Entrevue avec P-A Méthot

Entrevue avec P-A Méthot
14 Mar 2016 par Laurie Dupont
Catégories : Culture
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P-A Méthot n’a maintenant plus besoin de présentation. Son premier one man show, Plus gros que nature, ne cesse de déplacer les foules partout au Québec. L’humoriste de 42 ans connaît enfin la carrière qu’il a tant souhaitée. Rencontre avec celui que cache son personnage.

Entrevue avec P-A MéthotC’est dans une salle de conférence vitrée où le mercure effleure les 26 ºC que j’attends P-A (Paul-André de son vrai prénom, Po-Paul pour les initiés), sans trop savoir à quoi m’attendre. Même si j’ai assisté à son spectacle et visionné plusieurs entrevues qu’il a accordées, je peine à mettre le doigt sur le spécimen rare qui va s’asseoir devant moi pendant deux heures. Aurai-je droit à l’humoriste confiant à la voix stridente ou à l’homme plus posé qu’il semble être dans la vie?

Je sors de ma rêverie en le voyant apparaître, tout sourire. Becs sur les joues, accolades et un «ça va, ma chérie?» me sont adressés d’entrée de jeu. Impossible de ne pas se sentir immédiatement enveloppée par la bienveillance naturelle de P-A. «Je tiens ça de ma mère. Elle prend soin de tout le monde et je suis un peu comme elle. J’ai toujours besoin de savoir que les gens autour de moi se sentent bien», affirme-t-il doucement. C’est d’ailleurs ce qui me frappe le plus en rencontrant ce colosse: sa voix. À mille lieues de celle de son personnage de scène exalté, elle a un timbre grave et doux, et son débit est lent, bien plus qu’on pourrait l’imaginer. Et si on pariait que je n’en suis pas à ma dernière surprise?

Bipolarité et autres particularités

«Je m’appelle P-A Méthot. Je suis humoriste, bipolaire, et je suis atteint du TDA.» (NDLR: trouble déficitaire de l’attention) Cette phrase, il la prononce avec le même aplomb devant une salle de 800 personnes que seul devant moi. Elle ne dénote toutefois aucun défaitisme, bien au contraire. «Je souhaite que les gens sachent qu’on peut réussir dans la vie, avec ou sans maladie mentale, si on y met les efforts nécessaires. » Une affirmation qui nous ramène à son enfance. Est-ce que le petit Paul-André peinait à réussir à l’école? «Non! D’ailleurs, personne ne comprenait comment je faisais pour obtenir d’aussi bons résultats scolaires, dit-il. Je ne veux pas paraître vantard, mais l’école, ça n’a jamais été très difficile pour moi.»

Tout en sirotant son jus d’orange, P-A enchaîne: «Une fois rendu à l’université, j’avais une entente avec la majorité de mes profs. Je n’assistais qu’à la première partie des cours, car rendu à la deuxième, je dessinais, je ronflais, ça n’avait aucun sens!» (rires)

Dans la vie de tous les jours, son TDA ne lui occasionne pas de réels problèmes, mais certains exemples qu’il cite me font rigoler. «Un match de hockey, c’est trois périodes de 20 minutes top chrono. Avec moi, OUBLIE ÇA! À partir de la moitié de la première période, je ne suis plus là pantoute. Je ne peux pas non plus aller voir un film au cinéma, car c’est beaucoup trop long. Mais ne t’inquiète pas: si jamais tu me perds, je vais te le dire, promis!» lance-t-il à la blague.

Le trésor précieux de P-A Méthot : sa famille

Pause cigarette nécessaire pour monsieur. Il me demande gentiment de l’accompagner, enregistreuse à la main, pour que nous poursuivions l’entrevue. Il me raconte au passage quelques anecdotes sur sa blonde, Véronique, et sur sa fille, Zoé. Pourtant, P-A n’a jamais voulu s’épancher là-dessus dans les médias. Étrangement, ce jour-là, il m’ouvre lui-même la porte: «Bien sûr qu’on peut parler de ma fille. Mais jamais on ne la verra sur la page couverture d’un magazine, à moins qu’elle le veuille. Je veux la protéger de ça.» Pendant qu’il me parle de Zoé, mon regard revient sans cesse se poser sur le tatouage qu’il porte, ces trois lettres inscrites à jamais à l’intérieur de son poignet. «Quand je tiens mon micro, je vois tout le temps le prénom de ma fille et ça me donne une bonne raison de faire ma job le plus longtemps possible.» Puis, sans qu’aucune question ne lui soit posée, il passe en mode confidence: «Comme c’est le cas pour moi, on pense que Zoé a un TDA. Cela dit, elle est hyper brillante. Elle a seulement 4 ans et elle a déjà appris à lire en français et en anglais toute seule. Je te le jure sur la tête de mon père!» Il tire une longue touche de cigarette, puis il reprend: «J’ai une petite fille surdouée. Les spécialistes me l’ont confirmé. Au début, c’était bizarre, car je la trouvais bien différente des autres enfants. Maintenant, je m’y suis habitué. Disons que je ne m’en vante pas à tout le monde, de peur de passer pour un parent prétentieux.»

