Du sexe, un mardi soir? Pfff!

26 Avr 2017 par Rose-Marie Charest
Catégories : Psycho

Ce soir encore, on n'en a pas envie. Oui, il y a encore du désir, mais il y a encore plus de… fatigue. En se respectant soi-même, comment refuser les avances de l'être aimé sans le froisser? Voici quelques pistes de réflexion.

On évite de frôler Chéri de peur d’attiser son désir, ce qui risquerait d’enclencher une énième discussion (qu’on ne veut pas avoir) sur notre absence d’envie de faire l’amour. Pourquoi a-t-on peur d’aborder le sujet avec notre partenaire? Parce qu’on éprouve encore de la gêne à parler de sexualité même lorsque tout va bien. Or, la baisse de désir, même ponctuelle ou temporaire, est un sujet très sensible. On pourrait être tenté de lui donner toutes sortes d’interprétation plus ou moins douloureuses pour l’un comme pour l’autre: rejet, ennui, tromperie, désengagement, doute sur le sentiment amoureux. Le ralentissement des activités sexuelles, bien que fréquent dans une vie de couple, est trop souvent vu comme un problème que la personne à la libido moins forte doit absolument régler.

S’il s’agit d’une phase normale, faut-il nécessairement trouver ce qui cloche? Ne pourrait-on pas juste attendre que ça passe? C’est la rencontre sexuelle qui est ici en cause, un processus qui concerne les deux partenaires. On ne doit pas chercher un «coupable»: ça ne règlera rien. Si on a besoin d’être rassuré, on peut en parler en ces termes, mais ce n’est pas ce qui suscitera davantage de désir. Les préoccupations méritent d’être éclaircies si on voit poindre des conflits, de la suspicion ou des critiques. Dans ce cas, l’éloignement sexuel devient à la fois la cause et l’effet de l’éloignement tout court.

Bon, d’accord. On va en parler. Hum… c’est délicat. Quels mots utiliser pour éviter de diminuer l’autre, de lui adresser des reproches et de créer une véritable crise au sein du couple? Si c’est la fatigue qui nous bloque l’envie de faire l’amour, on n’a certainement pas davantage d’énergie pour participer à une discussion sensible et complexe, où l’émotion prendra vite le dessus. Mieux vaut alors rassurer l’autre et lui dire que, pour le moment, on n’a pas plus envie d’en parler que d’avoir des rapports intimes. Et s’il y a quelque chose dans le comportement de l’autre qui nous affecte, il faudra trouver un moment approprié pour aborder le sujet en nommant les choses le plus simplement possible.

Ça ne sert à rien de savoir qui est le plus à plaindre entre le gars frustré et la fille fatiguée –ou l’inverse: ce n’est pas une compétition. On se gardera aussi de provoquer des conflits qui  justifieront, a posteriori, qu’on n’ait pas fait l’amour. Cette stratégie – utilisée consciemment ou pas – est totalement inefficace, voire destructrice à long terme.

Si on décide d’aborder la question sans se défiler, on le fait posément, après avoir introduit la nuance essentielle: «Ce n’est pas que je n’ai pas envie de toi, c’est que je n’ai pas envie de sexe.» Outre l’accumulation de fatigue et les rouages parfois grinçants du quotidien, il y a une foule de raisons susceptibles d’expliquer la chute momentanée de notre libido Ces raisons nous appartiennent et personne n’a à juger si elles sont justifiées ou pas. Cela dit, on peut mentionner à Chéri les choses qu’on aurait envie de partager avec lui en attendant que le désir de faire l’amour revienne: dormir en cuillère, faire une promenade à deux, déjeuner au resto ensemble… La complicité d’un couple ne passe pas uniquement par les relations sexuelles. Partager des bons moments, c’est aussi une façon de demeurer liés l’un à l’autre et ça a plus de chances d’éveiller le désir que bien des discussions. L’empathie – la capacité de se mettre à la place de l’autre – joue aussi un rôle pour garder notre intimité amoureuse vivante.

«OK, OK, il a gagné…» Faire l’amour quand on n’en a pas envie, ce n’est jamais une bonne idée. Se forcer, c’est s’agresser soi-même: on nie notre volonté, on n’écoute pas notre corps, on fait passer les besoins et le plaisir de l’autre avant les nôtres, et ça ne peut conduire à rien de positif, au contraire! En achetant la paix de cette façon, on cultive un terreau très propice au ressentiment, jusqu’à faire endosser à notre partenaire un rôle odieux qu’il ne mérite pas. Sachant qu’il y a plusieurs nuances dans le désir, on peut créer des situations gagnantes, mais de là à se forcer, il y a un risque qu’il ne faut pas courir: celui d’éteindre encore davantage notre désir.

