Oser être soi: 7 clés pour apprendre à s’affirmer

02 Nov 2016 par Rose-Marie Charest
Catégories : Oser être soi / Psycho

S'affirmer. S'assumer. Pour plusieurs femmes, il s'agit d'un concept un peu abstrait: comment fait-on pour être soi? À ce sujet, la psychologue Rose-Marie Charest propose sept pistes à explorer.

D’abord, c’est quoi au juste, être soi?

La connaissance de soi est le point de départ et on n’a jamais fini d’en faire le tour. Il y a bien des choses qu’on sait sur notre personnalité, notre caractère, nos idées… mais ces éléments connus ne sont pas coulés dans le béton: les aléas de la vie et les actions qu’on pose peuvent ébranler telle ou telle chose qu’on croyait savoir à propos de soi-même.

Pour se connaître, il faut porter attention à ce qui se passe en nous. Après avoir fait un geste ou vécu un événement, si on prenait le temps de se demander «Qu’est-ce que cette expérience m’a appris?», on en saurait davantage sur nous-même, nos limites et les situations qu’on ne souhaite plus voir se reproduire. Il faut aussi considérer ce qui a fait qu’on s’est sentie bien en accomplissant une action. Quand une situation semblable se reproduira, on cherchera à poser des gestes qui nous ressemblent afin de vivre une expérience positive et gratifiante.

Qu’est-ce que ça implique d’être soi-même?

Faire un choix, c’est se placer dans une zone à risques, car on doit ensuite faire face à des conséquences. Les gestes qu’on pose en harmonie avec nos idées et nos valeurs, sont plus faciles à défendre, quelles qu’en soient les conséquences. Et le fait de s’être affirmée, d’avoir mobilisé nos forces pour défendre une idée et de s’être montrée sous son vrai jour nous rend plus forte.

Quels sont les effets liés au fait de ne pas exprimer ce qu’on pense réellement?

On passe alors à côté de sa vie et ça entraîne une impression de vide. À force de ne pas écouter ce qui se passe en soi, on finit par ne plus se faire confiance. Ça peut aussi créer le sentiment d’être un imposteur, ce qui insécurise la personne habitée par la crainte d’être découverte comme quelqu’un de différent de l’image qu’elle projette. La qualité et la profondeur des relations interpersonnelles s’en trouvent affectées, car la personne concernée sait que le lien est basé sur du flou.

Quand on agit en étant soi-même, notre motivation est canalisée dans une direction, vers un objectif. Quand on agit pour plaire, on s’éparpille et on rate notre objectif. C’est très inconfortable d’être aimée pour ce qu’on n’est pas. Plaire parce qu’on est «gentille» (par exemple, en n’opposant pas de résistance ou en ne challengeant pas les autres avec nos propres ré- flexions), c’est faire en sorte qu’on encourage les gens à n’aimer que l’image de nous-même. C’est prendre le risque de ne pas s’estimer soi-même pour ce qu’on est vraiment. Et ça contribue à l’insécurité qui nous pousse à ne pas s’affirmer.

Si un interlocuteur ou
 un groupe nous donne
 du fil à retordre, comment s’affirmer et livrer le message
 qui traduit bien nos pensées?

Il faut avoir un objectif concret en tête avant d’entamer la discussion… et prévoir un plan B. Si les choses ne vont pas comme sur des roulettes et qu’on sent qu’on n’atteindra pas notre objectif, on peut au moins chercher à en concrétiser une partie en demandant un délai. C’est valable autant pour l’ajournement d’une réunion de conseil d’administration que pour une négociation avec notre patron!

Si on s’est sentie bousculée ou que la réaction de l’autre nous a décontenancée, ça nous donnera le temps de faire le point et de se préparer au type de discours qu’on nous tient. La rencontre n’aura ainsi pas été inutile, car elle nous a non seulement permis de découvrir l’attitude de notre vis-à-vis (une information dont on pourra se servir à notre avantage!), mais aussi comment on réagit face à ce type d’échange. Or, pouvoir déchiffrer nos réactions vis-à-vis des autres fait partie des connaissances qu’on a de soi et à partir desquelles on peut développer nos forces.

Si on a constaté qu’il y avait de l’agressivité dans l’air, le fait de reporter la réunion permettra aux esprits de se calmer… et nous donnera du temps pour résister à l’offensive. «Je suis contente qu’on ait avancé sur plusieurs points aujourd’hui, on reviendra sur les autres au cours d’une prochaine rencontre» est une façon positive de conclure un entretien difficile.

