Oser faire… mon mea culpa

02 Sep 2016 par Louis Morissette
Catégories : Culture

Je suis entouré de femmes. De femmes fortes qui s’assument et m’endurent. Mon épouse, ma sœur, ma mère, mon adjointe, la directrice générale et les productrices au bureau.

Ces présences féminines importantes ont développé chez moi un réflexe: je ne me pose jamais de questions sur l’égalité des sexes. Pire, je n’ai jamais compris le débat sur le féminisme dans la société québécoise. Je ne vous parle pas du Moyen-Orient ou de l’Afrique, je parle de mon quotidien. Mes années à l’université, où j’étais entouré de filles plus travaillantes et structurées que la majorité des gars, m’ont même amené jusqu’à cette réflexion: «Les femmes, cessez de vous indigner, vous avez gagné le combat. L’homme, comme un lion satisfait, est assis sur son steak et regarde passer la parade. Dans quelques années, nous en serons à nous questionner sur la présence des hommes dans les postes de pouvoir parce que la femme, battante, aura gagné la bataille de fond.»

Ça, c’était jusqu’à ce que je commence à travailler sur la télésérie Les Simone et que je débatte pendant des heures avec Kim Lévesque-Lizotte (voir son portrait, p. 39), une autre femme de tête qui secoue mes perceptions et m’empêche de vivre ma vie calmement, comme un homme blanc pri­vilégié directement sorti de Mad Men. Aujourd’hui, je fais donc mon mea culpa. J’avais tort. Oui, les inégalités hommes-femmes existent toujours. Elles sont juste plus sournoises, plus insidieuses, voire hypocrites. Certes, je ne peux faire le tour du sujet et apporter toutes les nuances possibles dans un billet d’une seule page, mais laissez-moi quand même exposer un aspect de ma réflexion.

Est-ce que les femmes sont moins ambitieuses ou carriéristes que les hommes? Pas sûr de ça, moi. Pour certains, l’instinct maternel fait en sorte qu’elles préfèrent rester à la maison avec les enfants plutôt que d’être présidentes d’entreprises! J’ai maintenant de gros doutes là-dessus. Évidemment, certaines femmes décident de consacrer leurs énergies à la famille. C’est parfait. Mais de nombreuses autres pourraient relever des défis professionnels importants si notre éducation et une conception sociale bien ancrée dans nos mœurs ne nourrissaient pas leur culpabilité. Résumé de ma pensée: la vie familiale est bâtie pour que les femmes «feelent» cheap.

Imaginez-vous un homme – Louis, 43 ans – oublier son enfant au service de garde parce qu’il a été retenu dans une réunion. Louis se sent mal, mais arrive à l’école, s’excuse, et reçoit le regard de l’éducatrice, qu’on peut traduire par «Faites attention à l’heure monsieur, mais je ne vous en veux pas, car vous avez tellement l’air d’un père aimant.  Et après tout, vous semblez avoir beaucoup couru pour être ici avant la nuit.» Maintenant, imaginez une femme – Véronique, 41 ans –, arriver en retard au service de garde. Le doux regard de reproche empathique réservé à l’homme deviendra un regard de feu qui ne fait place qu’à une seule interprétation: «Mère indigne et égocentrique aux valeurs à la mauvaise place.» Parce que c’est comme ça. L’homme pourvoyeur a un filet de sécurité moral. Comme si sa seule présence dans l’équilibre familial était un bonus. La femme, elle, demeure la colonne vertébrale. Et si la colonne plie, tout devient croche. C’est, à mon sens, hautement injuste et ça éloigne les femmes de postes importants dans le monde des affaires, des communications et de la politique, nous privant ainsi de leur apport vital. Au mieux, elles s’y consacreront quand les enfants seront grands.

