Mélissa Bédard: que de chemin parcouru!

28 Jan 2020 par Manon Chevalier
Catégories : Culture / Véro-Article
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Avec sa voix puissante, son cœur immense et sa folle spontanéité, Mélissa Bédard n’a pas fini de nous éblouir. Rencontre franchement débridée avec celle pour qui l’année 2020 s’annonce déterminante.

Il y a trois choses qu’on apprend très rapidement sur Mélissa, dès qu’on passe un moment avec elle. De un, c’est une fille de gang, qui adore voir les gens heureux. De deux, c’est une conteuse totalement décomplexée. Et de trois, elle tient à avoir le contrôle, surtout lors d’événements importants. Prenez l’accouchement de sa petite dernière, Serena, en avril dernier. On lui avait permis d’avoir une seule personne à ses côtés. Eh bien, elle a décidé qu’il y en aurait… 15! «Toute la famille et les amis étaient là! Quand la petite est née, ça chantait, ça criait, ça applaudissait! C’était la fête! Accueillir un enfant [comme ça], je trouve ça beau!», lance-t-elle, euphorique, dans le café de quartier où elle vient à peine de poser pour le magazine.

       «C’est pareil pour mes funérailles, me confie-t-elle plus tard. Tout est prévu. De la toune Goodbye des Spice Girls jusqu’aux personnes qui vont porter mon cercueil. Moi, j’ai peur de mourir. Ça fait que je travaille tous les jours de ma vie pour laisser une petite marque. Je filme toute pis rien. Je prends des images de mes trois filles, Laylia, Elena et Serena…» Touchée par sa candeur, je reviens sur sa terreur face à la mort: qu’est-ce que ça cache, au fond? «Je te dirais qu’au-delà de mourir, ma peur, c’est d’être oubliée.» Décidément, il n’y a qu’elle pour exprimer sa vérité d’abord de façon flyée, pour ensuite nous toucher en plein cœur. Mais est-ce si étonnant, quand on connaît son parcours hors du commun?

           Née en Haïti, Mélissa arrive au Québec à 11 mois, après avoir été adoptée, avec son frère jumeau, par une famille aimante. Coulant une enfance douce jusqu’à ses 10 ans, elle perd subitement sa mère adoptive dans un accident de voiture, ce qui lui laisse un grand vide. Tombée enceinte à 18 ans à peine, elle devient mère de famille monoparentale, peinant du même coup à joindre les deux bouts.

           Grâce au soutien de son père, la jeune femme habitée par la musique tente sa chance à Star Académie, en 2012. Résultat? Elle conquiert instantanément le grand public par son talent et sa fraîcheur. Dans la foulée, l’ex-académicienne multiplie les apparitions dans des shows collectifs, une revue musicale, un spectacle solo, voire un gala humoristique, tout en livrant sa voix vibrante sur trois albums.

           En octobre dernier, Mélissa nous offrait Fleur de verre, un quatrième opus plus réjouissant et personnel que jamais. Elle s’y livre corps, cœur et âme à travers une succession de chansons pop, aux accents parfois soul ou électros, signées notamment par des complices féminines, telles Caracol, Eli Rose et Andrée-Anne Leclerc. Quant à sa voix, à la fois puissante et caressante, elle touche à l’essentiel, résistant à l’étalage de prouesses vocales, pour mieux s’élever, immense, quand il le faut. «Mon album résume tout ce que j’ai vécu jusqu’à maintenant. Je n’ai pas un cheminement comme les autres. Mais je crois que malgré tous les chemins difficiles qu’on a à traverser, on a le choix de prendre les choses positivement ou négativement. Moi, je suis du genre à voir du positif en tout!» Mais attention, prévient-elle en haussant la voix: «Je suis in-ten-se. J’ai des grands hauts, des grands bas. Quand je suis malheureuse, je crie, je braille, et je fais tout ce que j’ai à faire sur le coup, avant d’aller mieux. Avec le temps, j’ai appris à apprécier le moment présent et la route qui m’y a menée.»      On en vient à parler d’une de ses nouvelles pièces, Les chemins glacés, sorte d’hymne à la gratitude, dont elle entonne le début: «J’étais tombée à l’envers / Presque noyée dans l’hiver / Tu m’as sauvée / Prisonnière des chemins glacés / Sans lumière.»

