Entrevue avec Johanne Fontaine

19 Jan 2018 par Annie St-Amour
Catégories : Mode / Oser être soi

Alors qu'elle est reconnue pour sa verve et son caractère bouillant, nous, c'est plutôt une personne lumineuse et sereine qu'on a eu la chance de rencontrer. Portrait de cette femme résolument ancrée dans le présent.

PRÉSENTÉ PAR

Johanne, pouvez-vous d’abord faire le point sur votre état de santé?

Je suis toujours au stade 4 d’un cancer du côlon métastasé au foie et aux poumons, avec une tumeur inopérable près de l’intestin. On ne peut pas dire que je vais très bien… En ce moment, je fais de la chimio et les traitements ne m’ont jamais autant fatiguée. Pour les oncologues, je suis comme une extraterrestre. Ça fait longtemps que je ne devrais plus être ici. Sinon, ça va bien. J’ai eu quelques rôles récemment, je fais des conférences, j’anime des ateliers: je suis vraiment heureuse quand je travaille.

D’où vous vient ce tempérament de battante?

J’ai fait de la gymnastique quand j’étais jeune. Pour garder l’équilibre et éviter de chuter d’un appareil, il fallait brancher le corps avec l’esprit. Ça m’a beaucoup aidée. Et comme artiste, quand on entre en scène, on joue un personnage. C’est la même chose lorsque je me lève le matin. Vers quelle entité vais-je aller? Est-ce que j’ai envie d’avoir l’air malade ou en santé? Si je suis chez moi, sans énergie et à plat, on s’en fout. Mais au travail, personne n’a à savoir que je suis malade.

Pour vous, que représente le fait de vieillir?

Je ne m’identifie pas à mes 62 ans. Dans ma tête, j’en ai 19! À cet âge-là, j’avais l’avenir devant moi. Bien sûr, ma peau ridée m’impressionne. Quand je me regarde sur grand écran, je sursaute. Mais sans miroir devant moi, je ne vois pas ça et je ne pense pas que les autres s’y attardent nécessairement.

De quelle façon la maladie a-t-elle changé votre façon de voir la vie?

Après avoir reçu le diagnostic, j’ai choisi d’aller vers ma lumière plutôt que de rester dans la colère. Ces longs séjours à l’hôpital et ces longs mois de convalescence m’ont calmée. Dans le temps, on disait que j’avais mauvais caractère; maintenant, on dit que j’ai du caractère. Je reste déterminée, mais je suis plus charmante que colérique. J’ai aussi compris que rien n’est permanent dans la vie. Lors de mon dernier séjour à l’hôpital, par exemple, je savais ce qui m’attendait. Et je me suis dit: «Johanne, c’est un mauvais moment à passer; dans 15 jours, tu seras ailleurs.»

Diriez-vous que vous avez appris à vivre au jour le jour?

J’ai encore plusieurs projets en tête, alors vivre au jour le jour, non merci! Par contre, entre un passé douloureux et l’appréhension du futur, je fais le choix de revenir au moment présent, ce qui est différent. Je n’ai plus de temps à perdre avec des peccadilles. Je suis quelqu’un qui parle fort, qui prend de la place. Les gens comme moi, dont on dit qu’ils sont «trop», tapent sur les nerfs des autres. C’est quelque chose qui m’atteignait beaucoup avant, mais ça me touche moins maintenant. Je travaille mon estime de soi. Et à force de me pratiquer à m’aimer, je suis quasiment devenue folle de moi! (Rires)

Si vous pouviez voyager dans le temps, que diriez-vous à la Johanne que vous étiez à 20 ans?

Je lui dirais d’arrêter de perdre son temps parce qu’elle ne se trouve pas belle, pas fine, pas intelligente. Et puis je lui dirais surtout: «Calme-toi!» J’étais vraiment paquet de nerfs. J’avais choisi un métier incertain qui m’entraînait dans mes plus grosses blessures: l’abandon et le rejet. J’étais tout le temps en réaction par rapport à ça.

Avez-vous des regrets?

Non. On ne peut pas changer ce qui a été. On peut regarder nos blessures en se posant comme victime ou choisir de voir ce que ces épreuves nous ont apporté. Ont-elles fait de moi une personne plus compatissante, plus sensible et moins dans le jugement? Le passé qui m’a fuckée a aussi fait de moi ce que je suis; il a nourri ma créativité.

Qu’est-ce qui vous indigne le plus?

L’inégalité entre les hommes et les femmes. De notre point de vue de Québécoises, on voit que les choses avancent un peu. Cela dit, même s’il y a eu plusieurs mairesses élues dernièrement, on est encore loin du 50-50 en politique.

Si on vous donnait un ministère, lequel choisiriez-vous?

