai appris à me calmer les nerfs et, surtout, j’ai cessé de me battre contre une guerre que je ne gagnerais pas, celle de la jeunesse.

Le fait de vieillir ne vous dérange donc pas? Ce n’est pas une maladie, la vieillesse. Ça fait longtemps que je m’y prépare et que j’ai fait la paix avec ça. Simone de Beauvoir disait qu’il faut commencer à préparer sa vieillesse à 30 ans. Les gens pensent qu’ils resteront éternellement jeunes et n’envisagent pas qu’un jour, ils ne le seront plus. J’ai toujours eu dans ma vie des femmes plus vieilles que moi et je les observais en me disant que j’allais arriver là un jour. Je n’étais pas dans le déni, mais je constate que bien des gens le sont. Je sais que je vais mourir. Ce sera la fin d’une vie intéressante. J’ai la chance de vivre au-delà de 70 ans et je suis en santé. C’est formidable.

À quel âge avez-vous commencé à porter les cheveux blancs? C’est quand je suis allée en Inde, à 55 ans, que j’ai découvert que j’avais les cheveux très blancs. Je ne le savais pas, parce que je les teignais depuis longtemps. Je les ai laissés au naturel un certain temps, mais j’ai recommencé à les teindre lorsque j’ai joué dans Le retour, aux côtés d’Angèle Coutu. Je suis revenue à mes cheveux bruns pour le rôle. Après, ç’a été long avant de m’en défaire, parce que c’est compliqué de revenir au blanc. J’y ai mis du temps, même si je n’en pouvais plus, des teintures!

Avez-vous traversé une crise de la quarantaine ou de la cinquantaine? J’ai eu des crises à tous les âges! J’ai réagi à tout. Si tu vis intensément, tu fais tout avec intensité. Je me souviens de ce passage entourant la ménopause, qui nous change comme à l’adolescence: j’étais insupportable! Mais la vie continue et elle est toujours à redécouvrir. À 20 ou 30 ans, on ne sait pas ce qu’elle sera, pas plus qu’à 40 ans, d’ailleurs. À mon âge, je suis rendue à vivre au jour le jour. Je ne suis pas nostalgique et je déteste entendre les gens répéter que «c’était tellement mieux avant». Avant, c’était quand ils étaient jeunes et c’est ce qu’ils veulent retrouver.

Avez-vous des remords ou des regrets? Pfff! J’ai fait tellement de conneries dans ma vie! (rires) Des fois, je me dis: «Pourquoi est-ce que j’ai fait ça?» J’ai vécu ma jeunesse à fond et non, je n’ai pas de regrets. Ça fait presque 25 ans que je suis en psychanalyse. Je le fais parce que ça m’intéresse de me connaître et que ça m’aide à mieux comprendre les autres. C’est complexe, un être humain!

Ressentez-vous une urgence de vivre? Je l’ai toujours ressentie, cette urgence, elle ne m’a jamais quittée! La curiosité est une de mes grandes qualités. Je suis curieuse de tout. Des êtres humains, de ce qu’il y a autour, de ce que la vie a à offrir. Pourquoi faudrait-il qu’on s’arrête en vieillissant? Je veux aller au bout de ma vie. Bien sûr, je suis plus tranquille. Il y a bien des choses que je ne fais plus… mais tant mieux, je les ai déjà faites!

Quelles ont été les personnes les plus significatives de votre vie? Quand j’étais jeune, j’aimais beaucoup ma grand-mère. Ensuite, il y a eu Simone Chartrand, qui était extraordinaire, et Janine Sutto, que j’ai connue quand j’avais 20 ans. Et j’aime beaucoup Janette Bertrand. Toutes ces femmes m’ont montré le chemin. Il y a eu beaucoup de monde important dans ma vie, dont mes amis, ma famille et tous ceux que j’ai aimés et avec qui j’ai cheminé. Chacun m’a guidé par ce qu’il était.

Si on vous confiait un ministère, lequel choisiriez-vous? Celui de la culture. Ce n’est pas ma seule passion, mais c’est la plus grande. Il y a tant à faire! Les ministres n’ont souvent aucune notion de ce qu’est la vie des gens qu’ils vont défendre. Ce sont avant tout des administrateurs, et c’est dommage.

Quel livre aimez-vous offrir? Le dit de Tianyi, de François Cheng, un auteur d’origine chinoise qui vit en France.

Si vous aviez un seul film à revoir, ce serait lequel? Hiroshima mon amour, d’Alain Resnais [NDLR: sorti en 1959]. C’est un film d’une grande beauté et je suis toujours restée avec l’impression d’avoir vu un chef-d’œuvre.