Puisqu’il a lui-même orienté la conversation sur sa fille, j’ose lui demander si sa famille est complète. Son regard intense et ses sourcils en accent circonflexe me font vite comprendre que le sujet n’est pas si simple. «Ma blonde est devenue enceinte de Zoé à 36 ans. Elle avait déjà perdu un enfant, atteint d’une malformation cardiaque, d’une union précédente. Et son frère, décédé à l’âge de 28 ans, était un cas lourd de trisomie. On peut donc dire que les risques de complications à la naissance de ma fille étaient assez élevés.»

Tandis que P-A aspire une autre bouffée de fumée, les souvenirs semblent se bousculer dans sa tête. «Durant toute sa grossesse, Véro a eu un suivi chaque semaine.

Je savais que, s’il y avait un problème avec le bébé, ma blonde et moi n’avions pas la même vision pour la suite des choses. On a pourtant réussi à éviter la question jusqu’à la toute fin. Sais-tu ce que c’est, toi, le stress de se rendre chez le médecin chaque semaine en espérant qu’il ne nous annoncera pas de mauvaises nouvelles? C’était pas possible. Quand Véro a finalement accouché, ç’a été une libération pour nous deux parce que notre fille était en parfaite santé. Mais on a commencé notre vie de parents physiquement et moralement brûlés.»

Le topo est on ne peut plus clair. Histoire de rebrasser les cartes, je lui lance d’un trait: «Crois-tu être un bon père?» Il me répond qu’il «essaie sincèrement d’être le meilleur papa possible». Après avoir jeté son mégot dans la petite boîte métallique prévue à cet effet, il poursuit: «Quand j’arrive à la maison, je ne suis pas là pour faire de la discipline. Zoé est contente de me voir et c’est la fête. À 200 shows par année, je ne la vois même pas la moitié du temps! Elle me manque, tout comme ma blonde d’ailleurs. Mais on savait dans quoi on s’embarquait au début… sauf qu’on ne s’attendait pas à ce que ça marche autant!»

Avec des «si», on en apprend aussi sur P-A Méthot

Si tu étais un instrument de musique, tu serais… un violoncelle. En voiture, j’écoute souvent les Suites de Bach avec Yo Yo Ma au violoncelle. Ça vient
vraiment me chercher.

Si tu étais un style musical, tu serais… du blues. C’est aussi joyeux ou triste que sexy.

Si tu étais un chanteur, tu serais… Gerry (Boulet). Je suis un fan fini d’Offenbach, et ma blonde aussi. Elle est d’ailleurs mon «rock de v’lours».

Si tu étais une femme pour 24 heures, tu serais… ma mère. J’aimerais lui offrir une journée où elle ne penserait qu’à elle.

Si tu n’étais pas humoriste, tu serais… restaurateur. C’est mon rêve. À 55 ans, j’arrête tout et j’ouvre un petit resto de 50 places à Québec.

Si tu étais un restaurant, tu serais… un endroit qui sert des sandwichs, des soupes et des plats réconfortants. Des produits régionaux, pas des fla-flas de cuisine expérimentale. Des fois, il y aurait même du ragoût
de pattes au menu. Et les gens y seraient bien.

Si tu étais dans la peau de quelqu’un d’autre pendant une journée, tu serais… Guy Turcotte. J’essaie de comprendre l’acte qu’il a posé, mais je n’en suis pas capable. Quand la nouvelle du drame est sortie, j’en ai mal dormi pendant deux jours.

Vous pouvez consulter la version intégrale de cet article dans le numéro hiver 2016 du magazine VÉRO, à la page 145, avec le titre « L’homme derrière le personnage ».
PHOTO JOCELYN MICHEL / ASSISTANT-PHOTOGRAPHE MATHIEU LÉTOURNEAU / STYLISME ARIANE SIMON / MISE EN BEAUTÉ AMÉLIE DUCHARME, AVEC LES PRODUITS COVERGIRL



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