Jay Du Temple: l’homme de valeurs

07 Jan 2019 par Laurie Dupont

Tête à tête empreint de lucidité avec Jay Du Temple, une des étoiles montantes de l’humour.

Homme de valeurs

L’humoriste et animateur Jay Du Temple a le vent dans les voiles. Et même s’il goûte au succès de façon exponentielle depuis quelques années déjà, l’homme ne tient rien pour acquis. Entretien bonbon sur les thèmes du travail et de la reconnaissance avec celui qui aspire à être bien plus que la saveur du mois.

À peine deux semaines avant qu’il parte animer Occupation Double – Grèce, j’ai réussi à voler 120 précieuses minutes dans l’horaire quasi présidentiel de Jay pour réaliser cette entrevue. Entre les derniers tournages de l’émission Les échangistes à ICI Radio-Canada Télé, les représentations de son premier one man show Bien faire et les multiples autres obligations à son agenda, l’homme de 27 ans a bien peu de temps libre.

Quand je lui demande à la blague s’il réussit à trouver quelques heures la nuit pour dormir, sa réponse donne le ton à la suite de notre entretien. «Oui, je suis occupé, mais je le suis comme n’importe quel travailleur dans la vingtaine qui commence dans son métier et qui connaît un certain succès. Mon beau-frère doit travailler de 10 à 12 heures par jour, six ou sept jours par semaine, et lorsqu’il arrive chez lui le soir, sa journée n’est pas finie parce qu’il est papa. Mais ça, personne ne le sait.»

Jay prend une bouchée de chocolatine avant de poursuivre: «Vu que j’exerce un métier public, j’ai l’air plus occupé que les autres – et dans des moments où les gens ne le sont pas –, mais c’est faux! C’est sûr que si tu m’invites à souper pour ta fête un samedi soir, je ne pourrai pas y aller parce que je serai en show. Ça n’existe pas, pour moi, un “samedi soir”. Mais invite-moi à bruncher un mercredi matin, c’est certain que je serai présent.»

Les deux pieds sur terre

Voilà Jay Du Temple dans toute son amabilité et son humilité. Si vous affectionnez particulièrement l’humoriste parce que vous trouvez qu’il a l’air si gentil, je confirme que vous ne faites pas fausse route. Dans l’échelle des «vrais fins», Jay se situe assurément sur le premier barreau. «Ellen DeGeneres a déjà dit: “Be sweet, work hard and good things will happen.” Et elle a raison. Quand j’ai commencé en humour – je dis ça, mais je sais que ça fait genre 15 minutes que je fais ce métier-là!, lance-t-il en boutade –, je trouvais qu’il y avait beaucoup de cynisme et je ne savais pas où me placer là-dedans. Je suis un optimiste, moi, juste content d’être là. Je me suis alors dit qu’être moi-même allait suffire. J’aspire à pouvoir parler de plus gros sujets dans le futur, mais en restant toujours humble et honnête.»

Jay appuie sur les derniers mots de sa phrase, comme s’il voulait les ancrer en lui. Sa célébrité grandissante lui aurait-elle donné la frousse d’avoir la grosse tête? «Oh oui, vraiment! Surtout que j’en ai vu, des gens changer rapidement à cause de la popularité et de l’argent. De mon côté, j’ai la chance d’être bien entouré. Mes parents, mes sœurs, mon meilleur ami, tout ce monde-là est humble, et pour moi, c’est ce qui compte. Je ne dénigre pas mon statut, mais mon but n’a jamais été de devenir une vedette. Je veux participer à des projets qui me font triper, je veux écrire, je veux jouer. Tout simplement.»

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Ensemble, c’est tout

Il suffit de discuter quelques minutes avec Jay pour l’entendre célébrer sa famille. Le jeune homme ne tarit pas d’éloges envers cette cellule tissée serré qui l’a vu grandir! Ses souvenirs d’enfance – en passant par ses étés au chalet à jouer dans le bois, avec des guns à pétard, et ses hivers complètement hockey, à rouler en direction de l’aréna avec son père en écoutant Pink Floyd et Phil Collins – figurent parmi les plus beaux moments de sa vie.

