Réseaux sociaux: quel est votre cyberperprofil ?

06 Jan 2017 par Valérie Schiltz
Catégories : Psycho

Notre façon d’agir sur les réseaux sociaux en révèle beaucoup plus qu’on pense à notre sujet. Lequel vous ressemble le plus parmi ces 12 portraits?

Nous sommes 1,71 milliards d’abonnés à Facebook, 313 millions d’utilisateurs de Twitter, 500 millions de fidèles à Instagram et 150 millions d’usagers de Snapchat. Ça fait bien du monde qui s’exprime dans le cyberespace. Et, comme dans l’univers non virtuel, on y rencontre une multitude de personnalités… pas toutes agréables, avouons-le.

Si les algorithmes permettent aujourd’hui de recueillir une foule d’informations sur chacun de nous, un territoire reste encore inexploré: le lien entre notre personnalité et notre activité sur le fil d’actualité. Bref, qu’est-ce qui se cache derrière nos posts, nos commentaires, nos messages et autres tweets?

De fait, tous les spécialistes interviewés pour cet article ont commencé notre entretien avec cette mise en garde: «Il existe peu de littérature scientifique sur le sujet.» Pour le moment, du moins.

N’empêche qu’en se fiant aux divers types de tempérament (comme les cinq traits de personnalité connus sous le nom de Big Five: l’ouverture, la conscience, l’extraversion, l’amabilité et le neuroticisme) et aux différents besoins (partage, appartenance, cognition, etc.) nous incitant à interagir sur les réseaux sociaux, on peut dégager quelques profils qui, sans être 100 % béton, peuvent nous aiguiller sur de bonnes pistes. C’est l’exercice auquel on s’est livré ici avec Stéphanie Léonard, psychologue, et David Crête, professeur de marketing à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

  1. L’éternelle optimiste

En ligne Sa devise? Merci la vie! Ses messages sont toujours favorables et empreints de joie de vivre.

En vrai Il y a fort à parier qu’elle a le bonheur facile, un tempérament agréable, une bonne humeur contagieuse et que les petits riens la rendent heureuse. Allô, chaton qui ronronne!

Ce que ça cache «Un grand désir de partage», soutient Stéphanie Léonard. La personne est tellement heureuse qu’elle a envie de le communiquer et d’inclure tout le monde dans son bonheur. «Un besoin d’attention et de réaction, aussi», ajoute David Crête.

Conseil de pro Pour ne pas finir par se faire zapper illico par ses amis (tout est donc merveilleux, on le sait!), l’éternelle optimiste aurait intérêt à varier ses interventions. Parce que l’optimisme à tous crins, c’est comme les cupcakes: en manger trop, ça écœure.

 

  1. La vaniteuse

En ligne Elle documente ses voyages en long et en large et ne rate aucune occasion de nous montrer son tout nouveau sac à main signé Vuitton. Comment se déroule son repas chez Toqué? Vite, un post!

En vrai Elle adore en mettre plein la vue. Son agenda est “surbooké” depuis des lunes et son intérieur… dû pour un bon ménage!

Ce que ça cache «Probablement une faible estime de soi, explique Mme Léonard. Une personne qui ne se sent jamais à la hauteur voudra épater la galerie avec ce qu’elle possède et ce qu’elle fait en public.»

Conseil de pro Une question à se poser: pourquoi agit-on comme ça? Et une autre: le ferait-on dans la vraie vie? «Sortiriez-vous du magasin en vous écriant: “Regardez mon sac griffé!”? Sans doute pas, parce que ça passerait pour de la vantardise. C’est pareil en ligne», affirme la psychologue.

 

  1. L’anxieuse

En ligne Elle se plaint que son petit dernier n’a pas dormi de la nuit et qu’elle doit faire des heures supplémentaires au bureau. Il n’y a pas à dire, la vie est plate… #pauvredemoi

En vrai Houston, we ALWAYS have a problem. Elle nous donne l’impression que c’est toujours sur elle que la tuile tombe et que le mauvais sort s’acharne. Et elle aime bien le faire savoir au monde entier.

Ce que ça cache «Un grand besoin de réconfort et d’approbation, note Éric Crête. Et un brin de frustration.»

Conseil de pro Il faut lâcher un peu les réseaux sociaux et «aller chercher du soutien dans le vrai monde», suggère Stéphanie Léonard. Un doux moment passé en bonne compagnie, ça replace les chakras!