Y a-t-il un cinéaste qui vous inspire par son esthétisme? J’aime beaucoup l’univers de Stanley Kubrick.

Qu’est-ce qui vous fait rire à tout coup? J’aime les gens qui sont allumés et qui font preuve d’autodérision. L’humour fait assurément partie de ma vie. Sans lui, je meurs! Ceux qui prennent tout au premier degré m’éteignent complètement.

Vos amis diraient de vous que… je suis tout un numéro! (rires) En fait, c’est difficile de répondre, parce que chacun me voit à sa façon. Pour certains, je suis fatigante ou encore extravagante, pour d’autres, je suis drôle ou merveilleuse. Toutes les facettes y passent. J’ai beaucoup d’états d’âme.

Que pensez-vous des réseaux sociaux? Je les adore! Je trouve que c’est formidable d’être en contact avec le monde. J’ai eu mon premier ordinateur dans les années 80. J’ai donc été branchée très vite. Oui, il y a parfois des dérives sur les réseaux sociaux, c’est pourquoi il faut les utiliser avec discernement. C’est comme en société: tu ne peux pas dire n’importe quoi. Moi, je réfléchis avant d’écrire, mais on ne peut pas demander à tout le monde d’agir comme soi-même.

Quel est votre rapport à la mode? J’ai toujours aimé la mode. C’est un complément… de moi-même! C’est une manifestation intéressante de ce qu’on est.

Comment décririez-vous votre style? Simple, mais avec quelque chose de sophistiqué. C’est important de trouver son style, celui qui nous représente. Et c’est parfois long avant de le trouver!

Avez-vous une icône dans ce domaine? Rei Kawakubo, la designer derrière la marque Comme des Garçons. J’aime les femmes
excentriques, même si je suis plutôt sobre.

Quel est votre pire faux pas vestimentaire? J’en ai commis quelques-uns, par exemple en faire trop. Less is more.

Quelle mode ou tendance avez-vous préférée? La périodeoù les designers japonais sont arrivés, dans les années 80: Kenzo, Yohji Yamamoto, Comme des Garçons… Ils ont libéré la silhouette.

Quelle a été votre plus grosse folie en matière de mode? Acheter des créations de Yohji Yamamoto. À l’époque, Michel Tremblay m’avait trouvée déraisonnable! Mais je les porte encore…

Quel est votre vêtement chouchou dans toute votre garde-robe? Un manteau de Yohji Yamamoto. J’ai d’ailleurs un jour croisé le designer dans sa boutique parisienne et il m’a alors offert de racheter mon manteau! J’ai refusé et il a bien ri.

Quel est votre designer favori? Denis Gagnon, avec qui j’ai une grande complicité.

Et votre boutique préférée? L’intérêt humain, la boutique de Rabii Rammal, humoriste et blogueur, qui signe maintenant une collection de vêtements unisexes.

Et qui est votre coiffeur? Mi Ran Lee, la propriétaire coréenne du salon Joie Coiffure, sur la rue Papineau, à Montréal.

En ce moment, quelle est votre pièce phare? La longue veste noire de Rabii, qu’on voit sur la photo ci-contre.

Comment adapte-t-on son style avec le temps? En restant actuelle, mais sans essayer de reproduire son look de jeunesse. Il faut être de
son époque. Je m’habille chez de jeunes créateurs, parfois excentriques. Il faut qu’ils aient une structure, une démarche sur le plan du design.

Les conseils de Claude Laframboise, styliste

  1. Si on porte presque exclusivement du noir, on a intérêt à miser sur les textures. Par exemple en mariant du jersey avec du tricot et du satin.
  2. Les vêtements aux coupes fluides et généreuses sont souvent plus flatteurs, en plus d’offrir plus de confort.
  3. Il est important de respecter notre personnalité et nos goûts. On a toujours adopté un look sportif? Bonne nouvelle: la tendance athlétique est plus populaire que jamais cette saison. On préfère l’élégance classique? Il suffit alors de moderniser nos tailleurs conservateurs avec un chemiser affichant un imprimé dans l’air du temps.
  4. Rien n’égale des lunettes spectaculaires pour se créer une signature. Des montures colorées ou de dimensions imposantes produisent en effet un look remarquable. Elles procurent aussi un coup d’éclat instantané, parfait pour les jours où on a moins envie de se maquiller.

Photos: Andréanne Gauthier

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Cet article est paru dans le magazine VÉRO de Noël en kiosque.

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