«Mes parents nous ont tout donné, à mes sœurs et à moi. Ils nous ont élevés dans le respect. Mon père et ma mère souhaitaient simplement qu’on soit polis, qu’on salue les gens et qu’on les regarde dans les yeux.» En prenant une gorgée de son café allongé, le jeune homme continue d’évoquer d’autres précieux souvenirs, qui témoignent des valeurs familiales qui lui ont été léguées: «Mes parents m’ont aussi appris à être travaillant. À la fin de mon secondaire deux, je travaillais déjà tout l’été à leur vignoble. Chaque jour de semaine, j’étais dans le champ de sept heures le matin jusqu’à 17 heures. Et le samedi matin, c’était de sept heures à midi. Ç’a été vraiment tough, mais j’ai appris à travailler fort et à connaître la valeur de l’argent. Imagine, j’ai commencé à travailler au salaire minimum, qui était 7 $ de l’heure dans le temps! Si je voulais quelque chose à 100 $, je savais que ça représentait une journée et demie dans le champ… alors j’y pensais deux fois avant de l’acheter!»

Faire sa chance

Même si son compte en banque s’est drôlement garni depuis ce premier emploi d’été, l’humoriste se souvient avec des étoiles dans les yeux de la première fois où il a été payé pour exercer son métier. «Je vais m’en rappeler toute ma vie! On m’offrait 400 $ pour être sur scène pendant 45 minutes. Attends, on me donne 400 piastres… pis j’ai eu du fun? J’aurais PAYÉ 400 $ pour pouvoir vivre une expérience du genre! [Rires] On a déjà demandé à Jerry Seinfeld, qui venait d’avoir 60 ans, comment il faisait pour vieillir aussi bien, et il a répondu qu’il n’avait pas travaillé une seule journée durant sa vie. C’est la même chose pour moi depuis que je suis humoriste. C’est un luxe de pouvoir vivre de ma passion!»

Ceux – et surtout celles – qui suivent Jay sur Instagram savent que le hashtag #CESTQUOILESCHANCES, qu’il inscrit sous presque chacune de ses publications pour exprimer sa gratitude à l’égard de son métier, fait maintenant partie de sa marque de commerce. Mais ne l’a-t-il pas faite, sa chance? Ne devrait-il pas davantage parler de privilège? «Oui, j’utilise beaucoup ce hashtag, confesse-t-il, mais pour vrai, c’était quoi, les chances que ce soit ça, ma vie? J’ai la chance d’avoir trouvé ma passion quand j’étais jeune. C’est une chance que j’ai eue d’embarquer sur une scène à 16 ans et que c’était ce que je voulais faire dans la vie. Par la suite, j’ai travaillé fort pour devenir humoriste. C’est aussi une chance que j’ai eue quand Julie Snyder m’a offert d’animer OD, mais j’ai réussi à livrer la marchandise. Ce que j’apprécie, c’est la reconnaissance mutuelle. Je suis profondément reconnaissant qu’elle m’ait offert cette opportunité, et je crois qu’elle l’est aussi de ce que j’en ai fait. Alors oui, le mot “chance” est là, mais je ne dénigre pas non plus tous les efforts que j’ai mis.»

Lorsqu’il parle de son métier, l’humoriste peine à terminer ses phrases tellement le sujet le passionne – comme s’il lui venait toujours en tête une meilleure manière de décrire sa réalité. «Quand j’ai commencé à travailler, j’étais pressé de réussir. Maintenant, je suis plutôt rendu ambitieux. Je ne veux plus obtenir les choses là, tout de suite. Maintenant je vois loin et à long terme. Je ne veux pas devenir la saveur du mois. Je veux éviter de m’essouffler et de m’éparpiller. Je pars donc pour un marathon, pas pour un sprint. Cela dit, je ne suis vraiment pas bon pour me projeter dans l’avenir. On dit toujours qu’il faut vivre dans le moment présent, et c’est ce que je fais. J’ai les deux pieds dans mon rêve. Je roule mon one man show et je ne demandais rien d’autre au monde. C’est d’une absurdité sans bornes! Je n’ai que 27 ans. Si quelque chose que je souhaite vraiment arrive dans 10 ans, j’aurai alors 37 ans, et c’est encore fucking jeune! Par exemple, si je peux avoir un Comedy Club un jour, j’en serai vraiment heureux, mais mes désirs immédiats sont davantage liés à ce que je suis. Je veux être bien, avoir confiance en moi, être calme et travailler sur mes défauts.»

