S’entendre avec Belle-Maman: méchant défi?

01 Août 2017 par Rose-Marie Charest
Catégories : Psycho

Si la plupart des belles-mères sont charmantes, d'autres sont plus difficiles à aborder, voire à supporter. Comment réussir notre relation avec cette femme qu'on n'a pas choisie mais qui fait partie de notre vie?

La réponse en six cas de figure, analysés par Rose-Marie Charest.

«Tu ne m’appelles pas souvent, hein?»

Notre belle-mère a eu trois garçons, dont un seul vit en couple: notre Chéri. Le jour où il lui a annoncé qu’il était amoureux d’une femme formidable, sa mère s’est exclamée: «Enfin, j’ai une fille!» Depuis, elle s’attend à ce qu’on ait avec elle la même relation qu’on a avec notre propre mère: petites et grandes confidences, appels rituels, activités partagées. Sauf que nos rapports avec notre maman nous comblent déjà et qu’on n’a pas envie d’expérimenter la même chose avec notre belle-mère.

La relation parfaite entre une belle-fille et sa belle-mère en est une d’équilibre: on veut être aimée… mais pas trop. Entretenir de bons contacts avec notre belle-famille, mais établir aussi une saine distance entre nous. Notre belle-mère a peut-être tendance à oublier qu’on n’est pas sa fille, ce qui nous donne parfois l’impression qu’elle force notre amitié à son égard, voire qu’elle se sert parfois un peu de nous. Comme ce jour où elle nous a demandé de prendre congé du boulot pour l’accompagner à son rendez-vous avec son podiatre…

Avant de nous braquer, commençons par décider ce qu’on veut partager avec elle. En tant que belle-fille, c’est à nous de marquer nos limites quant à la fréquence des rencontres et au type d’échanges qu’on a avec Belle-Maman. Le plus tôt sera le mieux. Vivre une lune de miel avec notre belle-mère au début pour ensuite espacer nos contacts risque de susciter chez elle un sentiment de rejet. Et on ne souhaite pas ça. On veut des rapports courtois avec la mère de notre Chéri, et on n’hésite pas à signifier à celui-ci qu’il doit faire sa part. Comme on se charge déjà des rendez-vous médicaux de notre propre mère, il peut peut-être s’occuper de ceux de la sienne, non?

Cela dit, on est d’accord pour arrêter chez Belle-Maman pour prendre un café de temps en temps pendant le cours de patinage des enfants. Et si elle insiste pour que ça devienne une visite rituelle, on pourra toujours lui dire que, malheureusement, ça ne nous convient pas cette semaine, mais qu’on a eu beaucoup de plaisir la dernière fois et qu’il faudra remettre ça un jour… tout en restant évasive. Le principal défi étant de dire non à quelqu’un de gentil.

«Moi aussi, j’aimerais aller au spa avec vous!»

On souhaiterait établir une relation plus complice avec notre belle-mère et participer aux activités qu’elle organise avec nos belles-sœurs, mais elle semble nous tenir à l’écart. Comment dépasser notre statut de bru?

Il faut convenir qu’il est normal que mère et filles veuillent se retrouver seules ensemble: après tout, elles ont une longueur d’avance sur nous en matière de complicité! Pour se rapprocher d’elles sans donner l’impression de leur forcer la main ni de les envahir, il faudrait éviter de s’exclamer: «Oh! Vous y êtes allées sans moi? C’est donc ben plate!», ou encore: «La prochaine fois, invitez-moi donc!», des énoncés qui transmettent le message qu’on veut s’imposer.

Notre meilleure stratégie réside plutôt à créer l’événement nous-même. Quand on veut passer du temps avec notre belle-mère, on lance l’invitation plutôt que d’attendre d’y être incluse: «Je pense aller au spa samedi: est-ce que ça vous tente de m’accompagner? On pourrait aussi en parler à vos filles Marie et Dominique?» Même si notre projet ne se concrétise pas à la première occasion, on sème l’idée qu’on veut se rapprocher d’elles.