«J’ai pas envie de faire l’amour» n’est pas synonyme de «je ne t’aime plus». Arrêtons de sauter trop vite aux conclusions! Dire à son chum «Je n’ai pas envie de faire l’amour en ce moment» ne signifie pas «Je n’ai plus envie de toi». Dans un couple, il est rare que les deux partenaires aient la même fréquence sur le plan des élans charnels. De manière générale, l’homme éprouve davantage de désir que la femme. On ne peut donc pas toujours être réceptive quand lui est prêt. Pour toutes sortes de raisons, tant biologiques que psychologiques, nous n’avons pas forcément le même rythme et ça n’a aucun rapport avec l’amour que chacun porte à l’autre.

À partir du moment où notre conjoint se met à faire notre procès sous le coup de la frustration («T’as du temps pour tout le monde, jamais pour moi!»), qu’il nous manque de respect («Espèce de frigide!») et que ses propos sont teintés de menace ou de vengeance («Je vais aller voir ailleurs!»), c’est qu’il est justement «ailleurs» ou qu’il essaie de nous manipuler. En mettant ses besoins en premier, comme s’il s’agissait de prérogatives, notre partenaire se place au-dessus du couple… et en marge du respect auquel on est en droit de s’attendre.

«Tu fais l’amour combien de fois par semaine, toi?» Qui sera la première à dire la vérité? Personne? Tant mieux! Car c’est une question si intrusive qu’on n’a pas à y répondre, même si c’est notre meilleure amie qui nous la pose. Il n’y a pas de seuil minimal à atteindre dans la fréquence des relations sexuelles avec notre amoureux, même si les médias font ponctuellement état de recherches arguant que faire l’amour moins d’une fois par semaine met le couple en péril. Or, nous ne sommes pas des statistiques. Chaque couple est différent et la pire chose à faire est de se mesurer à de prétendus standards pour savoir si on est un couple «normal» ou non. Vous faites l’amour une fois par jour, par semaine, par mois, par saison? Ça vous regarde. Notre normalité, c’est nous qui la créons avec notre amoureux. La fréquence des rapports sexuels n’est pas garante de complicité ni de relation solide. C’est l’intimité qui constitue le fondement du couple – et la sexualité est une des formes que peut prendre cette intimité. À force d’entendre parler des feux d’artifices dans l’alcôve des autres (peut-être nettement exagérés), on pourrait être tentée de faire «comme si», ce qui est une bien mauvaise recette pour être heureuse au lit.

Faire garder les enfants, partir en amoureux pour la fin de semaine et… anticiper les moments d’intimité, est-ce une bonne idée pour rallumer la flamme? Oui, si le seul objectif de l’escapade est de partager avec l’autre de bons moments, quels qu’ils soient. L’idée de changer d’air, de rompre avec la routine et de se détendre ensemble est excellente. Il faut alors que les deux conjoints soient prêts à lâcher prise et à entreprendre l’aventure sans s’obliger à la vivre sous le signe d’une folle passion.

Si on boucle notre bagage avec appréhension, on plombe le weekend avant même de partir. Et si on n’a pas envie de faire l’amour à la maison, il se peut qu’on ressente la même chose dans une auberge romantique ou un hôtel cinq étoiles. Un cadre enchanteur n’est pas toujours suffisant pour se libérer l’esprit et on n’oublie pas forcément nos soucis en recevant un massage ou en sirotant une flûte de champagne. Trop de calcul peut nuire à une sexualité épanouie, dont l’idéal repose sur la spontanéité des partenaires qui ont envie de se livrer l’un à l’autre.

Dans l’imaginaire de bien des couples, s’offrir une escapade à deux représente une sorte de solution magique pour réveiller la passion. S’il est possible que ce soit le cas, le fait de l’exiger pourrait gâcher de précieux moments. N’oublions pas qu’un couple est fait non seulement de passion, mais d’intimité, de complicité et de toute la tendresse qui résulte des expériences partagées. Profitons de chaque instant pour renforcer le lien qui nous unit et… laissons agir notre pouvoir de séduction!

Photo: Stocksy

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Cette entrevue est parue dans le magazine VÉRO Spécial sexe.

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