Intime et personnel

Puisque Jay ouvre lui-même la porte sur un pan plus personnel de sa vie, j’y entre tout doucement. Je me questionne à savoir si un rythme de travail aussi effréné que le sien n’entraîne pas un certain déséquilibre côté vie privée. Jay me rassure d’emblée: «Plus que jamais, je prends des pauses et des vacances. Je vais souvent chez mes parents. Que je vive un gros high ou un gros down, juste sentir l’odeur dans la maison me ramène à la base. Rouler 30 minutes et sortir de la ville – même si j’adore Montréal –, ça m’apaise. Je me permets aussi de m’isoler dans un chalet et de me poser des questions comme: “Est-ce que je pourrais prendre deux mois, six mois ou même un an off?” Je le pourrais… Et là, je me répète, mais quel luxe de pouvoir se poser ce genre de questions! Je fais déjà plus d’argent que ce que je m’attendais à gagner dans toute ma vie et mon but n’est pas de ramasser du gros cash, mais de triper, d’être zen et de devenir le meilleur être humain possible!»

Avec sa popularité qui ne cesse de croître, tout comme ses centaines de milliers d’abonnés Instagram et Facebook, vient aussi la curiosité, parfois insatiable, de fans qui veulent tout connaître de sa vie privée.

À ce propos, lors du festival Osheaga en août dernier, la rumeur selon laquelle Jay y était accompagné de sa nouvelle flamme s’est répandue comme une traînée de poudre sur les multiples sites Web à potins. La réaction du principal intéressé concernant cette annonce n’a pas manqué de me faire sourire: «Je ne lis pas les sites à potins qui ont sorti cette histoire. Ce sont des amis qui m’ont envoyé le lien. Mais tu sais quoi? Je ne me suis pas caché, à Osheaga. Si je veux que rien ne sorte à mon sujet, je vais rester chez moi. Cela dit, ça ne m’appartient pas, ce qu’ils écrivent. Je les ai trouvé intenses – oh my god qu’ils ont été loin! Ils ont regardé des stories de plein de gens que je ne connais même pas pour faire des liens… mais j’avoue que ça m’indiffère pas mal.»

L’intervieweuse anonyme que je suis, libre d’aller faire son épicerie en toute quiétude, a du mal à comprendre qu’on puisse se foutre éperdument que des sites à potins étalent la vie privée d’une vedette à tous leurs abonnés sans consentement de sa part. Bon joueur, Jay nuance ici sa position… tout en marchant clairement sur des œufs: «C’est quand même récent que les gens sont intéressés de savoir où je m’habille et avec qui je me tiens. Je peux comprendre qu’ils soient curieux, car on vit dans un monde où il est possible de tout savoir! Donc je ne me cache pas, mais je ne m’affiche pas non plus. J’y vais au feeling. Avec tout ce que je vis publiquement, j’ai l’impression de devoir un peu quelque chose au public par la suite, alors je ne sais pas trop quoi faire. Trop s’afficher, ça peut être tough, mais se cacher, je trouve ça plate. Peut-être qu’un jour je m’afficherai avec quelqu’un, mais je ne suis pas rendu là.»

Et l’idée de fonder une famille dans tout ça? Ne devra-t-il pas baisser la garde le moment venu? En guise de réponse, il murmure un «I guess…» à peine articulé. Je pose de nouveau ma question, parce que sa réponse évasive me semble à mille lieues des valeurs familiales qu’il chérit tant. «Ok, pas I guess. Mais j’ai tellement de difficulté à me projeter dans l’avenir, que la famille, dans ma tête, sera fondée avec une autre sorte d’être humain que celui que je suis actuellement. On parle de moi dans X nombre d’années, et je sais qu’alors j’aurai changé. Mais oui, la réponse, c’est oui.»

Change pas trop quand même, Jay. Ça serait fucking plate.

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Cet article est tiré du magazine Véro de Noël 2018. Abonnez-vous maintenant!

Photo: Jimmi Francoeur

 

 



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