Le pouvoir des cheveux blancs

16 Oct 2017 par Cynthia Quellet
Catégories : Beauté / Cheveux

Sophie Fontanel, romancière et journaliste, a choisi de laisser pousser ses cheveux blancs : « À 53 ans, j'ai décidé d'apparaître ». Entrevue avec celle pour qui chevelures grisonnantes et immaculées riment avec douceur et beauté.

C’est à l’occasion, l’automne dernier, de la sortie au Canada du livre, Une apparition, dans lequel elle explique cette démarche, que nous avons pu nous entretenir avec l’auteur Française.

Prisonnière de la teinture

Quel était votre rapport à la teinture ? « Depuis mes 14, 15 ans, j’avais une grande mèche de cheveux blancs, que j’aimais beaucoup. Vers la trentaine quelqu’un m’a dit un jour que ça me vieillissait « Tu devrais la retirer. Tu es trop jeune pour avoir ces cheveux blancs ». Et je ne sais pas pourquoi j’ai écouté cette personne. En fait je crois que quand on vous dit qu’on semble plus vieux, on a toujours l’impression que ce n’est pas bien, même quand on a 30 ans. Du coup je suis allée me teindre cette mèche. Le problème quand on a les cheveux longs et qu’on les teint c’est que c’est très compliqué après de laisser repousser. J’ai été prisonnière de la teinture. »

Le rôle du coiffeur dans la révélation

Comme beaucoup de femmes, l’auteur a d’abord teint ses cheveux elle-même. « On croit qu’on réussit mais on rate. On fait des gros paquets. Et puis je l’ai fait chez un coiffeur pendant 3 ans et c’est ce coiffeur qui m’a dit « Tu sais Sophie, en fait, le dessus de ta tête est tout blanc et si tu laisses pousser tes cheveux ça va être tout blanc. » Quand le coiffeur divise la tête en plusieurs raies, il voit exactement la couleur de nos cheveux. Parfois les coiffeurs n’aiment pas les cheveux blancs et ils ne vous disent pas à quel point vos cheveux sont blancs. Vous n’avez donc aucun moyen de le savoir. Vous vous dîtes ce n’est pas blanc partout, ça ne va pas être joli. Je pense que le coiffeur a un rôle très important. »

Le déclic

Quel a été le déclic pour cette démarche? « Le premier déclic, je crois, c’est quand j’étais jeune. Il y avait beaucoup de femmes aux cheveux blancs dans le milieu de la haute bourgeoisie française que je fréquentais. Il y avait beaucoup de femmes à la plage au bord de la mer avec les cheveux blancs, des femmes toutes bronzées et avec de beaux cheveux tous blancs comme de la nacre. Elles le vivaient très bien, c’était des femmes très dans la séduction et je crois que leur beauté m’a frappée. Elles s’habillaient dans des couleurs un peu pastel (rose pâle, bleu pâle), je les trouvais lumineuses. Et j’ai gardé dans mes yeux l’idée que c’était beau d’avoir les cheveux blancs, je le savais. En revanche je le liais à l’âge. Et quand j’ai été moi-même plus âgée, j’ai compris qu’en fait ces femmes que je voyais enfant elles avaient 50 ans. » Avant de rencontrer la femme aux cheveux blancs à la terrasse d’un café à St Tropez, épisode qu’elle évoque dans Une apparition, Sophie Fontanel a croisé plusieurs autres femmes à la chevelure immaculée qui l’ont marquée. « Je me souviens d’une femme à Los Angeles, sur la plage, elle tenait une planche de surf et elle avait les cheveux tous blancs jusqu’à la taille. Elle devait avoir 45 ans. Ça fait un drôle d’effet quand on voit des femmes qui ne ressemblent pas à l’idée qu’on se fait des femmes aux cheveux blancs. Je me souviens aussi un été à Rome de cette femme en robe noire avec un grand décolleté dans le dos et ses cheveux blancs longs dégradés. Cette femme n’avait pas l’air du tout de se poser la question de savoir si elle était jeune ou vieille. »

La mue du noir au blanc

Sophie Fontanel a volontairement choisi de montrer la repousse naturelle de ses cheveux blancs éclipsant progressivement sa teinture foncée. Une tête bicolore facile à assumer? « Les gens disent que j’ai du courage mais je crois que le courage que j’ai eu c’est qu’en étant quelqu’un de public, j’ai décidé de laisser pousser les cheveux blancs en montrant les noirs, parce que ça m’amusait de montrer à quel point c’est différent, à quel point c’est une métamorphose et une mue. Mais on n’est pas obligé de faire comme moi, on peut aussi couper court au début, on peut se les teindre en blanc, au bout d’un certain temps on peut décolorer les mèches qui sont brunes. En fait ça m’amusait de faire l’exercice comme une performance artistique. »

Le rôle d’Instagram dans cette quête de liberté

L’écrivain a tenu un journal de bord de cette transformation sur Instagram avec le mot-clic #UneApparitionSophieFontanel. Première photo de la série, le 19 juin 2015, où l’on voit sa chevelure avec une repousse de racines de 12 jours.

