Rencontre avec Virginie Fortin et Evelyne Brochu

30 Oct 2017 par Émilie Villeneuve
Catégories : Oser être soi

Pour ces deux comédiennes, toutes les occasions sont bonnes de se retrouver. À voir leur complicité dans la vie, difficile de croire qu'elles ne s’étaient jamais rencontrées avant de partager l'écran!

Virginie parle franc et spontanément. Elle s’exprime à mesure que les idées jaillissent et se pointent aussitôt sur le bout de sa langue. Evelyne, elle, prend son temps. Elle inspire et prend une pause avant d’enchaîner ses propos imagés. Ensemble, elles forment une attachante paire de copines… et le duo le plus percutant de l’automne au petit écran.

Vous vous rappelez ce printemps triste et froid? Eh bien aujourd’hui, c’est une des rares journées chaudes et ensoleillées de la saison. Un midi de terrasse sur le toit d’un hôtel du Vieux-Port de Montréal, une veille de Grand Prix dans un endroit branché où ça parle fort et gaiement. Virginie débarque la première, m’embrasse sur les joues: «Evelyne arrive!», annonce l’humoriste en regardant son téléphone. On est peu surprise de constater que les deux artistes sont ainsi connectées l’une à l’autre. Alors qu’elle prend place à table, Virginie évoque l’idée de commander un verre de vin. Puis, Evelyne apparaît: «Comment ça va, belle fille?» Elles échangent quelques nouvelles et Virginie, voyant qu’Evelyne demande un latte à la serveuse, abandonne illico son plan vin blanc.

Qu’à cela ne tienne, la discussion sera joyeuse et généreuse: on vient de confirmer le retour de Trop pour une deuxième saison à ICI Tou.tv EXTRA et la diffusion de la première saison à la télé cet automne. «On s’est retrouvées chez nous l’autre jour pour célébrer ça!» révèle Evelyne. Ceux et celles qui seraient encore étrangers aux charmes de la websérie – écrite par Marie-Andrée Labbé et réalisée par Louise Archambault et Chloé Robichaud –, auront le bonheur de faire la connaissance d’Anaïs (Virginie) et de sa sœur Isabelle (Evelyne) sur les ondes d’ICI Radio-Canada Télé en septembre. Les prémisses de l’histoire? Anaïs décide d’emménager chez Isabelle sans la prévenir et juste avant de recevoir un diagnostic de trouble bipolaire, alors que sa sœur doit composer avec une patronne infernale et une vie amoureuse complexe. Le tout donne lieu à des situations drôles, touchantes et d’une rare authenticité.

L’amour, le vrai

L’humour dont Virginie et Evelyne font preuve lorsqu’elles s’adressent l’une à l’autre, leur complicité et l’ambiance parfaitement détendue qui règne autour d’elles: tout respire la sororité entre ces deux femmes qui ne se connaissaient pas avant de se rencontrer en audition. Oui, ce rapport d’affection qui se tisse dépasse la fiction et Evelyne, à la caméra comme dans la vie, exsude l’énergie de la grande sœur. Il y a encore d’autres parallèles à faire entre Evelyne et son personnage. «Isabelle, c’est une fille qui se définit beaucoup par les liens qu’elle entretient. C’est vraiment la sœur de sa sœur et la fille de sa mère. Engagée dans son travail et auprès de ses amis. C’est une fille de gang. C’est mon cas aussi. Suis-je l’Isabelle amoureuse aussi? Hum, pas vraiment, même si je pense qu’elle a un côté romantique et que je peux m’identifier à ça. Mais disons que son contexte n’est pas du tout le même que le mien.»

Le rire d’Evelyne fuse légèrement, alors que celui de Virginie, joliment éraillé, le nourrit. L’interprète d’Anaïs prend aussitôt le relais: «Mon Dieu Seigneur, moi, je peux me reconnaître dans le personnage, dans toute sa spontanéité, quand elle entreprend des affaires sans trop savoir où ça s’en va! Mais je ne suis pas bipolaire, alors c’est peut-être ça, entre autres, la distance qu’il y a entre moi et mon personnage.» Et en amour? «Anaïs me fait penser à moi quand j’avais 21 ans. Aujourd’hui, je suis très stable, alors qu’on dirait qu’Anaïs a des amours de convenance. Elle a besoin de quelqu’un pour patcher, alors elle utilise Romain [Pierre-Yves Cardinal]. Je ne crois pas qu’elle soit éperdument amoureuse de lui.»