 

  1. La m’as-tu-vue

En ligne Sur FB et Instagram, ses murs sont tapissés d’égoportraits. Son look du jour (#ootd), son plus joli sourire, sa plus récente rencontre VIP («C’est Céliiiiiiine!»), etc.

En vrai Elle a le «je-me-moi» facile et aime beaucoup que les projecteurs soient braqués sur sa propre personne.

Ce que ça cache Une tendance narcissique, bien sûr. «Il arrive aussi que la personne se sente petite et vide à l’intérieur», ajoute Mme Léonard. D’où cette propension à se mettre en scène sous son plus beau jour.

Conseil de pro Tourner l’appareil photo vers autre chose que soi-même. Non seulement ça donnera une pause à l’entourage, mais aussi à la «m’as-tu-vue» en question. «Parce qu’à toujours se mettre de l’avant, on devient plus à risque de recevoir des commentaires de nature personnelle et pas forcément gentils», souligne Éric Crête.

 

  1. La grincheuse

En ligne «Quelle horreur, ses cheveux!»… «C’est qui le cave qui passe sa tondeuse à l’heure du souper?»… «Cette chanson me fait saigner des oreilles!»… C’est la championne de ce genre de commentaires.

En vrai Elle est probablement aussi impatiente et impulsive avec les gens qui l’entourent. Cela dit, «les personnes critiques sont souvent consciencieuses, affirme Éric Crête. Elles font les choses à leur façon et sont convaincues que la leur est la meilleure.»

Ce que ça cache Le couvercle du Presto prêt à sauter est une image qui illustre bien sa personnalité. «Dans ce cas-ci, les réseaux sociaux servent de soupape pour exprimer des émotions négatives qu’on n’arrive pas à extérioriser dans la vie», explique Mme Léonard.

Conseil de pro On arrête de critiquer, on apprend à gérer sa colère autrement et on se tourne les pouces sept fois avant de publier. «Parce que les écrits restent et voyagent», rappelle M. Crête.

 

  1. La discrète

En ligne Elle like tout mais ne commente rien. Et jamais, au grand jamais, elle ne solliciterait ses amies pour jouer à Candy Crush. Elle se garde une petite gêne, quoi!

En vrai Elle est toujours partante pour aller prendre un verre avec les collègues et participer au shower de bébé de sa cousine… mais ce ne sera sûrement pas elle qui en sera l’instigatrice.

Ce que ça cache Une retenue, un désir de signifier son appui, mais en douceur, sans prendre d’initiative. Ça dénote un peu d’introversion, aussi. «La personne désire s’informer, sans toutefois ressentir le besoin de s’exprimer publiquement», analyse M. Crête.

Conseil de pro Selon Stéphanie Léonard, il n’y a rien de mal là-dedans. «Si c’est notre façon de gérer les réseaux sociaux, c’est correct. On doit continuer de se respecter.»

 

  1. L’espionne

En ligne Elle ne like ni ne commente aucune nouvelle, mais elle lit absolument tout ce qui se publie. Si bien qu’elle surprend toujours son interlocuteur lors de rencontres sociales: en effet, personne ne peut décrire mieux qu’elle les plus récents événements de la vie de tout un chacun!

En vrai La personne low profile dans les soupers de famille et les réunions au boulot, c’est elle. Et même si elle ne déplace pas tellement d’air et qu’elle maîtrise l’art de se faire oublier, ses yeux et ses oreilles restent à l’affût!

Ce que ça cache Trois choses: la peur du juge- ment, un désir de se fondre dans la masse et une tendance au voyeurisme. «Pour ces gens-là, les réseaux sociaux sont une source d’info et de divertissement», affirme Mme Léonard.

Conseil de pro «Il faut se questionner sur l’intention derrière notre intérêt à toujours vouloir en savoir plus virtuellement et non en personne», note la psychologue.

 

  1. La boute-en-train

En ligne Si toute notre communauté est déjà au courant de la rupture de tel couple de vedettes ou du dernier tremblement de terre en Asie, c’est probablement grâce à cette personne qui relaie l’information sur tout ce qui se passe dans le monde… sauf dans le sien. À ses yeux, sa vie personnelle n’a pas sa place sur les réseaux sociaux.

En vrai Dans un souper, elle peut jaser de tout et de rien. Normal, elle est à la fine pointe de l’actualité. Et c’est invariablement elle qu’on appelle quand quelqu’un a un nom sur le bout de la langue sans être capable de s’en souvenir. «Tsé, la chanteuse blonde, là…» Oui, elle sait de qui il s’agit. Mais papoter à propos de ses problèmes au bureau? Non, pas question.

