Nicole Bordeleau: Prendre le risque d’être soi

Nicole Bordeleau
22 Sep 2018 par Nicole Bordeleau
Catégories : Psycho / Santé

Nicole Bordeleau nous parle des petits actes de courage, parsemés ici et là, qui mènent à la réalisation de soi.

«Oser être soi.» Quand j’entends ou que je lis ces mots, un souvenir remonte. C’était il y a plus d’une quinzaine d’années, déjà. Ce soir-là, après une longue et épuisante journée de travail, j’étais rentrée à la maison complètement vidée. Alors que je m’apprêtais à me faire couler un bain chaud, le téléphone a sonné.

Au bout du fil, j’ai reconnu d’emblée la voix d’une collègue qui m’invitait à un spectacle auquel je n’avais aucune envie d’assister. Cette femme, je le savais par expérience, était une personne insistante. J’ai donc commencé par évoquer le fait que j’étais fatiguée, que je devais me lever tôt le lendemain matin, mais elle ne m’écoutait pas. Dans sa tête, il lui restait un billet à vendre et j’étais celle qui allait l’acheter.

Et là, mon premier réflexe a été de céder à ses arguments. Puis d’angoisser en faisant défiler dans mon esprit des images de cette soirée à venir: je me voyais, au bord de l’épuisement, assise au fond d’une salle de spectacle, feignant de m’amuser. Tout cela à cause de la peur de dire non.

Dans le passé, lorsqu’on m’invitait à un événement, qu’on me sollicitait pour rendre un service, pour offrir du temps ou de l’argent, très souvent, j’étais incapable de refuser. Et si j’arrivais parfois à le faire, j’en payais le fort prix ensuite, torturée par la culpabilité. Que ce soit par manque de confiance en moi ou par peur de déplaire aux autres, j’ai tant de fois  acquiescé à des demandes… pour ensuite le regretter.

Ne pas savoir dire non est un dangereux chemin qui peut nous mener au surmenage et à l’épuisement. Cela, je le savais pour l’avoir parcouru moi-même à maintes et maintes reprises. Combien de fois avais-je dit oui pour ne pas décevoir quelqu’un ou pour ne pas passer pour une égoïste? Tant de fois que je n’osais même plus les compter. Puis, au fil du temps, j’ai compris que vivre ainsi, c’est s’épuiser à vouloir être quelqu’un d’autre sans prendre la peine de se questionner sur la personne que nous souhaitons être.

Il arrive toutefois un moment dans l’existence où on ne peut plus faire semblant d’être quelqu’un d’autre. On ne peut plus tourner en rond ni s’enliser dans des sentiers battus qui ne mènent nulle part. Et, malgré la peur, on prend pour la première fois le risque, le très beau risque, d’être authentique.

Dans la vie, ce ne sont pas nécessairement les grands exploits qui nous donnent confiance en nous-mêmes, mais de tout petits actes de courage, parsemés ici et là, qui changent notre existence. Et, à mes yeux, chaque fois qu’on ose être soi-même, sans gêne ni arrogance, on fait un pas de géant vers la réalisation de soi.

Ce soir-là, malgré quelques tremblements intérieurs, j’ai osé être moi. Osé m’écouter. Osé me respecter. Osé m’assumer. Donc, après avoir respiré un grand coup, j’ai pris mon courage à deux mains, puis j’ai poliment décliné cette invitation. J’ai dit non. C’est tout simple, mais pour moi, c’était énorme!

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Depuis, je me suis donné le défi de prendre le temps de respirer avant d’accepter ou de décliner une requête ou une invitation. Je me questionne intérieurement sur mon intention profonde: «Est-ce que j’accepte de bon cœur ou pas? Si je dis oui par manque de courage, quel en sera le prix et qui paiera la note?»

Avec le temps et l’expérience, j’ai constaté que le fait d’être moi-même simplifie grandement ma vie. Mieux encore: chaque fois que je réponds à quelqu’un avec authenticité, que ma réponse soit positive ou négative, celle-ci est généralement bien reçue, parce qu’elle vient directement de mon cœur.

Aujourd’hui, je poursuis cette démarche. C’est un très long processus que celui de devenir soi. J’insiste sur ce point, car c’est le travail de toute une vie. Et, personnellement, je suis loin d’avoir fini. Mais plus j’avance en âge, mieux je suis dans ma peau. C’est sûrement parce que j’ai accepté depuis longtemps le fait de ne pas être parfaite.

Je ne suis ni la femme parfaite ni la conjointe parfaite ni l’amie parfaite, mais je suis moi. Moi avec mes défauts et mes qualités, mes forces et mes limites, mes succès et mes échecs, mes gains et mes pertes. Et même si je souhaite continuer de m’améliorer en tant qu’être humain, je me dis qu’aujourd’hui je suis qui je suis. Ce n’est peut-être pas parfait… mais c’est parfait ainsi!

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Cet article est tiré du magazine Véro d’automne 2018. Abonnez-vous maintenant.

 

Photo: Laurence Labat

 

 

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