Changer de vie, oui… mais comment?

23 Mai 2017 par Rose-Marie Charest
Catégories : Psycho

La psychologue Rose-Marie Charest nous suggère des pistes pour changer notre destin.

Ça fait des mois qu’on y pense… Mais où puiser le courage pour amorcer un tel virage? Comment faire face aux réactions de notre entourage? Quelques conseils de Rose-Marie Charest pour arrondir les angles… et atteindre notre objectif.

On pleure souvent avant d’aller au boulot, notre conjoint nous tape sur les nerfs, on se trouve moche… bref, l’«écœurantite» aigüe nous guette. Serait-il temps de faire un gros ménage dans notre vie?  Eh bien, pas nécessairement. Si tout va mal, il faut d’abord s’assurer que ce ne sont pas nos lunettes noires qui nous font voir la situation pire qu’elle est. Il est possible qu’on soit déprimée, ce qui peut alors nous rendre insatisfaite de tout, triste, irritable, incapable de témoigner de l’amour à notre conjoint ou de s’apprécier soi-même. Ce ras-le-bol total mérite d’être examiné par un professionnel afin de savoir si on est victime d’une déprime passagère ou d’une dépression qui exige un traitement.

Avant de passer à l’action

On ne peut pas changer de vie complètement, ne serait-ce que parce qu’on sera la même actrice dans cette nouvelle existence. On sent néanmoins surgir une forte envie de changement? Dans ce cas, il faut…

  • entamer une réflexion sur ce qui nous anime;
  • comprendre ce qui se passe en soi et autour de soi;
  • bien saisir ce qu’on veut changer au juste, ce à quoi on veut mettre fin et ce à quoi on aspire.

Cela dit, on se méfie de la pensée magique qui nous incite à idéaliser les effets de notre projet.

Au boulot, rien ne va. À tel point qu’on n’a qu’une seule envie: démissionner avec fracas. S’agit-il d’une toquade ou d’un signe qu’on devrait mettre notre CV à jour?
Pratiquement tout le monde vit des frustrations au travail, par exemple en période de pointe, au moment où la patience de chacun est émoussée et la fatigue, au rendez-vous. On ne démissionne pas pour autant, car notre côté rationnel nous convainc que cette situation est temporaire et que tout finira par se replacer. Toutefois, il est temps de chercher un poste ailleurs quand on a le sentiment de ne plus se réaliser, qu’on se sent incompétente, qu’on nous manque de respect, qu’on est victime d’intimidation ou de harcèlement. Lorsqu’on subit des désagréments au boulot qui en viennent à gâcher notre vie personnelle, le moment est venu d’aller frapper à d’autres portes en quête d’une meilleure situation. Mais gare aux décisions prises sur un coup de tête: un départ fracassant risque de nous discréditer auprès d’employeurs potentiels, ce qui entraînerait une frustration supplémentaire à gérer.

Ça suffit, on n’en peut plus. En revanche, faire le saut nous effraie. Qu’est-ce qu’on devrait se répéter pour persister dans notre résolution?
Il est normal d’avoir peur devant l’inconnu et, pour certaines personnes, cette crainte de tomber sur pire que la situation actuelle est un puissant facteur paralysant. Quel que soit le saut qu’on s’apprête à faire, il faut avant tout étudier le terrain sur lequel on veut mettre les pieds et s’assurer d’avoir le bon parachute. Ça signifie de planifier son changement de vie avant de passer à l’action, de prévoir un accompagnement par des amis ou des professionnels, de s’assurer d’avoir un plan B – et peut-être même un plan C – si tout ne fonctionne pas comme prévu. En fondant notre démarche sur des bases solides, notre petite voix intérieure pourra alors dire: «J’ai pris tous les moyens raisonnables pour arriver à faire ce que je veux de ma vie et réussir mon saut, alors allons-y!».

Que doit-on prévoir pour éviter de se sentir perdue dans notre nouvelle vie? On doit penser à notre façon habituelle de vivre les changements.
Si on est très routinière, on peut parier que le fait de ne plus travailler au même endroit nous fera regretter le trajet qu’on aimait prendre et le resto qu’on fréquentait. On pourra aussi s’ennuyer des collègues qu’on aimait bien et avec lesquels on avait développé une réelle complicité, mais qui, par la force des choses, continueront leur chemin sans nous.

