Panne de désir: peut-on relancer le moteur?

24 Mar 2017 par Linda Priestley
Catégories : Santé

Des ennuis côté batteries nous frustrent au lit? Explications et conseils pour redémarrer la machine.

Au début de sa vie de couple, Joanie, 39 ans, jouissait d’une sexualité joyeusement débridée. Mais à la mi-trentaine, la situation change du tout au tout. Deux grossesses et une fatigue constante la poussent à dire non plus souvent qu’à son tour. Tant et si bien qu’avec le temps, l’habitude s’installe et les tourtereaux dérivent loin l’un de l’autre. L’amante passionnée de jadis se retrouve alors dans de beaux draps: «Pourtant, je l’aimais encore, mon homme! Mais je ne savais pas quoi faire pour ranimer notre vie sexuelle.»

Quand la libido capote

Des raisons pour nous dissuader de faire l’amour, il en existe autant qu’il y a d’étoiles au septième ciel. Le désir est fragile, «particulièrement chez les femmes», précise Sophie Bergeron, professeure titulaire au département de psychologie de l’Université de Montréal et directrice du Laboratoire d’étude de la santé sexuelle de la femme. Ainsi, un mal de tête, un rhume ou une chicane avec notre chum peut suffire à éteindre notre désir. Tout comme une maladie chronique, la prise de certains médicaments (dont les antidépresseurs), ainsi que plusieurs autres facteurs – stress, insomnie, perception négative de sa propre image corporelle (après une grossesse, par exemple), ablation d’un sein à cause d’un cancer –, sans compter les fluctuations hormonales qui ponctuent notre vie de femme. La cerise sur le gâteau, c’est que la majorité d’entre nous éprouvera une baisse de désir normale en vieillissant, comme l’a constaté dans sa pratique la Dre Michèle Moreau, médecin généraliste associée au CHUM et spécialiste de la santé des femmes. «Au départ, dit-elle, nos appétits sexuels sont moins élevés que ceux des hommes. Et le désir connaît un déclin graduel qui peut s’amorcer dès la trentaine chez les deux sexes, mais de façon plus marquée chez la femme, particulièrement dans une relation de longue durée.» Heureusement, on a quand même de quoi se réjouir. Primo, parce qu’on n’a pas à se sentir coupable ou inadéquate à cause d’une baisse de libido, car ça arrive à tout le monde. Deuzio, parce qu’on n’est pas non plus en panne de solutions pour stimuler nos élans charnels.

Hormones en cavale

Complices coquines de notre libido, les hormones? On a parfois l’impression qu’elles nous poussent dans les bras de Chéri quand leur taux augmente pendant les jours précédant l’ovulation et à le fuir comme la peste quand elles sont en chute libre – après un accouchement, par exemple.

«Selon nos observations, les hormones sexuelles pourraient avoir une influence sur la libido des femmes, mais sans pour autant la contrôler, tempère la Dre Michèle Moreau. Ainsi, les études n’ont pas trouvé de corrélation entre le taux de testostérone sanguin et la libido féminine, ni de taux minimal en dessous duquel la libido serait déficiente. Il y a donc lieu de croire que des facteurs psychosociaux, conjugaux ou autres entrent en jeu et peuvent avoir un impact plus important à cet égard.»

La relation qu’on entretient avec notre partenaire et l’attitude de ce dernier seraient donc plus déterminantes dans les fluctuations du désir que l’influence des hormones, soutient Sophie Bergeron: «Le fait d’être capable de se parler de nos besoins et préférences au lit et de les verbaliser avec suffisamment de tact pour ne pas blesser l’autre contribuerait davantage à améliorer notre bien-être sexuel.» Joanie est d’accord avec ce point de vue: «Ma libido au point mort était devenue une source de malaise entre mon chum et moi. Mais quand je lui ai avoué ce que je ressentais – que j’avais peur de ne pas être à la hauteur en tant qu’épouse ou mère, que je me sentais moins attirante –, ça l’a encouragé à exprimer ses doutes à son tour. Percer l’abcès nous a libérés et rapprochés. On s’est ensuite mis à trouver ensemble mille façons de faire crac-crac plus souvent (rires).»