Le ministère de l’Éducation. Aux jeunes, j’offrirais des tribunes, des lutrins, des feuilles et de la peinture pour qu’ils puissent s’exprimer. Je ferais bouger autrement ceux qui n’aiment pas faire du sport et j’introduirais la méditation au programme. Un 10 minutes de silence et de respiration en entrant à l’école le matin, pour se détacher de ce qu’on vient de vivre à la maison et décider de l’intention de la journée, n’apporterait à mon avis que des bienfaits.

Quel album écoutez-vous en boucle ces temps-ci?

J’ai beaucoup écouté Pierre Lapointe et Leonard Cohen dernièrement. Et le prochain sur ma liste, c’est Philippe Brach: il paraît que son album est super bon.

Quel rapport entretenez-vous avec les réseaux sociaux?

Mon chum m’a convaincu il y a quelques semaines de fermer mon téléphone à l’heure du coucher. Je pensais que j’étais fatiguée à cause de la chimio. Pantoute! J’étais fatiguée parce que je répondais aux gens qui m’écrivent sur Facebook et que je ne m’endormais jamais avant 1 h du matin. Maintenant, à partir de 21 h, c’est terminé. Et je constate que je dors beaucoup mieux.

Avez-vous des plaisirs coupables?

J’adore les dumplings, les sushis et les tartares: je ne mangerais que ça! Et puis, un hot-dog toasté relish-moutarde, c’est si bon… mais ça fait longtemps. En fait, je n’ai pas eu à changer mon alimentation. Je mangeais déjà très bien. Tout réside dans l’équilibre.

Vos amis diraient que vous êtes…

intense, généreuse, forte, courageuse, inspirante, drôle. J’arrive aujourd’hui à mieux maîtriser mes angoisses. Je travaille sur la sérénité, la joie, l’enthousiasme et l’élégance dans mes rapports humains.

Comment décririez-vous votre style?

Plutôt sport. Je porte beaucoup de leggings en ce moment. Je renoue aussi avec le jean, que je n’ai pas porté pendant des années. Mais si je refaisais ma garde-robe, je n’achèterais que des trucs africains! J’adore leurs couleurs et leurs motifs.

En matière de mode, avez-vous des icônes?

J’aimerais bien avoir comme amie la styliste de Pénélope McQuade [ndlr: Olivia Leblanc]. Claudine Prévost est aussi très bien habillée.

Quel est votre pire faux pas vestimentaire?

Avoir parfois porté des robes un peu trop classiques et pas adaptées à ma silhouette.

À quel moment vous trouvez-vous la plus belle?

Quand je sors de chez ma coiffeuse!

Êtes-vous plutôt du type dépensière ou économe sur le plan vestimentaire?

Je suis moins dépensière que je l’ai déjà été. Mon chum me dit de magasiner dans ma propre garde-robe! Je jette peu de choses et j’en garde beaucoup, donc j’’y fais toujours des trouvailles. Cela dit, je viens de dépenser pas mal pour des vêtements de yoga!

Quelle a été votre dépense mode la plus folle?

Toutes celles que j’ai faites chez Collections 24 [ndlr: une boutique de la rue Fleury, à Montréal].

Êtes-vous du genre souliers à talons plats ou escarpins?

À talons plats. J’aime beaucoup les chaussures lacées d’inspiration masculine.

Quel est votre vêtement chouchou?

Des cuissardes en cuir noir.

Dans votre garde-robe, quelles sont vos tenues préférées?

Un manteau à imprimé léopard Betsey Johnson, que j’ai depuis peut-être 30 ans, une veste noire classique achetée chez Collections 24 et un vieux vison d’occasion que j’adore porter en hiver.

Préférez-vous le noir ou les couleurs?

Je suis très fluo!

Quelle est votre marque de vêtements favorite?

Mandala, une marque québécoise de vêtements de yoga. J’aime aussi Alizée, une autre marque québécoise de vêtements sport.

Votre boutique préférée?

Scandale, sur le boulevard Saint-Laurent, à Montréal, où on trouve d’ailleurs des pièces faites de tissus africains.

Si vous pouviez vous habiller comme un personnage de film, lequel choisiriez-vous?

Annie Hall, le personnage de Diane Keaton dans le film du même nom, de Woody Allen. D’ailleurs, j’ai envie de me faire tailler un pantalon masculin.

En voyage, vous ne partez jamais sans…

c’est plutôt toujours avec trop de vêtements!

À Noël, comment préférez-vous vous habiller?

J’aime être chic. L’an dernier, j’ai porté un très beau haut en soie de Muse, par Christian Chenail.

Avez-vous un produit de beauté chouchou?

Ceux de Krystine St-Laurent, fondatrice de Terre d’Hysope et créatrice de la gamme d’huiles ayurvédiques québécoises Inspirata Nature.

Vous ne pouvez pas sortir de la maison sans…

rouge à lèvres.

Quel est votre parfum?

Je ne suis pas fidèle à un parfum, mais en ce moment, c’est Sì, de Giorgio Armani.

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Photographe: Andréanne Gauthier

 

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