Jusqu’au cliché de sa tête toute blanche, le 26 mars 2017. Photo qui sera choisie comme couverture du livre Une apparition.

Quel rôle a donc joué le réseau social dans cette aventure ? « J’ai eu un des premiers blogues en France. Dès le blogue j’ai compris qu’il y avait quelque chose d’extraordinaire qui était de réussir à avoir à la fois l’autorité d’un spécialiste, ce que je suis en mode, et en même temps d’accepter l’échange. C’est à dire qu’au lieu d’être la personne qui dit alors voilà maintenant ça va être le bleu, le noir… moi je mets du bleu ou je me laisse pousser les cheveux blancs par exemple. Et c’est intéressant de voir les réactions des gens. Parfois ils trouvent ça affreux au début puis après ils trouvent ça bien. Parfois ils disent si c’est réussi sur vous je le ferai plus tard. C’est ce qui est arrivé avec les cheveux blancs. Cet échange il a été très important parce qu’il a permis de comprendre quels sont les blocages des gens. C’est comme une extraordinaire étude de marché. Je me suis rendue compte que les gens pensaient que c’était un renoncement. On me disait « mais tu es trop jeune pour renoncer ». Ça m’a aidé à comprendre et j’ai commencé à faire des publications en disant non ce n’est pas un renoncement. J’ai ouvert le débat sur Instagram. C’est intéressant car des femmes commentaient en disant « moi j’ai les cheveux blancs et je n’ai pas renoncé’ et petit à petit une communauté est venue, des âmes de gens, des cœurs, la vraie vie. Tous les soirs je prends mon compte Instagram, je regarde ce qui se dit et je réponds. Ça mon principe de réalité. Moi, je vis dans la mode, si je mets des plumes et des liens de cuir dans les cheveux pour me les faire longs, tout le monde va trouver ça normal. Vous savez, on vit à l’ouest dans mon milieu ! Donc c’est intéressant d’avoir le regard des gens. Certains me disaient : il faut que tu les coupes courts. Beaucoup de femmes sont jolies avec les cheveux courts mais beaucoup de femmes les ont courts parce qu’elles pensent que maintenant qu’ils sont blancs c’est mieux comme ça. Mais c’est joli les cheveux blancs mi-longs, longs. Une jeune fille m’a dit l’autre jour « j’ai vu mon premier cheveu blanc et au lieu de l’arracher, je vais le laisser. On verra. » Les jeunes filles commencent à se dire on va voir ce que ça donne au lieu d’avoir le réflexe de les arracher. Et voir ce que ça donne, moi je vous le dis. Ça donne quelque chose. »

Le cheveu blanc, cette douceur

Les femmes peuvent aussi avoir des craintes d’entretien, d’avoir des cheveux qui jaunissent ? « Le jaunissement j’en ai entendu parler tout au long de ma démarche et en fait les plus belles femmes que j’ai vues avec les cheveux blancs sont des femmes qui ont le cheveu presque nacré. Le cheveu blanc à force d’être long il prend une douceur. On a enfermé le cheveu blanc dans quelque chose de très mortifère qui est qu’il faut qu’il soit presque bleu, un peu comme une lumière de l’au-delà. Le cheveu blanc peut avoir une immense douceur c’est quelque chose de très doux. On peut lui laisser ce petit côté vanille qu’il prend. Si on a une belle coupe, qu’on est bien habillé. C’est joli. »