Ce que ça cache «Probablement un peu d’introversion, mais aussi un grand désir d’être à l’affût, de partager ses connaissances et de faire partie de la sphère publique», note M. Crête. Un véritable fil de presse, quoi!

Conseil de pro Il faut faire gaffe à l’infobésité. «On évite de surcharger les gens d’informations au point de les saturer», conseille Mme Léonard. On ne voudrait quand même pas se faire bloquer!

 

  1. La militante

En ligne Un débat surgit? Elle est là! Parce qu’elle adore le brassage d’idées… et ne manque jamais d’y ajouter son grain de sel!

En vrai Elle est sûrement du genre à courir les manifestations, à boycotter certains produits ou entreprises et à signer les pétitions.

Ce que ça cache «Un grand tumulte intérieur. Et c’est un soulagement que de pouvoir libérer ainsi ses idées», explique Stéphanie Léonard. «Certaines personnes ont une grande soif d’appartenir à la communauté, d’être connectées à la société, renchérit Éric Crête. Elles cherchent une tribune. Pour débattre, oui, mais aussi pour nourrir leur égo.»

Conseil de pro Ça prend des gens pour aller au batte, comme on dit, mais ce réflexe peut parfois devenir lourd pour les autres. C’est pourquoi Mme Léonard suggère de bien choisir ses batailles et de nuancer ses propos «pour ne pas perdre sa crédibilité».

 

  1. La craintive

En ligne Ses commentaires sont toujours constructifs et aimables, parce que la dernière chose qu’elle voudrait, c’est que son opinion suscite une polémique ou heurte quelqu’un. Gérer une controverse? Non, merci!

En vrai Cette petite souris qui passerait par le trou de la serrure pour ne déranger personne, c’est elle. Même quand sa meilleure amie lui demande ce qu’elle pense vraiment de sa nouvelle robe (plutôt moche), elle garde le sourire et répond: «C’est différent!»

Ce que ça cache «Une difficulté à s’affirmer», selon Mme Léonard. «Et cette personne se protège en restant toujours positive.»

Conseil de pro «Il faut oser être soi-même», ajoute la psy. On a le droit d’avoir une opinion. Et engager la conversation ne dégénèrera pas nécessairement en dispute. Si jamais l’entretien prend une tangente qui ne nous plaît pas, on se retire et c’est tout.

 

  1. L’accro

En ligne Sa dernière création culinaire, le nouveau pull de sa fille, sa sortie au cinoche, la cheville enflée de son bambin, sa participation à un cocktail… Elle publie tout, tout, tout.

En vrai Elle vit chaque moment à travers la lorgnette de son cellulaire. Elle se considère comme sociable, extravertie et généreuse.

Ce que ça cache Un immense besoin d’appartenance et de contact avec sa communauté. «L’humain est une bibitte sociale et ce besoin d’être en contact avec les autres est normal, souligne Éric Crête. Il est toutefois plus fort chez certaines personnes qui, en publiant énormément sur les réseaux sociaux, nourrissent leur égo. Elles partagent pour, en retour, recevoir des like, une forme de gratification.»

Conseil de pro Regarder la vie avec ses yeux et moins à travers les écrans. Parce que pendant qu’on est occupée à poster, il se passe plein de belles choses autour. On a aussi intérêt à limiter les interventions. À part notre mère, rares sont les personnes à ce point intéressées à TOUT ce qu’on vit.

 

  1. L’experte

En ligne Elle utilise beaucoup les réseaux sociaux dans le cadre de son travail. Très active sur LinkedIn, elle suit aussi les personnes-clés de son milieu sur Twitter et les pages des entreprises au top sur FB et Instagram.

En vrai C’est la reine du réseautage. Amenez-en, des conventions et des 5 à 7!

Ce que ça cache Du professionnalisme, tout simplement. «Les réseaux sociaux sont très utiles sur le plan professionnel. Ils permettent de joindre facilement les gens et leur offrent une belle tribune, note Stéphanie Léonard. Y avoir recours est un bon signe, qui montre que la personne est à jour avec les façons de faire actuelles.»

Conseil de pro Comme c’est notre crédibilité qui est ici en jeu, on doit bien évaluer le contenu qu’on partage (par exemple en lisant les articles jusqu’au bout avant de les publier) et le commenter de façon pondérée. Gare à la surcharge!


Photo: iStock

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Cet article est paru dans le Magazine VÉRO de Noël 2016.

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