On aura tout dit: « Le trafic, le resto et la planète »

16 Juin 2020 par Christine Pouliot
Catégories : Actualités
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Avez-vous eu le mémo? Semble-t-il que la vie reprend son cours.... au même rythme (hélas) qu'avant la pandémie. Voilà le sujet du billet mensuel de Christine Pouliot. Bonne lecture!

Samedi matin. Le stationnement du Ikea est plein. À craquer. La file doit s‘étendre sur une heure trente d’attente, dehors, au gros soleil.

Lundi midi. J’habite face au fleuve, mais aussi face à une autoroute. Les camions que je vois de mon salon roulent à une vitesse folle et rien ne m’indique qu’on est en pleine pandémie. L’autoroute aussi est bondée de voitures.

Jeudi 16 heures. À l’épicerie, on me pousse pour que j’avance plus vite. La foule aussi y est intense. Plein de gens, sans masque, qui ne se soucient de rien, sauf de remplir leur panier et de franchir les allées au plus vite pour se rendre aux caisses.

Car personne ne veut attendre aux caisses !

Dans ce tout nouveau brouhaha de déconfinement, j’ai l’impression de faire partie du clan des ébahis, de ceux qui n’ont pas vu venir le trafic avant de l’avoir complètement sous les yeux. De la gang qui n’a pas reçu le mémo qui disait : la vie a repris TOUT son sens, revenez-en, de la COVID, et avancez, Chose !

Trois mois de pause, on s’essuie et on recommence.

Ok, mais si on ne veut plus avancer de la même façon ? Si cette surconsommation nous tape sur les nerfs ? Si on a préféré trouver un nouveau sens au mot communauté ? Si on ne veut plus bouffer n’importe quoi, n’importe comment ? Si on choisit de ne plus contribuer à ce massacre planétaire ?

Si on ne veut pas être ces moutons qui ne posent pas de questions, a-t-on un avenir ?

Parce que je crois encore à ce renouveau.

À cette façon de respecter la vie, celle des autres et la mienne. À ce ralentissement obligé qui nous a poussés à nous questionner sur ce qui nous menace.

Parce que je ne suis pas née pour enrichir le propriétaire – sens générique – qui ne pense qu’à sa fortune et qui ne vit que pour la voir augmenter. Non.

Je suis née pour un gros pain, moi, monsieur ! Un pain fait main, avec amour. Et pour une lenteur dans le geste de consommer. Pour la proximité, pour le senti. Pour visiter les commerçants de mon quartier qui sont d’abord des humains responsables.

Et je ne fais pas partie des grands privilégiés. Je n’achète pas de tomates à un dollar cinquante l’unité, en plein hiver et je regarde les prix de tout, tout le temps.

Je suis aussi née pour les amitiés qui n’ont pas besoin de passer leur vie au resto.

Oui ! Le resto, j’ai hâte d’y aller moi aussi, mais de façon modérée et réfléchie. Je veux choisir la fraîcheur et la qualité plutôt que la fréquence.

En fait, je m’ennuie surtout de prendre un verre sur une terrasse ou de me taper un VRAI bon lunch au comptoir, dans un coude à coude émouvant.

Sinon, je vais préférer rester chez moi.

Pour du calme et de l’espace-temps pour chaque personne.

Chez nous, le service repas commence quand tu veux et il se termine quand tu veux. Pas besoin de réserver, c’est gratuit et tu peux même dormir là, si ça te dit ! Ou fumer sur le balcon et je n’en ferai pas un drame. Un dernier verre ? Pourquoi pas.

Dans le fond, je suis une hippie de 2020, cheveux de pandémie compris.

Sans blague.

Ce grand bouleversement était pour moi une occasion en or d’arrêter la machine. Une brèche par où on pouvait voir la lumière, même si l’histoire qu’on nous racontait était d’une tristesse infinie. J’y ai bien vu une façon de repenser nos repères et un souffle nouveau émaner… mais j’ai maintenant du mal à les saisir.

Sommes-nous si pressés d’acheter une lampe chinoise ? D’aller vider les entrepôts de leurs légumes américains ? D’aller brûler 350 $ je ne sais où ?

Quelle est l’urgence ?

Oui, je comprends l’économie, je comprends le besoin de travailler, de relancer les affaires dans tous les domaines. Oui, oui, il faut que ça roule et je saisis l’intérêt de se sentir à nouveau unis et économiquement plus forts.

Mais les questionnements et les impressions que nous avons eus pendant la crise ne sont pas obsolètes. Ils demeurent tout aussi pertinents, que l’on soit en confinement ou non. Quoi qu’il advienne, nous allons devoir repenser nos espaces et revoir sous cet angle nos façons de travailler autant que de consommer.

J’espère n’avoir pas été de tout le Québec la seule échevelée à avoir senti le lilas avec des papillons dans le ventre, cette année. L’unique nouille de la bande à avoir mis les pieds dans l’eau d’un lac dans un état de félicité quasi débile.

Parce que la peur, parce que la fragilité de la vie, parce qu’on sent plus que jamais qu’on est au bord du précipice et qu’agir n’est plus une question de choix.

Mais aussi parce que c’est si facile de tomber dans le piège confortable du déjà vu, du déjà vécu, de la roue qui tourne à toute vitesse et qui contrarie le sens des priorités qu’on s’était pourtant données.

Tsé, quand on se dit que ce n’est pas grave, qu’il ne s’agit que d’une fois.

Et puis, les fois s’accumulent…

Oui, il y aura toujours des gens pour se braquer et jouer les égocentriques, des gens qui auront cet air obtus et qui continueront de pousser dans les allées et d’acheter dans les plus américains des supermarchés, d’autres plus cinglés qui continueront de piller tous les secteurs où pousse la vie, des décideurs qui vont nous donner la nausée.

Le Panier Bleu n’ira pas à tout le monde.

Mais on devrait continuer de croire et d’espérer.

D’espérer que nous sortirons de cette crise le cœur meurtri, troué comme une vieille camisole, mais rempli d’une pensée nouvelle que je souhaite contagieuse.

La vision portée par quelques leaders mondiaux pour la sauvegarde de la planète et sur les choix qu’il nous faudra faire n’est pas réjouissante, elle est même difficile à assumer, surtout quand on pense à nos enfants, mais elle a le mérite d’être claire.

Et la lucidité ne tue pas, jusqu’à preuve du contraire.

 

Christine est une cinquantenaire, amoureuse, mère, passionnée par la vie dans toutes ses imperfections. Elle est curieuse de tout, surtout des autres ! Vous pouvez retrouver certains de ses textes sur son site cinquanteislenouveaumoi.com ou la suivre sur Twitter et Instagram. 

 

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  1. Marie Michaud dit :

    Ouf! Je suis contente de savoir que je ne suis pas la seule à voir les choses de cette façon!

  2. Elise Guimont dit :

    Je me vois beaucoup dans ton texte. Hippie 2020, tu n’es pas seule!!!

  3. Ysabelle dit :

    Wow ç est exactement ce que je ressens et je retiens ce passage étant en changement dans ma vie personnelle !! Merci !!
    Chez nous, le service repas commence quand tu veux et il se termine quand tu veux. Pas besoin de réserver, c’est gratuit et tu peux même dormir là, si ça te dit ! Ou fumer sur le balcon et je n’en ferai pas un drame. Un dernier verre ? Pourquoi pas.

    Dans le fond, je suis une hippie de 2020, cheveux de pandémie compris.

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