Joseph Bikart: L’art de prendre les bonnes décisions

13 Oct 2020 par Marie-Claude Marsolais
Catégories : Culture / Véro-Article
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Nous avons profité de la sortie du livre "L'art de prendre les bonnes décisions" pour de poser quelques questions à son auteur, Joseph Bikart.

 

Pouvez-vous me parler de ce que vous appelez la « décisiologie »?

La décisiologie est une méthode de coaching que j’ai créée pour aider les clients qui font face à certaines décisions difficiles ou sont affectés par une difficulté plus générale dans la prise de décision. Le but de la décisiologie est de leur donner les outils nécessaires pour devenir plus confiants dans leurs propres décisions. C’est aussi de comprendre d’où vient leur indécision. Le plus souvent, en guérissant l’indécision, vous finissez par vous attaquer à d’autres formes d’anxiété ou à des sentiments d’insuffisance. C’est parce qu’à la source de notre prise de décision, il y a toujours des choix que nous faisons sur nous-mêmes, sur qui nous sommes et qui nous voulons être dans le monde.

Pourquoi êtes-vous si intéressé par l’art de la prise de décision qu’il est l’un des points centraux de votre carrière ?

Vous serez peut-être surprise d’entendre que ce qui m’a intéressé en premier lieu c’était ma propre lutte contre l’indécision. Pendant des années, j’ai essayé de gagner en confiance et en compétences pour devenir plus décisif. Malheureusement, aucun des livres que j’avais lus sur le sujet ne m’a aidé à trouver une solution. Ils ont tous proposé leurs propres «formules magiques», mais leur magie n’avait jamais fonctionné pour moi. C’est là que j’ai réalisé que ce dont j’avais besoin n’était pas une formule, mais une série de questions. Et j’avais besoin de trouver mes propres réponses pour me guider vers un lieu plus clair. Ensuite, j’ai compris que si cette méthode avait si bien fonctionné pour moi, elle pourrait aussi aider d’autres personnes!

Vous affirmez que l’être humain moyen prend 35 000 décisions par jour. C’est énorme!

Les statistiques dépendent vraiment de ce que vous appelez une «décision». Les recherches nous montrent que nous avons 70 000 pensées par jour.  Mais bien sûr, toutes ces pensées n’impliquent pas une décision. Pourtant, ce qui est clair, c’est qu’à partir du moment où nous nous réveillons et décidons soit de « snoozer » le réveil-matin ou soit de sortir du lit, notre journée se compose d’une série de décisions extrêmement fréquentes. Bien sûr, ils ne sont pas tous aussi importants les uns que les autres. Une recherche de l’Université Cornell a conclu que nous prenons 226,7 décisions chaque jour uniquement sur la nourriture! Et comme on nous donne plus de responsabilités, le nombre de choix que nous faisons augmente également.

À votre avis, les gens ont-ils perdu la capacité de prendre de bonnes décisions? Si oui, depuis quand et pourquoi?

Eh bien, selon les résultats des élections présidentielles américaines de novembre, ma réponse pourrait changer radicalement! Pourtant, je suis optimiste. Et je crois que nous sommes nés avec le don de prendre de bonnes décisions. Cependant, de nombreux facteurs peuvent affecter leur qualité. Le stress est l’un de ces facteurs, et en ces temps de crise, bon nombre de nos décisions, y compris les plus importantes, seront affectées par cet environnement. C’est pourquoi il est essentiel, de temps en temps, de prendre du recul et de réfléchir à nos prises de décision. Cela n’est pas seulement vrai pour nos choix individuels, d’ailleurs. Par exemple, sur le lieu de travail (et dans la plupart des groupes sociaux aussi), il existe une «pensée de groupe». Cela signifie que la qualité d’une décision est affectée par l’influence écrasante qu’une personne exerce sur la décision du groupe.

L’art de prendre les bonnes décisions, de Joseph Bikart ( Éditions Québec Amérique)

Quelles sont les erreurs les plus fréquentes commises par les gens lorsqu’ils prennent une décision?

Il y a une longue liste ici! Mais je pense que l’erreur la plus courante que font les gens est de supposer qu’il y a une bonne et une mauvaise décision. Je pense que c’est rarement le cas. Dans la plupart des situations, nous devons décider dans la «zone grise», entre deux choix qui ne sont peut-être pas parfaits, mais l’un d’entre eux sera meilleur pour nous. La qualité d’une décision est toujours subjective. Il n’y a pas de vrai ou de faux absolu ici. Une autre erreur est de trouver refuge dans la procrastination. Beaucoup de gens pensent qu’en ne choisissant pas entre deux options, le choix reste une possibilité et que plus on reporte, plus on reste en charge. C’est exactement l’inverse. Lorsque nous tergiversons, nous abandonnons le pouvoir. Et en passant, la procrastination elle-même est un choix: la décision de ne pas décider.