Pourquoi pensez-vous que de nombreux artistes, souvent des femmes, vous montrent  leurs enfants? Il y a plusieurs raisons moches, comme le besoin crasse d’attirer la sympathie du public et de vendre des bébelles, mais il y a une autre explication: une artiste mère qui ne parle que de sa carrière se fera IMMANQUABLEMENT rétorquer: «J’espère qu’il te reste du temps pour tes enfants!». Un jugement gratuit qui sous-entend que l’artiste supplante la mère et que le père ne fait rien auprès de ses enfants. Ironiquement, ce genre de commentaires ne vient jamais d’un Marcel ou d’un Gaétan. Ça provient des doigts d’une Francine ou d’une Solange. Signe que la culpabilité féminine se transmet de géné­ration en génération et que l’ennemi des féministes ne traîne pas systématiquement des testicules dans son pantalon. Et la liste d’exemples où l’égalité entre les hommes et les femmes en prend pour son rhume pourrait malheureusement être bien longue…

Merci à toutes les femmes qui bonifient ma vie.

Photo: Andréanne Gauthier
Maquillage: Bruno Rhéaume
Coiffure: Manon Côté

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Ce billet est paru dans le Magazine VÉRO Automne 2016.

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Catégories : Culture
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  1. Johanne Masson dit :

    J’aime ton franc-parler! Un chat est un chat! Et voilà!

    Merci pour toutes les femmes!

    Bonne journée!

  2. Micheline Dorval dit :

    Je te trouve super tu est d’un réalité vraiment tu c’est surprenant je suis a peu près tout se que tu fait et je te trouve très brillants, même les billet son super merci et bravo
    micheline dorval

  3. Sylvie Désilets dit :

    Bonsoir Louis, je vous simplement vous dire que j’adore lire vos billets. Ils sont intelligents, teints d’humour et surtout réalistes.

    J’adore vous lire, c’est un incontournable dans le magazine Véro.

    Bonne continuité dans tous vos projets.

    Sylvie Désilets

  4. Nathalie dit :

    Bien voilà moi comme à toujours vu comme superman mère au travaille quart de travail 12 heures 77heures par semaine deux enfants des garçons qui bosse dans le domaine de la construction grand mère de 5 petits enfants mon chum qui ne veux faire à manger plus le ménage toujours en forme et voila que petit à petit je ressent des douleurs musculaires je continue. Je me dit j’arrive à 50 ans ces normal je continue le mère très forte selon mes garçons à mon emplois les patrons me disent tes la plus forte mes douleurs continue en évolution , et voila une journée tout tombe arrêt de travaille examen par desous examen jamais parlé de mes douleurs à mon médecin mes enfant mes amie voila tous ont tombé !! de bas la forte est tombé !!! Moi très active voila répit force j’avais ces douleur depuis une dizaine d année voila !!!!

  5. Julie dit :

    J’ai bâti mon entreprise et c’était mon bébé, le centre de ma vie. Après avoir mis au monde ma deuxième fille, j’ai pris la déchirante décision de vendre ma part à mon associé. À chaque fois que je suis là le soir avec elles, je sais que je suis au bon endroit. Je n’ai plus mon entreprise, mais j’ai du temps pour mes enfants et mes parents qui vieillissent très vite… J’ai encore tout ce qui m’appartient, mes compétences, mes idées, pour bâtir à nouveau mon entreprise quand le moment sera venu. D’ici là, je garde l’esprit ouvert aux nouveaux projets et c’est ma Vie que je gère comme une PME.
    Une Maman, Femme, Entrepreneure.

  6. Monique dit :

    Il faut être un homme authentique pour écrire comme ça!

  7. Jennifer Smith dit :

    Félicitations pour ton ouverture, pour ta prise de conscience et pour avoir les mots justes pour parler de la culpabilisation des femmes et du regard que les femmes se portent entre elles de par leur socialisation inconsciente. Merci d’avoir nommé publiquement la situation!

  8. Dauphine dit :

    Qu importe ce que l on fait ou dit il y aura toujours des jugements Félicitation !!!

  9. SergeBouchard dit :

    Merci Louis pour la vérité de ton article. Comme dirait Patrick Cowley , Right on Target !

  10. Danielle Veilleux dit :

    Merci Louis ! Tu as tout compris !

