Entrevue avec Louis Morissette

Entrevue avec Louis Morissette
30 Juil 2015 par Émilie Villeneuve
Catégories : Culture
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L’auteur, acteur et producteur est à la fois sprinter et coureur de fond. Il surfe sur les déferlantes de la vie avec intelligence, pertinence et douance. Louis Morissette, un gagnant, à coup sûr…

Entrevue avec Louis MorissetteAujourd’hui, les bureaux des Productions KOTV grouillent de monde. Le patron fait son entrée à l’heure dite, m’invite à passer dans son bureau, m’offre de l’eau. Il ressort en s’excusant pour prendre un appel, puis revient presque aussitôt en fermant la porte derrière lui.  Son iPhone sonnera trois fois au cours de notre entretien. Il ne le regardera pas et finira par éteindre l’appareil.

Louis Morissette est de ces êtres intenses, entiers et infiniment complexes. Pas dans le sens de «compliqué» ou de «bourré de contradictions et de névroses». Non. C’est un gars qui porte plusieurs chapeaux (ou plutôt, plusieurs casquettes) à la fois et embrasse  passionnément chacun des rôles qu’il exerce, le plus souvent avec brio. En plus d’être producteur, acteur et auteur, il est diplômé en administration et veille aux finances de sa compagnie. Enfin, il est le père présent de trois beaux enfants, qu’il a eus avec… Avec qui,  donc?

Nous avons une heure et trente minutes, top chrono, pour parler. Après quoi, il passera prendre les bambins à l’école et le chien à la maison, et hop! direction Granby. Ce soir, Les Morissette y donneront un spectacle et, une fois par semaine, toute la tribu est réunie pour la représentation. La routine, quoi. Enfin, pour cette famille hyper médiatisée, ça ressemble à ça.

Écouter Louis narrer des bribes de sa vie peut en essouffler plus d’un, votre dévouée journaliste y compris. «Ça me plaît de faire tout ça. Il n’y a pas une de mes trois ou quatre jobs que je voudrais faire à l’année. Je me tannerais d’écrire tous les jours, parce que j’aurais le goût de voir du monde. J’aime jouer, mais juste dans des projets qui me font capoter. En tant que producteur, c’est la même chose: j’adore ça, mais je ne voudrais pas passer mon temps dans les chiffres.» La seule casquette qu’il garde toujours bien vissée sur sa tête, c’est évidemment celle de père de famille: «Ça me permet de ne pas virer fou. De rester “groundé”.»

Louis Morissette, l’idéaliste pragmatique

Énergique? Concentré? Déterminé? Louis est tout cela. Le long fleuve tranquille, très peu pour lui. Non pas qu’il cherche les tempêtes, mais les eaux stagnantes ne lui disent rien. C’est d’ailleurs le thème du film Le mirage, réalisé par Ricardo Trogi, et qui sortira en salle à la fin juillet. Le scénario, signé par Louis, raconte l’histoire d’un homme qui remet en question sa vie et la surconsommation qui semble la régir. «J’essaie d’écrire des choses qui me touchent, qui me parlent, qui ont une résonance et qui m’habitent. L’idée du scénario vient de plusieurs rencontres au cours desquelles j’ai réalisé qu’à l’approche de la quarantaine, beaucoup de gens ne sont pas… heureux.»

On s’en doutait, il ne faut pas s’attendre à ce que l’auteur de quelques mémorables Bye Bye mâche ses mots lorsqu’il fait part de ses réflexions. «Tu sais, quand tu as 20 ou 30 ans, tu sors de l’école, tu n’as pas encore de femme ou d’enfant. Tu te trouves un métier et tu te dis que tu ne l’exerceras pas pour le reste de ta vie. Tu es plein d’espoir. Tu rencontres quelqu’un. Finalement, à 40 ans, tu réalises que tu t’es un peu enlisé, cimenté dans cet emploi que tu ne croyais pas permanent. Que tu es avec cette personne-là parce que,  finalement, elle n’est pas si pire. Tu partages une vie correcte avec une personne pas si pire et tu fais une job qui ne te passionne plus. Et moi, je ne comprends pas ça. Je ne me satisferai jamais d’une vie “correcte”.»