L’ouragan méno

Avec la préménopause et surtout la ménopause, on assiste à une dégringolade rapide du taux d’œstrogènes, tandis que la testostérone continue sa chute amorcée dans la trentaine. Est-ce assez pour tuer le désir? «Rien ne le prouve, répond Sophie Bergeron, mais ça ne veut pas dire que ce n’est pas le cas pour certaines femmes.»

Comme la plupart d’entre nous vivront ces événements déstabilisants autour de la quarantaine ou de la cinquantaine (la préménopause dure de deux à huit ans et la ménopause survient en moyenne autour de 50 ans), on pourrait tout aussi bien en attribuer les répercussions au fait qu’ils surviennent durant une période où les femmes carburent à fond la caisse entre la maison, le bureau, l’école des enfants et la résidence des parents vieillissants! N’empêche que les désagréments qu’ils entraînent peuvent certes nuire au plaisir sexuel. «À la préménopause, certaines femmes ont des règles irrégulières, abondantes, avec des saignements entre les menstruations, précise la Dre Michèle Moreau. Il est alors possible que les perturbations hormonales leur causent certains inconforts, comme les fameuses chaleurs.»

Autre malaise notoire: l’insuffisance de lubrification naturelle – l’équivalent des problèmes d’érection chez l’homme –, causée par une chute d’œstrogènes, mais possiblement aussi par une infection génitale, les suites d’un accouchement, une hygiène intime excessive ou une intervention chirurgicale. «La pénétration procure alors moins de plaisir et peut même être douloureuse», note la Dre Moreau. Pour y remédier, il est possible d’utiliser une crème ou un gel lubrifiant. Mais durant la préménopause et une fois la ménopause installée, la sécheresse peut progresser jusqu’à l’atrophie de la muqueuse du vagin, affirme la médecin: «Dès lors, les lubrifiants sont nettement insuffisants. Pour rétablir la santé vaginale nécessaire au plaisir durant les rapports sexuels, il faut avoir recours à de petites quantités d’œstrogènes qu’on applique localement sous forme de crème ou de comprimés insérés dans le vagin deux fois par semaine.» L’essentiel est d’y voir avant que la situation se dégrade au point d’en arriver à une atrophie vaginale, «ce qui rendrait les rapports très incommodants», prévient la Dre Moreau.

Cela dit, pour nombre de femmes ménopausées, les fameuses «chaleurs» et la sécheresse intime s’additionnent. À ces malaises s’ajoutent d’autres conséquences susceptibles d’affecter notre bien-être: fatigue, douleurs articulaires, humeur maussade, dépression, palpitations, prise de poids. «À ce propos, certaines d’entre nous seront plus touchées que d’autres et, dans leur cas, la libido sera bien sûr affectée», souligne la médecin.

Une prise d’hormones de remplacement pourrait alors être tout indiquée. Mais suffira-t-elle à nous émoustiller? «Des études ont démontré que la fréquence des rapports sexuels, l’excitation et l’intensité de l’orgasme ont augmenté chez certaines femmes ayant reçu un remplacement hormonal adéquat, rapporte Michèle Moreau. Mais pour beaucoup d’autres, le désir n’a pas monté d’un cran, même si leur bien-être et leur niveau d’énergie s’en sont trouvés améliorés.» Étant donné que le mieux-être général aide à l’épanouissement sexuel, on ne perd rien à en discuter avec notre médecin. «Et s’il n’est pas à l’aise avec ce type de traitement, on lui demande de nous référer à quelqu’un d’autre», recommande la Dre Moreau.

Ça fait mal, Johnny!

