Comment bien vivre son deuil en confinement?

30 Avr 2020 par Véronique Harvey
Catégories : Actualités / Psycho / Véro-Article
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Vivre un deuil pendant la pandémie de la COVID-19 est une épreuve extrêmement difficile. Témoignage et conseils pour traverser ce moment.

Les spécialistes s’entendent pour dire qu’en situation de deuil, les gens isolés sont plus à risque de développer des séquelles importantes. On voit donc apparaître un vent d’inquiétude quant aux répercussions futures du confinement auquel nous sommes tous contraints depuis plusieurs semaines déjà.

« On ne sait pas encore quel impact ça va avoir, mais ça me fait peur, parce que les gens diminuent ce qu’ils vivent par rapport à l’ampleur de la pandémie. On ne veut pas parler de la mort de son grand-père, alors que notre amie a perdu son emploi et ne sait pas si elle va pouvoir nourrir ses trois enfants. Bref, tout le monde se compare dans sa souffrance, dans sa détresse, et les gens endeuillés sont souvent les premiers à se dire qu’il y a pire qu’eux », explique d’entrée de jeu Josée Masson, travailleuse sociale et fondatrice/directrice générale de l’organisme Deuil-Jeunesse.

Mme Masson conseille donc aux gens en situation de deuil de ne pas refouler leur peine, mais bien de trouver une façon de l’exprimer.

« Avant le confinement, on exprimait notre peine en se rassemblant, en se serrant dans nos bras et en pleurant sur l’épaule de l’autre. Pendant le confinement, il faut donc trouver des gens qui sont capables de recevoir – par téléphone, courriel ou vidéoconférence – ce qu’on a à exprimer », explique-t-elle.

Pour Léa Choquette, qui a perdu son père de 68 ans le 7 avril dernier – une semaine seulement après avoir donné naissance à son premier enfant –, l’isolement est pénible.

« De vivre cette épreuve à distance, sans ma soeur, qu’on ne puisse pas se serrer dans nos bras, c’est vraiment dur. On est proches l’une de l’autre, alors sa présence, ce côté humain me manque beaucoup », explique la nouvelle maman de 35 ans.

Ainsi, comme nous n’avons pas l’intensité d’être en présence de l’autre, la directrice de Deuil-Jeunesse propose de compenser en augmentant la fréquence. De ce fait, aussitôt que le besoin se fait ressentir, il faut interpeller nos personnes-ressources et s’exprimer au fur et à mesure que les émotions émergent.

Tendre la main

Bien qu’au Québec, il semble y avoir un véritable tabou sur la mort et le deuil – qui fait en sorte que la population n’ose pas aller vers les gens en situation de deuil –, il est plus important que jamais de tendre la main à nos proches endeuillés en ces temps difficiles.

« Le plus simple est d’utiliser l’approche suivante : je suis là, je sais ce qui t’arrive, maintenant, quels sont tes besoins? On n’essaie pas d’interpréter, on évite de comparer et de couper la parole, car ça n’aide jamais l’autre. On l’écoute. Souvent, les gens veulent en faire beaucoup, trop même, alors que tout ce qu’on a besoin, c’est d’être présent pour l’autre », précise la travailleuse sociale.

Alternatives funéraires

Les obsèques sont les seuls rassemblements tolérés en ce moment, mais sous certaines conditions très strictes quant à la salubrité et au nombre de personnes impliquées. Ainsi, plusieurs personnes dont un proche s’est éteint dernièrement choisiront plutôt de reporter les cérémonies funéraires à l’automne, ou encore d’opter pour la webdiffusion funéraire à l’aide de plateformes comme funeraweb.tv.

«Dans le cas d’un décès de la COVID, l’exposition du corps est impossible. Tous les corps sont donc présentés en cercueil fermé ou incinérés pour des raisons sanitaires. . Ça, c’est difficile, parce que certaines personnes avaient mentionné vouloir être exposées sur leur testament. Pour les proches, c’est donc difficile d’accepter que les dernières volontés du défunt ne soient pas respectées. Pour certains, c’est de la frustration, pour d’autres, c’est de la grande peine, mais il y a beaucoup d’émotions reliées à ça… Sans parler du fait de ne pas avoir vu le corps », poursuit Josée Masson.

Car un décès « sans visage » est un décès abstrait!

Heureusement, Léa a eu la chance de voir son père par vidéoconférence, dans les derniers instants, et de lui présenter sa fille. Mais, comme le coronavirus s’était attaqué à ses poumons, lui coupant le souffle et l’empêchant de s’exprimer, elle n’a pas pu avoir une véritable conversation avec lui.

« Mon plus grand regret est de ne pas l’avoir entendu! Nous, on pouvait lui parler, mais lui, il ne pouvait pas nous répondre. Il n’a pas pu pas me dire comment il vivait ça. Ça s’est passé tellement vite qu’il n’était sûrement pas prêt à mourir… et j’aurais aimé savoir comment il se sentait… », explique-t-elle, une pointe d’émotion dans la voix.

Ainsi, en attendant de lui rendre hommage une dernière fois lors de la mise en terre, Léa Choquette se concentre sur sa fille, qui met un peu de lumière sur ces temps sombres.

À noter qu’il existe une foule de ressources pour les endeuillés, comme des lignes d’écoute, des accompagnateurs dans le deuil, des psychologues/psychothérapeutes spécialisés, alors n’hésitez pas à communiquer avec un professionnel en cas de besoin.

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