Le seul domaine où Louis accepte de faire des compromis, c’est celui de l’humour, même si ce n’est pas toujours évident. «Plus jeune, j’avais tendance à vouloir juste être cinglant… Je savais exactement quelle blague allait mettre le feu aux poudres. Je fais moins ça en vieillissant. Pas parce que je ne veux pas m’exprimer. Mais je me dis, quel est mon objectif numéro un: “puncher” l’autre dans la face ou faire rire? Ça dépend des circonstances. Quand je prépare un Bye Bye et que je fais un focus group, si une phrase ne fait rire personne, je la coupe… Les auteurs me disent: “T’as peur.” Je n’ai pas peur: ça ne rit pas! La base de la réussite, dans ce cas-là, c’est le rire. Il faut croire qu’en vieillissant, je m’assagis: je me range du côté du rire.»

Ce qui ne fait pas de lui un homme sage et zen. Beaucoup de choses l’exaspèrent, lui font perdre son tout nouveau flegme. «L’incompétence me tue. Parfois, ça me rend la vie difficile, parce que, comme producteur, je ne travaille pas seul: j’ai des associés et des employés. Il faut donc que je sois plus diplomate. Mais des fois, quand je m’en retourne en char le soir, je me dis: “Crisse! Je ne suis pas diplomate: je suis calculateur et guidoune!” Ça vient me chercher.

Des fois, je ne sais pas comment gérer l’incompétence. La bêtise humaine m’exaspère tout autant. Les réseaux sociaux en sont l’exemple parfait. Les commentaires et les réactions sont souvent superficiels, sans nuance, sans aucune analyse.» Ouf! Louis reste Louis, même en vieillissant…

50 nuances de… Louis

Louis pousse le dossier de sa chaise en parlant. Il replace machinalement sa casquette tout en reprenant son souffle. L’occasion est trop belle pour ne pas lui demander quel genre de consommateur il est, lui. «Je consomme trop, c’est sûr. Ma femme, la fille sur la  couverture, elle consomme pas mal, et ça m’étourdit même. Elle, elle n’en peut plus de voir que je garde mes vieilles affaires. Et puis, je ne suis pas un gars de voitures… La seule chose qui ne me dérange pas sur le plan de la consommation, c’est de dépenser pour aller voir un match des Red Sox à Boston.»

Derrière moi, un cadre orné de photos témoigne de quelques sorties sportives de Louis en compagnie de son meilleur ami. «Je pense quand même qu’à toutes les étapes de ma vie, j’ai essayé de respecter ma capacité de payer. Mon père était un homme d’affaires, un entrepreneur. À 15 ans, je regardais les cotes de la Bourse. Après, je suis allé étudier en administration à McGill. Disons que j’ai le réflexe de calculer mes affaires.» Après avoir rêvé d’être Gary Carter, le petit Louis a voulu se joindre à la manufacture de ventilation  familiale, dans son Drummondville natal. «C’était écrit dans le ciel.» Mais comme il n’avait que 22 ans à sa sortie de l’université, il a voulu reporter légèrement l’échéance de son retour au Centre-du-Québec. «Je me trouvais jeune pour aller m’asseoir derrière un bureau pour le restant de mes jours. Je voulais vivre un peu, faire quelque chose en attendant.» Petit comique de la classe, animateur du bal des finissants en cinquième secondaire, pitre, mais sans faire des blagues déplacées (il jure qu’il était moins baveux à cette époque), il a frappé à la porte de l’École nationale de l’humour et a reçu son diplôme en 1996. «C’est sûr que mon père pensait que j’allais revenir. Mais finalement, je n’ai pas pu. Ça dormait en moi, ce côté artiste. J’ai voulu valider ça, et ça a fonctionné.»