C’est la même chose lors d’une séparation amoureuse. La vie à deux est généralement plus confortable, à plusieurs points de vue.
Aussi, quand on se prépare à rompre (pour peu qu’on ne le fasse pas sur un coup de tête), il faut prévoir une réorganisation, tant affective que matérielle. On sera anxieuse, on ressentira le vide et on sera triste de ce qu’on a perdu, même si on est soi-même l’initiatrice de la séparation. Il ne faut pas avoir peur de ces émotions, mais on doit penser au soutien dont on pourrait avoir besoin pour les vivre sainement. Il faut se mettre en mode «réorganisation», ce qui nous permettra de mieux aborder ce changement de vie et d’accepter les éventuelles frustrations qu’il peut entraîner.

Comment tenir à distance la culpabilité, cette bonne vieille ennemie?
On doit prendre nos responsabilités, c’est-à-dire poser les gestes requis pour que les membres de notre famille souffrent le moins possible de notre virage. C’est normal que notre conjoint et nos petits réagissent à des décisions qui auront un impact sur eux, et – dans le cas des enfants – auxquelles ils n’ont aucunement pris part. Il faut reconnaître qu’on est désolée de leur imposer une nouvelle direction (qui peut par exemple entraîner une réduction du budget familial, l’éloignement des copains, un manque de disponibilité, etc.), mais que c’est si essentiel à notre équilibre qu’on est convaincue que tous y gagneront à long terme. Si on ne souhaite pas quitter un emploi qu’on adore mais que le trafic mine notre qualité de vie, on devra peut-être renoncer à notre grande maison en banlieue pour acheter ou louer un petit appartement en ville. Ce faisant, on sait qu’il faudra gérer de nouvelles réalités, voire quelques frustrations. Par exemple, intégrer dans notre nouvelle routine l’accompagnement des enfants au parc, ce qu’on n’avait plus à faire dans notre ancien quartier. Car il ne faut pas être dupe: on ne quitte pas une situation problématique pour une vie idéale et sans embûches, mais pour un quotidien qui nous convient mieux.

Si, malgré nos efforts, on ne réussit pas à minimiser les conséquences de notre décision sur notre entourage, comment faire pour ne pas plier l’échine devant les reproches?
Tout d’abord, il ne faut pas regretter notre geste: chaque action qu’on entreprend nous permet de mieux se connaître, ce qui constitue un important acquis pour la suite de notre vie. Ensuite, on passe en mode solution. Comme rien n’est immuable, on doit s’attendre à réajuster le tir. Les changements viennent avec de nouvelles données dont on ne dispose pas avant de prendre notre décision, aussi bien préparée soit-elle. Il nous faut donc les amorcer avec un esprit ouvert, sachant qu’on pourrait avoir à modifier nos plans en fonction de nos propres réactions et de celles de nos proches.

On se fait souvent dire: «Pense à toi! C’est ton bonheur qui compte!» Mais n’est-ce pas égoïste comme attitude? Où trace-t-on la limite entre ce qu’il faut prendre en compte et un désengagement total, qui s’exprime par: «Tant pis, ils s’arrangeront»?
Notre bonheur inclut justement de prendre en considération ceux qui nous entourent. Il faut cependant être consciente que, si nous sommes responsables de répondre aux besoins de nos proches, particulièrement de nos enfants, nous ne sommes pas tenues de satisfaire tous leurs désirs. Ainsi, les petits ont besoin d’être assurés de notre amour, sécurisés quant à la personne qui va prendre soin d’eux et de l’endroit où ils vont dormir, etc. Ils peuvent désirer que ce soit toujours leur maman qui les endorme, mais ce n’est pas un besoin. On ne peut se charger de toutes les émotions des autres, bien qu’il soit de notre devoir de protéger nos enfants.

Il arrive que les changements qu’on opère fassent vivre des deuils à notre entourage, mais ça ne doit pas pour autant nous empêcher d’améliorer notre sort. Le danger réside dans le fait d’opter pour le statu quo… parce qu’on ne veut pas déplaire. Il faut plutôt assumer notre décision, qu’on aura prise en toute connaissance de cause. Assumer, ça veut dire garder le cap sur notre objectif, en faisant tout notre possible pour amortir le choc chez nos proches… sans négliger ce qui est essentiel pour nous. On affiche alors l’image rassurante d’une personne qui se montre sensible aux autres sans s’oublier elle-même.