           Mélissa BédardCroyez-moi, de l’entendre ainsi pousser la note, ça donne des frissons. Et dire que, de son preuve aveu, elle chantait «comme une casserole. Quand j’étais petite, mon père me [suppliait] d’arrêter de crier. Mais moi, je chantais tout le temps. C’est ma tante qui disait: “Elle va faire une chanteuse!” Ça me touchait, [car] elle voyait mon talent. J’ose croire qu’elle a [pressenti] ma destinée…», évoque celle qui attribue aussi son amour de la musique à ses origines: «En Haïti, tout le monde chante et danse. Quand j’y suis retournée, j’ai compris pourquoi j’aimais tant la musique. Je suis d’ici, mais je porte une partie d’Haïti en moi.»

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Trouver sa voix

À 29 ans, l’artiste vit toujours près de sa famille, dans le quartier de Saint-Émile, au nord de la ville de Québec: «Ça fait que je ne m’enfle pas la tête.» Ce qui ne l’a pas empêchée, il y a environ deux ans, de tout remettre en question. «Ça fait huit ans que je rushe, et là, ça marche enfin! C’est mon année. On m’a toujours dit que ça prenait 10 ans pour bâtir une carrière. Eille, 10 ans! Je me suis demandé si je devais rester ou changer de voie. J’ai failli tout abandonner…»

           Elle se tait un bref instant, prend une gorgée d’eau. «Ce qui m’a poussée à persévérer, ce sont les gens et le fait qu’ils me reconnaissent. Qu’ils me disent à quel point une de mes chansons leur a fait du bien.» Elle poursuit sur sa lancée: «Quand j’ai gagné le concours de chant à mon école secondaire, j’ai vu les directeurs qui me trouvaient tannante se lever pour m’applaudir. J’ai compris que je pouvais aller chercher de l’attention autrement que par le négatif. Moi, je me vois pas ne pas chanter. Je sais rien faire d’autre.»

Mélissa Bédard           Ça, c’était jusqu’à ce que le destin lui permette de découvrir ses talents de comédienne. «Je ne l’aurais jamais cru! Je n’ai aucune formation! C’est comme pour la musique, je joue toutte à l’oreille», s’exclame l’alter ego de Fabiola, l’exubérante employée de casse-croûte dans M’entends-tu?, la série dramatique diffusée à Télé-Québec depuis l’hiver dernier. Il faut la voir former, avec un naturel renversant, un trio d’antihéroïnes trash et attachantes avec Florence Longpré, également l’une des auteurs de la série, et Ève Landry. «Quand on m’a proposé le rôle, j’ai dit oui d’emblée, puis j’ai reculé. Mais quand j’ai lu le texte, j’ai aimé ça qu’on montre un milieu de vie et une pauvreté qu’on ne veut pas voir. Pis je me reconnaissais tellement dans Fabiola! C’était comme me jouer, moi!»

           Résultat: ses brillants débuts en fiction lui ont valu de remporter la Zapette d’or de l’émission C’est juste de la TV (ICI ARTV), dans la catégorie «Espoir de l’année», au printemps dernier. Et ça ne fait que commencer, puisque la nouvelle comédienne a reçu d’autres propositions de jeu.

           D’ici à ce qu’un nouveau rôle se concrétise, on peut la retrouver là où on ne l’attendait pas, soit à LaClef.tv, une plateforme numérique lancée par Télé-Québec, qui aide les parents à accompagner leurs enfants dans l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et de la mathématique. D’accord, ça fait un peu didactique exprimé comme ça, mais Mélissa y propose des trucs d’économie familiale fort sympas et futés. «J’ai accepté de tourner ces capsules vidéos pour prouver que c’est pas parce que t’es une vedette que ça va bien à chaque fin de mois, loin de là! Moi, des trucs pour économiser, j’en ai!», clame-t-elle en rappelant que la société est bien plus solidaire que le laissent croire les médias. «Il y a toujours une main tendue quand t’en as besoin…»

Comme un livre ouvert

Après, ne me demandez pas comment nous sommes passées des banques alimentaires à sa première nuit d’amour avec Karl Fortier, son époux et papa de sa troisième fille! Toujours est-il qu’elle l’a rencontré au mariage d’une amie. Elle chantait à la cérémonie, lui était garçon d’honneur. «Dès que je l’ai vu entrer avec un enfant sur les épaules, j’ai craqué. J’ai su que c’était un gars de famille. Pis moi, j’arrêtais pas de le dire, je cherchais mon père. Et je l’ai trouvé: ils se ressemblent vraiment beaucoup. Karl me laisse vivre ma vie. Il m’aide à penser aussi à moi. Il est merveilleux. C’est lui qui s’occupe des six enfants [ndlr: il a trois garçons d’une union précédente]. Rien n’est jamais complètement rose, mais on se complète bien.» Bref, tout s’est passé très vite entre eux. «On a tout de suite passé la nuit ensemble à l’hôtel, pis on ne s’est jamais quittés.»