Et son père, comment a-t-il pris la nouvelle? «Je crois que ça lui a pris un bon bout de temps avant de réaliser que je ne reviendrais pas. Mais que veux-tu? À chacun sa destinée.»

De ses parents, l’ex-membre des Mecs comiques a appris à accorder de la valeur au travail et à la droiture, mais aussi à apprécier sa chance: «La réflexion n’a pas été très longue dans mon cas. On est deux enfants chez nous, et ma petite soeur est atteinte de  paralysie cérébrale. Ç’aurait pu être moi. C’est à elle que c’est arrivé. Elle n’a jamais marché. J’essaie donc de profiter au maximum de mes bras et de mes jambes.»

Louis s’entraîne régulièrement, joue au hockey «dans une ligue de mononcles» et fait du jogging. Mais il est aussi, de son propre aveu, un très grand sportif de salon: «Je trouve qu’une game, c’est la plus belle télésérie, le plus beau téléroman du monde, parce que c’est vrai. Je pense entre autres au Super Bowl de cette année: tout s’est décidé à la fin du match, à la ligne des buts, avec un joueur recrue qui a attrapé le ballon sur un jeu qui n’aurait jamais dû se faire… Ça ne s’invente pas, des choses comme ça! Quand tu vois ça, tu  pleures pour vrai, tu ris pour vrai. Je pourrais passer mes journées à regarder le football, le baseball, le hockey, le tennis, le golf… Et c’est comme ça depuis que je suis tout petit.»

Nul doute, le sport compte beaucoup pour Louis; le dépassement de soi, la saine compétition et le plaisir l’interpellent. Mais il tente aussi d’inculquer les notions de rigueur et de discipline à ses enfants. «Je ne veux pas qu’ils tiennent les choses pour acquises parce  qu’ils viennent d’un milieu aisé. Je veux qu’ils aient soif de réussite, qu’ils soient affamés. Que ce soit pour le sport, les arts, les chiffres, les animaux, name it, je m’en fous: je veux juste qu’ils se passionnent pour quelque chose.»

Louis n’est plus appuyé sur le dossier de sa chaise. Il est assis sur le bout du fauteuil. Il trépigne presque. «C’est ma plus grande angoisse. Je ne sais pas si on va réussir mais, en tout cas, on va essayer fort.» 80 % d’effort, vous dites? Gageons que, sur ce coup-là, il  en mettra 100 %.

Avec des « si », on en apprend aussi sur Louis Morissette

Si tu étais une femme, tu serais… Eugenie Bouchard. J’envie beaucoup son talent.

Si tu étais un athlète, tu serais… Tom Brady. Quatre Super Bowl, marié avec Gisele Bündchen… C’est une «pas pire vie», ça.

Si tu étais un chanteur rock, tu serais… Louis-Jean Cormier.

Si tu étais une ville, tu serais… Drummondville. C’est au coeur de tout. J’ai adoré vivre là.

Si tu étais une religion, tu serais… Discret à ce sujet…

Si tu étais un inventeur, tu serais… Le gars qui invente les écrans de iPhone qui ne pètent pas.

Si tu étais un sage, tu serais… J’haïs tellement ça, me faire dire quoi faire, que je ne pourrais jamais faire ça aux autres.

Si tu étais un personnage, tu serais… Iron Man. Il est fort et il est drôle.

Si tu étais un film, tu serais… Jerry Maguire.

Si tu étais un mode de transport, tu serais… Une moto. Y a pas de musique. Personne qui te parle. Y a juste la route et le vent. Ça fait tellement de bien.

Photo: Pierre Manning / Assistant-photographe: Mathieu Guérin / Direction artistique: Chantal Arès / Stylisme: Chanelle Riopel (Very Much) / Mise en beauté: Amélie Ducharme, avec les produits Covergirl.

Vous pouvez consulter la version intégrale de cet article dans le huitième numéro de Véro magazine, à la page 100, avec le titre « LM, un compteur-né ». Le magazine est disponible en kiosque et en version iPad.



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