Maintenant qu’on a fait le grand saut, on se demande ce qui nous a pris. Comment ne pas se décourager et continuer de se persuader que c’est pour le mieux?
La réorganisation étant exigeante, il se peut que les difficultés rencontrées nous fassent perdre de vue ce qu’on recherchait réellement avec ce virage. Il faut se souvenir des raisons qui nous ont poussée à faire ce choix. Et comme la mémoire oublie, on a avantage à les écrire pour les relire au besoin. Quel était notre objectif en changeant d’emploi? Obtenir un plus gros salaire? Se sentir respectée? Avancer dans notre carrière? Améliorer notre qualité de vie familiale?

N’oublions pas que le changement en question doit répondre à un besoin. Si notre but était de trouver un emploi plus près de la maison pour disposer de plus de temps pour soi, il faut utiliser ce temps désormais disponible pour soi-même, justement, et non pas pour accomplir plus de tâches domestiques. Autrement, on finira par réaliser qu’on a tout fait ça pour rien et qu’on n’est pas plus heureuse qu’avant. Garder le cap sur l’objectif est essentiel.

Notre mère ne nous comprend pas, notre meilleure amie non plus. Et notre conjoint, encore moins. Comment expliquer notre démarche à notre entourage?
La voie de l’authenticité demeure la meilleure façon d’expliquer les choses à ceux qui nous entourent. Il faut toutefois accepter le fait que personne n’est dans notre peau et qu’il est possible que nos décisions soient incompréhensibles, même pour ceux qui nous aiment. Cela dit, on n’a pas à être toujours comprise par tout le monde!

Cependant, si personne dans notre cercle ne nous comprend, on peut se demander si on ne leur cache pas quelque chose, ce qui est légitime, ou si on se cache plutôt quelque chose à soi-même, ce qui est plus grave. Par exemple, si on quitte son boulot en prétextant que c’est un milieu de fous, est-ce l’exacte vérité ou si on se ment à soi-même? Se peut-il qu’on soit en partie responsable du stress ou des conflits qu’on veut quitter? Notre aveuglement à l’égard du problème peut rendre nos explications confuses pour notre entourage qui cherche à comprendre nos décisions. Il faut donc trouver la vraie cause de notre malaise, savoir ce qu’on vise comme changement. Et s’y préparer en songeant à tous les aspects de la question, ce qui montrera le sérieux de notre démarche et contribuera à rassurer nos proches.

Et si ce qui mine notre bonheur se trouve à l’intérieur de nous, et non à l’extérieur?
Les désirs de changement de vie émanent d’un besoin de fuir un élément perturbateur sur lequel on n’a pas de contrôle. On veut changer de situation, mettre une distance entre nous et ce qui nous rend malheureuse.

Si on a eu quatre amoureux en cinq ans et qu’on pense encore à laisser notre nouveau chum, ce ne sont peut-être pas eux le problème. Il faut d’abord comprendre les raisons de l’échec de chacune de ces relations. Il faut aussi s’assurer de ne pas entretenir de pensée magique à l’égard de notre prochain amoureux. Si on quitte notre conjoint avec l’espoir de retrouver chaque fois la passion d’une nouvelle relation à ses débuts, la perte des illusions risque d’être douloureuse…

Un travail de réflexion est nécessaire pour réussir à changer nos propres comportements. Il ne faut pas avoir peur de s’analyser. On court la chance de faire de belles découvertes… et d’autres qui ne nous enchanteront pas, mais qui seront certainement utiles dans la quête d’un bonheur durable. De façon générale, on doit se méfier de notre tendance à penser que les changements extérieurs conduisent à des changements intérieurs. Au lieu de changer de vie, on aurait intérêt à se regarder en face et à affronter ce qu’on doit changer en soi.

On me prend pour une folle d’avoir renoncé à mon job de rêve pour un emploi bien moins prestigieux. Comment faire face à de tels jugements?
Si on a renoncé à un job de rêve, c’est probablement parce que ce boulot correspondait au rêve de quelqu’un d’autre, pas au nôtre! C’est en parlant de nous, de nos motivations et de nos propres aspirations que nous avons le plus de chance d’être comprise.

Photo: Stocksy

Cet article est paru dans le magazine VÉRO de printemps.

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