On évitera par contre de dire: «La communication n’est pas bonne aujourd’hui, on n’arrivera à rien.» Une telle déclaration exprime une défaite, voire un trouble, et ne jette certes pas les bases d’une prochaine discussion efficace.

Si on ressent un malaise face à un supérieur qui nous met sur la sellette (durant une réunion qu’on ne peut pas ajourner), on pourrait être tentée de réagir soit en restant passive, soit en devenant agressive. La réaction appropriée serait alors de trouver une façon d’exprimer ce qui est essentiel pour nous, de manière concrète et objective. Les demandes concrètes mettent l’autre face à ses responsabilités, incluant celle de dire non, mais surtout, elles ne sont pas sujettes à interprétation et peuvent difficilement générer des critiques de mauvaise foi.

Si je suis moi-même et
que je dis ce que je pense, est-ce que je ne risque
 pas de blesser des gens?


S’affirmer ne signifie pas tout dire ce qui nous passe par la tête, mais ce qui est important pour nous. On devient blessante si on tombe dans les attaques personnelles, ce qui n’est jamais nécessaire. Faire le procès de l’autre, multiplier les plaintes sur des comportements ou des événements passés, ce n’est ni agréable ni efficace. Il faut donner à l’autre le pouvoir de changer. Savoir formuler une demande plu- tôt qu’une plainte est la manière la plus constructive et respectueuse de s’affirmer. Cela dit, on n’est pas responsable de toutes les susceptibilités des gens. L’empathie consiste à se mettre à la place de l’autre et à revenir ensuite à notre place. Chacun a son propre filtre. Dire ce qu’on pense et ainsi créer des remous est moins pire que dire des choses qu’on ne pense pas pour ménager son interlocuteur… et courir le risque que ça ne fasse pas l’affaire non plus! À l’inverse, on évitera de se sentir rejetée si les autres n’abondent pas dans notre sens.

Il est certain que, dans le feu de l’action, les émotions peuvent devenir contagieuses. On a donc intérêt à être à l’affût de ce que les autres nous font ressentir et à en tenir compte dans nos choix d’interventions, voire de relations.

Quand est-il pertinent de se battre pour faire valoir notre point de vue?

Quand s’abstenir affecte notre propre estime de soi. Personne ne s’affirme tout le temps totalement. Il faut toutefois s’affirmer jusqu’à se battre quand l’enjeu porte atteinte à nos valeurs fondamentales. Oser être soi, c’est par- fois oser avoir une autre opinion que celle du consensus: ça peut créer un malaise, mais on risque de se sentir encore plus mal d’avoir laissé croire, à tort, qu’on était du même avis que les autres. On vit avec les autres, mais on vit surtout avec soi-même. Cela dit, on peut choisir ses batailles. Ce n’est pas parce qu’une discussion s’est engagée qu’on doit y participer, même si on a des arguments béton à faire valoir. Garder le silence n’équivaut pas forcé- ment à opiner dans le sens des autres; ça peut tout simplement signifier qu’on a décidé de ne pas s’investir dans ce débat-là, avec ces gens-là, à ce moment-là.

Oui, mais… comment oser être moi-même dans un monde où je me sens dominée?

Il faut commencer par connaître en quoi on se fait confiance, puis établir une hiérarchie des situations qui nous posent problème, de la moins difficile à la plus pénible, et se donner les moyens de les affronter. On doit s’entourer de gens qui nous renvoient une image positive de nous-même et avec qui on ne se sent pas dominée. À cet égard, les alliances, les partenariats et la force du groupe sont des facteurs essentiels. Aussi, l’orientation vers l’atteinte d’objectifs concrets – plutôt que sur la dichotomie entre le fait d’être «acceptée» ou «rejetée» – aide à se faire de plus en plus confiance. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est jamais trop tard pour renforcer la confiance en soi-même.

Être soi, ce n’est pas une révolution, mais une évolution. Des exemples concrets pour s’affirmer un petit pas à la fois? Retourner un plat tiède au serveur. Ne pas acheter de chaussures même si on a demandé au vendeur d’en essayer 15 paires. Dire à son patron qu’on apprécie telle façon de fonctionner davantage que telle autre. Être un peu plus soi-même à chaque occasion, c’est déjà une belle victoire!

Propos recueillis par Sophie Aumais
Photo: Andréanne Gauthier

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