Comment les magazines peuvent-ils diversifier les modèles de beauté?

17 Août 2020 par Véronique Harvey
Catégories : Beauté / Véro-Article
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On a sondé les « cover girls » de notre édition d’automne, afin de trouver une façon de faire plus inclusive, qui permettrait de mieux représenter les différentes communautés racisées du Québec.

Alors que le géant français des cosmétiques L’Oréal a décidé de retirer les mots «blanchissant» et «éclaircissant» de la nomenclature de ses produits à la suite du décès de George Floyd, notre équipe de rédaction s’est demandé à son tour comment elle pouvait faire sa part dans la lutte au racisme.

On a donc sondé les « cover girls » de notre édition d’automne, afin de trouver une façon de faire plus inclusive, qui permettrait de mieux représenter les différentes communautés racisées du Québec.

Voici ce qu’elles avaient à dire…

« Les magazines féminins du Québec ont souvent projeté un modèle de beauté exclusivement blanc. On enlève les taches de rousseur, on lisse les cheveux, on éclaircit la peau… C’est complètement raciste, parce que ça fait comprendre à la jeune fille de couleur, de façon sous-entendue, que si elle n’est pas blanche, il y a un problème. À la place, les magazines doivent comprendre que la beauté n’a pas de couleur, et il faut montrer la couleur pour prouver qu’elle n’en a pas », explique d’entrée de jeu Fabienne Colas, présidente et chef de la direction de la Fondation Fabienne Colas.

Même son de cloche du côté de la rappeuse Sarahmée, qui scande : « on veut se voir dans les magazines, sinon c’est comme si on était invisibles, qu’on n’existait pas. Et si je vois toujours le même standard de beauté, qui ne me ressemble pas du tout, comment vais-je arriver à me trouver belle? »

Éviter le tollé

Ainsi, on demande plus de diversité dans les pages des magazines, certes, mais également dans les salles de nouvelles, selon les femmes sondées. « À partir du moment où on implique des gens de tous les horizons à la tête des grandes compagnies, ces gens-là vont organiquement amener plus de diversité, car on a tendance à aller vers ce qui nous ressemble, poursuit la chanteuse Dominique Fils-Aimé. Ainsi, de fil en aiguille, on va obtenir un paysage beaucoup plus représentatif de notre réalité moderne. »

Une équipe de rédaction plus diversifiée permettra également d’éviter que certaines décisions éditoriales soient mal perçues et fassent un tollé. On n’a qu’à penser au cas de Dove, qui s’est retrouvé dans l’eau chaude (en 2011 et en 2013) pour des publicités racistes, ou du détaillant H&M, qui a présenté en 2018 un jeune mannequin noir portant un chandail où on pouvait lire « Coolest monkey in the jungle » (NDLR Le singe le plus cool de la jungle).

 

« On devient très sensible aux sous-entendus, parce que ça fait trop longtemps qu’on subit en silence, précise Fabienne Colas. Aujourd’hui, on dit assez c’est assez, et on ne laisse plus rien passer! »

Bien plus que des victimes

Pour la journaliste Noémi Mercier, le danger pour les magazines québécois est de « ghettoïser », soit de faire un numéro spécial pour mettre les femmes noires en valeur, sans rien changer d’autre de leur programmation habituelle. « Pour moi, le vrai progrès, c’est quand il va y avoir des personnes racisées dans tous les numéros », explique-t-elle.

Naïla Rabel abonde dans le même sens et propose de mettre de l’avant des compagnies qui « font dans toutes les couleurs », plutôt que de faire des éditions spéciales dédiées aux Noires, par exemple. Par ce qu’au final, « les Noirs ne veulent pas qu’on parle d’eux, ils veulent juste être inclus dans la conversation ».

On souhaiterait également que les personnes noires ne soient pas dépeintes uniquement comme des victimes de racisme ou comme de jolies mannequins. « Il y a des artistes, des ingénieures, des élus, des avocates, et elles ont autre chose à dire que de parler seulement de discrimination », rappelle Noémi Mercier. Au même titre que les femmes ne sont pas là pour parler uniquement de sexisme et de féminisme.

Figures significatives

La Présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent, ajoute qu’ « il faut mettre de l’avant, autant pour les enfants que les adolescents, des figures significatives où ils peuvent se reconnaître. Des figures qui leur donnent envie de se dépasser, d’aller plus loin et de faire partie prenante de notre société québécoise ».

On parle donc de diversité dans les couleurs, mais aussi dans les histoires, les expériences et le vécu, pour que chacun puisse se reconnaître, se rallier. « Et c’est quand on va réaliser qu’on a beaucoup plus en commun qu’on ne le croyait que le racisme va diminuer. Car les préjugés viennent souvent de l’inconnu », conclut la plongeuse olympique Jennifer Abel.

 

Lisez notre dossier complet sur ces 11 femmes d’influence dans notre numéro d’automne 2020, en kiosque le 20 août.

 

 



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