           Sauf que, et c’est là où ça devient tordant, la belle Mélissa lui a posé des conditions pour aller dormir chez lui, la première fois. «Il a travaillé fort pour m’avoir! J’avais lu Cinquante nuances de Grey, pis ça m’a donné des idées, lâche-t-elle dans un fou rire contagieux. Avant lui, j’ai eu des relations compliquées. J’étais tannée que ce soit toujours moi qui donne. Faque je lui ai dit: “Si tu veux que j’aille chez vous, il va me falloir plein de chandelles, une bouteille de vin, pis un gratteux!” C’était ma demande. Et j’ai toutte eu! On a même failli mettre le feu à sa maison à cause d’une des chandelles! Oh my God! Essaye d’éteindre ça, toi, à moitié tout nus!» raconte-elle, pliée en deux.

           Divertissante, vous dites? Elle l’est tout autant lorsqu’elle parle de ses petites manies domestiques. Par exemple, elle lave religieusement son plancher trois fois par jour, après chaque repas en famille, avec du Hertel Fresh qu’elle trouve seulement au Dollarama; elle a une sainte horreur des draps qui boulochent et elle est incapable de manger si sa cuisine est en désordre… Une vraie Vierge, à la fois folle et sage! Ce à quoi elle acquiesce. Car sous ses dehors flamboyants se cache une nature perfectionniste, terriblement anxieuse.  «Je me demande tout le temps si je vais être à la hauteur. Je fais des crises de panique toutes les semaines. Je consulte un psy…»

           Si elle en parle aussi ouvertement, c’est pour inspirer tant d’autres gens comme elle. «Ce n’est pas pour me plaindre, non! Mais je m’en sers pour dire [qu’un trouble anxieux] ou une dépression, ça peut arriver à tout le monde. Et qu’on a le droit de vivre ça, qu’on soit connu ou pas. Si je ne le faisais pas, j’aurais l’impression de me mentir à moi-même…» Une façon pour elle aussi de montrer à ses filles qu’elle sait faire face à ses peurs, qu’elle a droit à l’erreur et qu’elle fuit «la bullshit. Quand je la [flaire] chez les autres, je déteste ça. C’est pas une bonne affaire à montrer aux jeunes…», dit celle qui se réclame d’être un livre ouvert. Jusqu’à la dernière page? «J’ai tellement tout dit de ma vie que je vais bientôt manquer de matériel! Mais non… j’en ai même pas raconté la moitié!» lâche-t-elle, espiègle.

           Avant de la voir filer à l’enregistrement d’un show de télé, je brûle de savoir ce qu’il lui reste à apprendre. Ce qui la laisse soudainement à court de mots. «Euh… je sais pas. Toutte, je pense. On n’arrête jamais d’apprendre.» Oui, mais encore? Si elle n’avait aucune limite, elle ferait quoi? «Ah, j’essaierais de percer en France, pour voir si quelque chose de plus grand pourrait s’ouvrir, dit-elle, l’œil pétillant. Mais… j’ai peur de l’avion! C’est comme pour les États-Unis: je voudrais bien, mais je parle pas anglais.»

           Qu’à cela ne tienne! Connaissant la splendide battante en elle, je ne serais pas surprise de lire un jour qu’elle fait salle comble au Zénith ou au Madison Square Garden. Après tout, comme elle le chante si bien: «La vie n’est pas comme on se l’imagine / Il arrive que les rêves se réalisent…»

SES ACTUS

En plus de poursuivre la tournée québécoise du spectacle Le Rétroshow durant les prochains mois, Mélissa est de retour dans la série télé M’entends-tu (Télé-Québec) et collabore au talk-show La semaine des 4 Julie (V).

Photos: Marjorie Guindon 



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  1. Denise Decarie dit :

    Bonjour ma belle Mélissa je demeure a Lachine j’ai 79 ans et je suis ta carrière depuis Star Académie et je suis très contente que tu t’en va pour une très belle carrière .et en plus tu a un beau Marie et une très belle famille.
    Continue comme ça et un jour ont va te voir comme une grande vedette
    Bonne Chance,🌷🌷🌷🌷

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