  11. Émond, Michelle dit :

    Merci Louis! Les points que vous soulevez sont vraiment très importants. Mais je me demande s’il n’y a pas d’autres facteurs dont il faudrait tenir compte. Il n’y a pas que le regard des autres qui éloignent les femmes des postes de dirigeant. Par exemple, le fait que peu de femmes, comparativement au nombre d’hommes, arrivent au sommet (encore aujourd’hui), ne serait-il pas dû aussi au fait qu’elles doivent se tailler cette place en adoptant un modèle de gestion qu’elles considèrent désuet, obsolète et contre-performant? Si je pars de moi, je peux vous assurer que c’est le cas! On m’a demandé à quelques reprises si je désirais faire partie de la relève des cadres de mon organisation, mais j’ai toujours refusé. Non pas parce que ça me faisait peur (j’adore les défis), ni que je m’en croyais incapable (tout s’apprend), mais bien parce que je ne me voyais pas diriger dans les conditions qui m’auraient été imposées et auxquelles je ne crois pas. Je ne m’y reconnaissais tout simplement pas… Je sais que dans ce contexte, ma voix n’aurait pas eu droit au chapitre et que je me serais épuisée à essayer de changer les mentalités ou les façons de faire. Ce qui, évidemment, aurait été contreproductif. La rebelle en moi n’aurait pas su accepter de se plier aux règles du jeu telles qu’elles se jouent et j’aurais perdu une précieuse énergie à tenter de les modifier. Je mets donc mon expertise et mon expérience à profit dans d’autres postes, moins « prestigieux » peut-être, mais combien plus satisfaisants parce que plus près des valeurs qui me rejoignent. Autrement dit, je choisis mes batailles et fais ainsi en sorte de donner le meilleur de moi-même. En étant plus près de la base, du terrain comme on dit, je peux faire en sorte d’y trouver mon compte tout en tentant de faire bouger les choses du point de vue des mentalités et des jugements de valeur.

  12. diane leger dit :

    très bon texte , une chose importante , la nature biologique de la femme la mène à la conservation de la vie et la nature biologique de l’homme le mène au désir de se reproduire . désolé mais c’est comme ça , si toutes les femmes et les hommes comprenaient leurs vraies natures , ils pourraient avoir accès à tous les postes de l’ échelle sociale qui sont disponibles, n’ en déplaise à qui que ce soit , si un père décide de rester à la maison ou une femme décide de gravir tous les échelons , c’ est correct à condition que les enfants soient compris dans le deal.

  13. Alexandre Guilmette dit :

    Je savais qu’il n’était pas seulement qu’un p’tit baveux.

    Un gars beau, sexy, intelligent et féministe !

  14. Jacques dit :

    Je cite Louis, qui résume aussi très bien ma pensée: «Merci à toutes les femmes qui bonifient ma vie.»

  15. Vincent Lachance dit :

    « une artiste mère qui ne parle que de sa carrière se fera IMMANQUABLEMENT rétorquer: «J’espère qu’il te reste du temps pour tes enfants!». » Commentaire culpabilisant d’une femme jalouse de la carrière de l’autre !

  16. alain leclerc dit :

    Une réflexion lucide et honnête. Les rôles des hommes et des femmes, bien qu’officiellement changés restent figés dans des siècles de réflexes conditionnés.

    De l’autre coté de la médaille, il y a aussi, comme moi, des pères hyper-présent qui gênent. Des profs(femmes et hommes) qui me demande de transmettre des message a la maman au lieu de m’expliquer directement, des commentaires comme :  »Merci d’aider votre épouse avec les enfants… » …… , Les regards désapprobateurs des autres mères dans les rencontres scolaires (qu’est-ce qu’il fait ici lui?) , Sans oublier les sous-entendus : il aime trop les enfants sous-entendu Surement un pédo !

    Et les hommes autour :Il s’occupe de leurs enfants sauf… sauf pour la bouffe, les vêtements, les pipis la nuit, etc… parce que c’est encore le rôle des femmes ou des hommes.. faibles.. Entendu : Moi c’est ma femme qui fait mes lunchs, ma bouffe, mon lavage .. C’est dans ses gênes…

    On est pas encore sortie du bois et de la cabane en bois ronds..

  17. Lynda Dugas dit :

    Wow! Bravo Louis,

    Tout est une question d’équilibre. Et c’est vrai que souvent la femme s’oublie pour ses enfants et se sent souvent partagée entre le travail et sa famille.

    Mais si le conjoint comprends ce besoin qu’elle a de s’accomplir et qu’il l’aide dans le parcours de son but, les deux y gagnent. Vous avez trouver l’équilibre travail-famille.