Cela dit, si on a tendu la perche à plusieurs reprises et que la réponse de Belle-Maman est toujours évasive ou négative, il faut alors se rendre à l’évidence: ce n’est pas avec elle qu’on va nouer une grande amitié. Acceptons qu’il y a des familles plus hermétiques que d’autres. Ce qui nous apparaît comme un rejet peut s’avérer tout simplement de la pudeur ou de la gêne, ce que notre Chéri pourrait confirmer. Respecter les limites de l’autre est toujours une attitude gagnante.

«Ma belle-mère, je ne l’aime pas. Et elle me le rend bien.»

Même si on s’est accordé une période d’adaptation, on en arrive à ce constat: notre belle-mère, on ne l’aime pas du tout. Avec ses opinions et ses comportements qui provoquent de grands malaises, elle n’apporte rien de bon dans notre vie. Or, cette aversion rend Chéri bien malheureux. Comment conserver l’harmonie pour les quelques rares fois dans l’année où nous devons nous rencontrer?

Évidemment, il est souhaitable de s’aimer l’une l’autre, mais on ne peut forcer l’amour, ni de notre côté ni de celui de la mère de notre chum. Le respect est une valeur fondamentale pour nous? On s’assure alors de l’appliquer en sa présence – c’est un minimum – ce qui ne veut pas dire qu’on est tenue de tout endurer de sa part, surtout en présence de nos enfants.

On peut bien sûr préparer nos rencontres à l’avance, en lui demandant par exemple de ne pas blasphémer devant les enfants, puisqu’elle est une figure importante pour eux (en laissant sous-entendre qu’elle devrait servir de bon modèle). Si elle émet des commentaires qui heurtent les valeurs qu’on veut transmettre à nos petits, on peut la corriger sur-le-champ avec une phrase polie, mais ferme: «On préfère enseigner à nos enfants qu’on ne juge pas les autres.» Et si c’est à nous qu’elle décoche ses flèches, on répond posément qu’on n’accepte pas ce genre de critique.

Belle-Maman s’en moque? On introduit alors Chéri dans les échanges. Il risque de trouver la position d’équilibriste un peu inconfortable, mais si on ne parvient pas à établir un dialogue sain avec sa mère, ce sera à lui de faire en sorte que le mépris ne s’insère pas entre elle et nous. On sera contente de lui entendre dire: «Tu n’as pas à traiter ma blonde de cette façon», mais il faut s’attendre à ce qu’il nous serve la même médecine si on critique sa mère en retour. Invoquer les défauts de Belle-Maman et les détails de ce qui s’est mal passé la dernière fois qu’on s’est vues ne nous mettra certainement pas dans de bonnes dispositions pour qu’elle nous tape moins sur les nerfs à notre prochaine rencontre!

Quand Mamie ne veut pas être la grand-mère de nos petits

On est arrivée dans la vie de son Fils Adoré avec notre bagage, nos expériences et… nos enfants nés d’une précédente union. Des petits qu’elle n’apprécie pas, on le voit bien: elle leur adresse rarement la parole, ne souligne pas leur anniversaire, et cette indifférence nous atteint en plein cœur. Est-ce qu’on peut réclamer à notre belle-mère d’accepter nos petits?

La réponse est non. C’est d’ailleurs le défi des familles reconstituées: si on rassure nos enfants en leur disant que notre nouvel amoureux ne prend pas la place de leur papa, il faut être conséquente en évitant de laisser croire que nos beaux-parents deviendront les grands-parents de nos enfants.

La réalité, c’est que les liens filiaux sont très forts, et que pour se lier à ce point avec des étrangers, il faut parfois des années. Il serait alors plus judicieux de consacrer nos efforts à renforcer et à maintenir la relation entre nos petits amours et leurs grands-parents biologiques que de forcer nos beaux-parents à accepter nos enfants. Laissons-leur plutôt le temps de s’y attacher.