Vous dites que choisir, c’est de faire le deuil de quelque chose. S’il vous plaît, expliquez.

Eh bien, si vous pensez à des décisions difficiles que vous eu à prendre, par exemple au sujet d’un travail ou d’une relation, la raison pour laquelle ces décisions sont difficiles est que, quel que soit le choix que nous faisons, nous abandonnerons l’autre option. C’est littéralement comme si cette option nous était morte. Par conséquent, nous pleurons sa perte. Et d’une certaine manière, pleurer correctement la perte d’une option est sain. Ce qui n’est pas sain, c’est de le maintenir en vie. C’est ce que nous faisons lorsque nous continuons à y penser, lorsque nous contemplons encore le «Et si» et ressentons des remords ou des regrets sans fin. Fait intéressant, le mot regret vient d’un mot latin signifiant «pleurer deux fois». C’est ce qui arrive lorsque nous refusons d’accepter nos choix et de simplement passer à autre chose.

Qu’est-ce qu’une bonne décision?

C’est une question complexe. Par exemple, pour la grande majorité des gens, acheter un billet de loterie est une mauvaise décision, car ils ne récupéreront pas leur argent. Mais pour l’heureux gagnant, cela peut sembler être la meilleure décision de sa vie. Le problème avec cette approche est que la qualité d’une décision est déterminée par son résultat. Et dans la plupart des situations, nous ne contrôlons pas nos propres résultats. Je pense donc qu’il doit y avoir une meilleure réponse à votre question. Pour moi, une bonne décision est celle qui me donne un sentiment de plus grande joie après l’avoir prise. C’est aussi une décision qui me fait sentir que celle-ci reflète davantage qui je suis, ce à quoi j’aspire vraiment. Souvent, nos décisions sont brouillées par les attentes des autres à notre égard et par la peur d’être jugé (surtout si les choses ne se passent pas bien). La peur n’est jamais un bon guide dans la prise de décision. Je préfère choisir la joie!

En ces temps de pandémie et d’incertitude, est-ce le moment de prendre de grandes décisions ou vaut-il mieux attendre que la tempête passe?

Comme vous le savez, je vis à Londres et la pandémie a poussé de nombreuses personnes à vendre leur maison en ville pour s’installer à la campagne. Pour ma part, je pense que c’est une réaction excessive à la situation actuelle. Ont-ils vraiment réfléchi aux implications à long terme? Que se passe-t-il lorsque la situation reviendra à la normale (très bientôt, espérons-le!) Et que tous ces nouveaux paysans doivent endurer le long trajet deux fois par jour pour se rendre au travail?J’utilise cet exemple, car il en va de même pour toutes nos décisions en période de stress: est-ce que je décide cela parce que la crise m’a fait réaliser quelles sont mes véritables aspirations? (auquel cas c’est une bonne chose). Ou suis-je tellement affecté par la panique autour de moi, que je suis amené à prendre des mesures audacieuses, qu’elles soient bonnes pour moi sur le long terme?Bien sûr, il y a des décisions qui doivent être prises dans le «maintenant». C’est aussi vrai aujourd’hui que jamais. Mais même dans ce cas, nous devons tenir compte des effets à long terme de nos décisions immédiates. Sinon, nous nous faisons les otages du destin.

La première édition de votre livre est un best-seller. Pourquoi pensez-vous que tant de gens ont pris la décision d’acheter votre livre?

Le philosophe français Albert Camus a écrit un jour : «nous sommes la somme des décisions que nous prenons». Je trouve intéressant qu’on nous enseigne toutes sortes de compétences et de disciplines à l’école, des mathématiques à la géographie, en passant par la littérature. Or, la seule chose que personne ne nous apprend, c’est comment prendre de meilleures décisions. En conséquence, certains d’entre nous finissent par tergiverser, tandis que d’autres peuvent avoir besoin de la validation de nombreux amis ou collègues avant de prendre une décision. Je pense que, ce que les lecteurs de mon livre recherchent, c’est un moyen de devenir plus sûrs de leurs propres choix. Comme l’indique la citation de Camus, avoir une vie meilleure implique de prendre de meilleures décisions. Je pense donc que ce livre comble probablement une lacune dans la vie des gens, en particulier en ces temps difficiles où ils peuvent avoir des difficultés avec des choix de vie importants. Tout ce que j’espère, c’est qu’ils sentiront que l’achat du livre a été l’une de leurs meilleures décisions!

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