    Je vous dis Bravo à Véronique et toi car vous avez mit vos valeurs à la bonne place pour le meilleur de votre famille. Merci pour le partage.

  18. Michel Danis dit :

    Bravo mister Louis … En plein dedans ….

  19. Annie Martineau dit :

    Merci pour cet excellent texte!!! En tant que femme entrepreneure et mère de famille, ça fait du bien de savoir qu’il existe des gens sensibles à ce genre de comportements et réactions tout à fait gratuit.

  20. Johanne Heppell dit :

    Bravo M. Morissette. Je dois dire qu’il y a longtemps que même en vous trouvant du talent, je vous avais rangé dans la catégorie des hommes qui ne saisiront jamais, même un peu, ce que signifie être née femme en ce monde, y compris ici dans notre beau Québec supposément si parfaitement égalitaire, quand ce n’est pas carrément matriarcal à en croire les propos de certains masculinistes obtus. Vous lire a été aussi étonnant que réjouissant.

  21. Dominique Bertrand dit :

    Si tous les hommes prenaient comme toi le temps de réfléchir à la question d’égalité des sexes, le monde serait bien différent. Chapeau!

  22. Danièle Lorain dit :

    Tres bon texte ! Kim Lizotte fait une bonne job! ?
    Salutations.

  23. Sylvie Boivin dit :

    Je lis rarement jusqu’au bout mais là, tu m’as eu ! J’ai été femme d’agriculteur pendant 38 ans et j’ai fait tous les travaux comme les hommes, les tracteurs, les 10 roues, les pelles mécaniques, la traite,, les réparations… En plus , en arrivant de voyage de noces, à la demande de mes beaux-frères (3), je les ai gardés 5 ans . A travers l’ouvrage agricole, la comptabilité que je faisais de nuit, les 28 stagiaires qu’on a eu et nos 2 enfants, j’ai donc eu 33 jeunes ados à la maison à gérer. De plus, l’entreprise et le garage ont brûlés en 95 et là, les vautours sont arrivés ( vendeurs ) Malgré tout ça, je suis une femme d’affaires redoutable et tu as parfaitement raison en disant que c’est subtil, Parce que je suis une femme d’affaires, je suis à l’argent ! Mais si j’étais un homme, je serais important, un businessman.

    Il faut passer par dessus et aller de l’avant mais ça fait plaisir de savoir que des hommes comme toi, que je considère équilibré et intelligent parle de la différence comme ça.

    Chapeau mon cher !

  24. Pier-Alexandre Auger-Matteau dit :

    Je suis tout à fait d’accord avec M. Morissette! Les femmes subissent de la pression. Par contre, en tant qu’homme féministe, je me pose aussi parfois la question «Pourquoi les taux de suicide et de décrochage scolaire sont plus élevés chez les hommes?». Peut-être que le systême n’est pas si adapté aux hommes qu’on le pense. Peut-être est-ce un systême qui n’est pas adapté tout court. C’est simplement à titre philosophique que je lance cette réflexion. Bonne journée!

  25. Marie-Rose Wery dit :

    Génial Louis. Très beau texte. C’est rare que je les lis jusqu’à la fin. Merci!
    Marie-Rose

  26. Josée dit :

    Merci Louis de ce billet, car les inégalités et les jugements viennent des FEMMES, elles-mêmes!
    Je n’ai pas pu avoir d’enfants et j’en désirais tellement et se fus tellement difficile pour moi de faire mon deuil.
    Toutes ces années que j’ai entendu des gens me dire quand tu vas en faire, égoïste que tu es de penser qu’à toi…etc. Tout ses dires m’ont blessé sur une longue période car ces femmes me jugeaient durement et si elles avaient su! Aujourd’hui je dis haut et fort je ne pouvais pas en avoir la nature en a décidé autrement! Puis encore une fois certaines femmes me jugent, car pour une femme ne pas avoir d’enfants, c’est comme si nous avions échoué! J’ai fait mon bout de chemin et maintenant je ne considère plus comme un échec le fait de ne pas avoir d’enfants. Car j’ai des amis que je gâte en prenant soin des leurs.

    Merci encore…

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