En attendant, il faut éviter le plus possible les situations où nos petits sont témoins des inégalités entre eux et les autres enfants de la famille, les «vrais» rejetons de la tribu. Ces derniers ont reçu des cadeaux au party de Noël, mais pas les nôtres? On ne succombe pas à la tentation de combler ce manque nous-mêmes au nom de nos beaux-parents: nos enfants sauront bien que ces cadeaux sortis de nulle part ne viennent pas de leurs «faux grands-parents», et on risque alors de créer un malaise avec ceux-ci. Mieux vaut expliquer à nos enfants que leurs papis et mamies leur ont réservé des cadeaux sous le sapin chez eux, et qu’ils les auront quand on ira les visiter. En cas de gros chagrin, on se retire dans une autre pièce avec nos enfants pour les consoler sans chercher à culpabiliser quiconque durant le party, ce qui n’arrangerait rien à nos relations avec notre belle-famille.

Notre belle-mère, ce cauchemar…

Le cliché de la vilaine belle-mère critiqueuse a la vie dure. Et justement, la nôtre est une femme qui se mêle de tout, qui exprime généreusement ses opinions intransigeantes et… qui nous fait sentir comme la reine des ratées. Chaque rencontre avec elle prend des allures de combat de boxe où on est la seule à encaisser les commentaires mesquins. Comment sortir saine et sauve de l’affrontement?

On a toujours le choix de laisser passer les blâmes, de faire la sourde oreille. Ça ne s’appelle pas «endurer», ça s’appelle «ne pas accorder d’importance à ce que l’autre dit». Ce qui peut exiger d’avoir un bon fond de confiance en soi pour ne pas se sentir victime d’attaques répétées…

Pour parer aux critiques, on doit former un «nous» solide avec notre amoureux. Ainsi, quand on se fait dire sans gants blancs par sa mère: «Je ne peux pas croire que tu as acheté un cellulaire à ta fille de 12 ans!», on pourra répondre que «Philippe et moi en avons discuté ensemble, et nous en sommes arrivés à la conclusion que…»

Cela dit, s’il est vrai qu’on n’est pas tenue de discuter de nos choix en tant que couple – ou parents – avec notre belle-mère, on risque d’avoir un comportement passif-agressif si on se mure dans un silence buté, ce qui ajouterait de l’huile sur le feu. Notre Chéri, cet équilibriste chevronné, a un grand rôle à jouer dans le succès de notre relation avec sa mère: il a intérêt à prendre part à la conversation, en parlant lui aussi au «nous». Notre belle-mère verra alors qu’elle n’a pas d’impact direct sur notre personne et que ses critiques atteignent aussi son fils. Et si elle ne veut pas se le mettre à dos, elle modulera ses commentaires acerbes en conséquence.

Cosa? Non capisco!

Comme de plus en plus de couples au Québec, le nôtre est interculturel. Il est donc très possible qu’une barrière sociale ou linguistique nous sépare de notre belle-mère. Comment la franchir?

En étant curieuse et en s’investissant dans ce qui nous intéresse dans la culture de notre belle-famille. Il y a toujours des terrains communs sur lesquels construire une relation. On aime la mode? On pose des questions sur les somptueux saris de Belle-Maman. On aime la cuisine? On lui offre de mettre la main à la pâte lors d’un repas familial. On aime le chant et la musique? On se renseigne sur les youyous des femmes maghrébines, etc. En général, les belles-mères, comme nous toutes, aiment beaucoup transmettre leur savoir. L’important est de se rejoindre là où c’est possible et de respecter nos différences.

 

Couper les liens, c’est parfois tentant…

Mais une rupture totale avec notre belle-mère risque d’entraîner plus de mal que de bien, non seulement avec elle, mais aussi avec son fils: comment peut-on espérer qu’il ne réagira pas avec mauvaise humeur ou tristesse s’il nous voit ficher le camp dès que sa génitrice annonce sa visite? Vouloir changer nos plans parce qu’elle prévoit venir à la maison est une chose. Fuir systématiquement sa présence en est une autre. C’est en quelque sorte nourrir l’impression qu’on est chassée de chez soi. Dans ce contexte, on aura tendance à faire porter le blâme tant à notre conjoint qu’à sa mère pour justifier notre irritation!

Plutôt que d’éviter la maman de Chéri, on peut prendre nos distances avec elle ou raccourcir subtilement la durée de la rencontre: «Je vous laisse discuter avec votre garçon et, pendant ce temps-là, je vais aller faire les courses. À tantôt!» En formulant les choses ainsi, on maintient notre lien avec elle tout en se respectant.

Photo: iStock

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