Quand l’amour nous fait grincer des dents lors des rapports sexuels, il n’est pas facile de s’abandonner. «De 18 à 29 ans, une femme sur cinq éprouve de la douleur durant les coïts», rapporte Sophie Bergeron. Au laboratoire qu’elle dirige, la psychologue se penche notamment sur les dysfonctions sexuelles féminines liées aux troubles de la pénétration (vaginisme et dyspareunie), les douleurs dans la région vulvaire (vulvodynie), ainsi que leurs impacts sur la vie sexuelle des femmes. Celles qui y sont sujettes auront «généralement beaucoup plus de problèmes sexuels, dont la baisse de désir», souligne-t-elle.

Bien que les éléments déclencheurs soient encore à l’étude, certains facteurs biomédicaux – comme des infections urinaires fréquentes, un accouchement ou une intervention chirurgicale gynécologique, urologique ou proctologique – sont pointés du doigt. «Mais ensuite, c’est la réaction de la femme, ce qu’elle ressent sur le plan émotionnel, ainsi que l’interaction dans le couple et la manière dont les partenaires font face au problème qui entrent en ligne de compte», affirme Mme Bergeron.

Avoir un chum buté devant cet écueil ou entretenir des pensées négatives du genre «vais-je devoir subir ça jusqu’à la fin de mes jours?» risque d’empirer le problème, ajoute-t-elle: «Même avec des douleurs plus intenses, certaines femmes vont persister à avoir des rapports sexuels, poussées par un sentiment de culpabilité ou la peur d’être inadéquate, de ne pas plaire ou encore de perdre leur conjoint.» Or, on préfère souvent balayer ce sujet délicat sous la couette. «Selon des études, près de 40 % des femmes taisent le problème, rapporte la psychologue. Et sur les 60 % qui consultent, seulement la moitié reçoivent un diagnostic, soit de leur médecin généraliste ou de leur gynécologue.»

Pour calmer ce genre de douleurs, les crèmes appropriées, la rééducation périnéale (qui sert à muscler le vagin), voire la chirurgie (pour traiter la vestibulodynie) ont du bon. Mais les spécialistes de la question misent davantage sur les traitements psychologiques ou sexopsychologiques d’un psychologue clinicien ou d’un sexothérapeute qui peuvent non seulement offrir un soulagement, mais aussi remettre la vie sexuelle du couple sur les rails.

«Le but est de donner des outils qui ciblent les pensées, les émotions et les interactions des partenaires pour les aider à mieux communiquer», explique Sophie Bergeron. On peut se tourner vers une thérapie de groupe, de couple ou encore cognitivo-comportementale: «Dans le cas de cette dernière, les partenaires se font proposer des exercices qu’ils peuvent effectuer à la maison et ils sont encouragés à trouver des activités sexuelles qui causeront moins de douleur ou, mieux encore, pas du tout.»

Au bout du compte, quelle que soit notre situation – même si le sujet est délicat (et encore tabou!) –, il ne faut pas hésiter à s’en ouvrir à notre partenaire. En se parlant de manière constructive et en y travaillant ensemble, on s’assurera d’éviter les tensions et de trouver le chemin vers l’extase… à deux.

L’appétit vient en mangeant

On l’aime encore, mais Chéri nous attire moins qu’avant? Selon des études récentes, c’est la durée de la relation, encore plus que l’âge, qui serait le principal facteur en cause à cet égard. Et pour contrer le phénomène du fameux seven year itch, mieux vaut ne pas trop compter sur les diverses versions du Viagra féminin – Lybrido, Lybridos, Flibanserin et cie – conçues avec la promesse de nous exciter le pompon mais dont la réelle efficacité reste encore à démontrer.

Selon Sophie Bergeron, psychologue et directrice du Laboratoire d’étude de la santé sexuelle de la femme, il faut chouchouter son désir si on veut en profiter au maximum. «Ce n’est pas un truc magique qui reste allumé en permanence, dit-elle. On doit en prendre soin sur une base régulière.» Ça suppose donc de la pratique: plus on s’y met, plus on retrouve l’envie d’avoir envie. On a passé l’âge des ébats spontanés? Se planifier des activités olé olé, ça peut aussi attiser nos ardeurs!

Photo: August / Denise Crew

Cet article est paru dans le magazine VÉRO Spécial sexe.

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