Un match parfait

À 30 ans, Virginie Fortin aborde pour la première fois le jeu dramatique. Elle le fait d’ailleurs avec beaucoup d’agilité, ce qui sert à merveille son rôle et qui semble toucher beaucoup de personnes aux prises avec un trouble bipolaire: «Je reçois un grand nombre de messages sur Facebook, notamment. Tous les gens qui m’écrivent ou presque sont des individus qui ont été diagnostiqués ou qui vivent ça avec quelqu’un de leur entourage et qui sont contents de voir un personnage comme le mien à la télé, parce que ça suscite des discussions chez eux.»

Sur scène et à l’écran, l’humoriste dégage une intensité folle. Sur cette terrasse branchée aussi. Elle répond avec aplomb lorsqu’on lui demande si elle a envie de continuer à exploiter ses talents de comédienne: «Oh oui! J’ai adoré ça. Je me surprends à avoir hâte au tournage de la deuxième saison en septembre. Autant j’étais terrifiée au départ, autant je n’ai plus peur maintenant.» Et c’est en partie grâce à Evelyne. «Ç’a été magique de jouer avec elle…» Regard vers la grande blonde qui acquiesce: «C’est réciproque. C’est le contact avec Virginie qui m’a permis d’entrer dans le show. Pour moi, il y a eu un déclic à la deuxième audition, celle d’un “match” avec elle, avec son énergie…»

Evelyne, elle, inspire quelque chose de terrestre, d’enraciné. Ça se sent entre autres dans cette façon qu’elle a de prendre son temps pour parler. On entend la question entrer, rebondir, descendre. «Ça va avoir l’air ésotérique, ce que je dis, mais cette énergie que Virginie dégage et incite, elle voyage autrement dans le corps. C’est une énergie qui s’apparente plus à celle qu’on vit au quotidien. Un peu comme quelqu’un qui est à la recherche d’oxygène. C’est une méthode de jeu que je n’avais jamais connu auparavant.»

Est-ce normal?

Tandis qu’on discute de la vraie vie, de nos réactions incontrôlées face à certaines situations et de lâcher-prise, Evelyne stoppe net la conversation, puis nous lance: «C’est pas Michael Douglas, là-bas?» Virginie se retourne. «Ben oui, c’est Michael Douglas!» L’acteur américain est assis à quelques tables de la nôtre. Evelyne sourit, rigole, Virginie fait mine de le prendre en photo. Les deux belles s’amusent de la situation.

Quand il redevient possible de se concentrer sur la discussion, il émerge de nos échanges le constat suivant: si l’une des grandes forces de Trop réside dans la puissante synergie entre les deux «sœurs», il n’en demeure pas moins qu’à la base se trouvent les savoureux textes de Marie-Andrée Labbé, ses dialogues truculents, ainsi que ses personnages à la fois justes et parfaitement imparfaits. Il y a, dans ce scénario, une volonté bien sentie de faire de la comédie dramatique qui ébranle certaines convictions et fait voler en éclats certains clichés.

Féministe, l’écriture de l’auteure? «Je pense que s’il y a un discours dans cette série, il est plus large que ce qu’il laisse entrevoir, souligne Evelyne.Trop s’attaque avec beaucoup d’humour et de légèreté à une certaine notion de norme. La normalisation, ça peut être opprimant. Mais ça peut aussi être quelque chose qui nous élève, dans le sens que si on montre à la télé un phénomène qui existe mais qui n’a jamais été abordé dans la fiction, ça peut normaliser certains comportements ou certaines manières d’être. J’en reviens toujours à la réplique d’Anaïs…» Et les deux partenaires de s’exclamer à l’unisson: «Y a pas juste une façon d’être un humain!»

À les voir et à les entendre, on ne peut que conclure qu’il n’y a pas qu’une façon d’être bourrée de talent, lumineuse, brillante et merveilleusement humaine.

Photo: Andréanne Gauthier

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