Le rapport à la séduction

Inès de la Fressange, icône française de mode et grande amie de Sophie Fontanel a d’abord pris la décision de son amie comme un renoncement. « Je lui ai dit de me faire confiance. En fait, pour elle, une femme aux cheveux blancs ne peut pas séduire. On n’a pas la même idée de la séduction. Tous les goûts sont dans la nature. D’abord il y a des hommes qui se fichent complètement de votre couleur de cheveux. Il y a des hommes qui aiment bien les cheveux blancs. Il y en a d’autres qui ne voient pas ou qui nous voient blonde. Donc la couleur des cheveux c’est un faux problème. On attire toujours les gens qui sont sensibles à ce que l’on est. Et au-delà de la séduction avec les hommes, moi j’ai 55 ans, je ne suis pas une minette là à me dire « Oh lala il faut que tous les mecs aient envie de me mettre dans leur lit ». Je me dis qu’il y a une séduction quand les gens me regardent et qu’ils sont un peu admiratifs. Quand on a les cheveux blancs en fait, ce n’est pas qu’on disparaît, c’est qu’on apparaît. C’est pour ça que j’ai appelé ça une apparition. Il faut assumer d’être regardée et de porter comme un fleuron ces cheveux blancs. Et si vous n’êtes pas capables de les porter comme un fleuron, si vous en n’êtes pas fières ce n’est pas la peine, ça ne vaut pas la peine. Beaucoup en sont fières et disent qu’elles ne reviendraient pas en arrière. Je pense qu’Inès ne comprenait pas qu’il y avait une fierté, elle voyait ça comme si j’avais décidé de glisser dans la vieillesse.

Mon frère, qui a 65 ans, depuis qu’il a 20 ans, aime les femmes de 20 ans donc je pensais qu’il allait me dire c’est n’importe quoi. Mais en fait il m’a dit « je préfère 100 fois une femme qui assume son âge à une femme qui essaye de faire comme si elle avait 20 ans et je suis beaucoup plus sensible à une femme qui me regarde de là où elle est, ça me trouble beaucoup plus, qu’une fille qui essaye d’être une gamine. » Ça m’a encouragée et c’est important, parce qu’on peut dire qu’on se fout du regard des hommes mais moi je ne m’en suis jamais fichu même si je ne veux pas être conditionnée par ce regard. Aujourd’hui je suis beaucoup plus en paix avec le regard des hommes. Il y a des gens que je séduis, d’autres que je ne séduis pas. »

Le « going grey »

« Il y a une culture de la coquetterie en France qui est une culture très subtile. C’est d’ailleurs pour ça qu’il y a tous ces livres sur les Parisiennes. Une culture où on est à la fois très coquette et où on s’arrange pour que ça ne se voit pas. Aux États-Unis il y a une culture de la coquetterie qui est très voyante, avec brushing, tailleur, talons. Et puis il y a un moment où les femmes en ont ras le bol et où tout d’un coup elles passent à quelque chose de beaucoup plus « green », elles deviennent très sauvages. C’est là où je trouve, elles abandonnent un peu une forme de séduction qu’elles valorisaient quand elles étaient jeunes. Un moment donné elles se disent, moi tout ce qui compte c’est que je sois bien dans ma peau. Le « going grey » aux États-Unis vient de là. D’un ras le bol de la contrainte Américaine à être des voitures de luxe. »
À propos d’un article du Vogue Us qui disait d’elle, qu’elle rendait les cheveux gris sexy: « Cette histoire de sexy elle est fondamentale parce qu’il se trouve que les cheveux gris sont déjà sexy. Je pense qu’il y a quelque chose de bien dans sa peau et d’accueillant dans les cheveux blancs. Quelqu’un qui a les cheveux blancs c’est quelqu’un qui n’a plus rien à prouver à personne. Donc c’est quelqu’un qui ne va pas vous demander des performances et que va pas croire qu’il faut qu’il en fasse. C’est quelqu’un qui va être. C’est un message érotique inédit mais qui est très important. La révolution des cheveux blancs c’est un peu la révolution qu’il y a eu avec les hommes chauves. Aujourd’hui si vous rencontrez un homme qui n’a pas de cheveux, vous le remarquez-vous vous dites il n’a pas de cheveux mais si cette personne a du charme vous n’y pensez plus. Une femme avec les cheveux blancs ce peut être la même chose. Il faudrait qu’on arrive à ce que les hommes se disent « celle-là elle a les cheveux blancs » et puis qu’ils n’y pensent plus. J’ai eu un petit ami l’année dernière à qui je n’arrêtais pas de parler des cheveux blancs et à qui je posais des questions parce que j’écrivais le livre et qui me disait « mais je ne vois pas ». Il ne voyait plus mes cheveux blancs. La seule chose qu’il voyait c’est que j’étais facile à retrouver dans la foule ! »

Photos: Instagram @SophieFontanel

 


Une apparition, Sophie Fontanel, Robert Laffont, 252 pages (29.95$)
– En librairies et en ligne.

 

 



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