Monic Néron: en quête de lumière

30 Mar 2021 par Manon Chevalier
Catégories : Culture / MSN / Oser être soi
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Elle conquiert le petit et le grand écran avec un irrésistible allant pour mieux changer le monde.

Le goût des autres, la soif de justice et le besoin d’être utile ont façonné Monic Néron, une battante brillante dont on sait trop peu de choses. Au moment où elle entre plus que jamais auparavant dans la lumière, notre journaliste l’a rencontrée pour mieux percer son mystère.

La seule fois où Monic Néron a détourné les yeux devant l’horreur, c’était en 2014, au procès de Luka Rocco Magnotta, surnommé «le dépeceur de Montréal». Entourée d’une foule de curieux, elle a regardé le début de la vidéo que l’assassin avait lui-même tournée, jusqu’au moment où elle a senti le malaise l’envahir. «C’était d’une violence insoutenable», raconte-t-elle sobrement, comme elle l’a toujours fait dans chacun de ses reportages à la radio. «J’ai toujours voulu aller dans l’émotion, sans jamais pour autant tomber dans le sensationnalisme», précise celle qui a couvert la scène judiciaire pendant six ans, de 2013 à 2019, à Puisqu’il faut se lever, l’émission matinale animée par Paul Arcand, à 98,5 FM.

Et dire qu’elle n’avait jamais mis les pieds dans un palais de justice avant de faire son premier topo au micro! Débutant alors dans les médias, elle a 27 ans à peine quand on lui propose de succéder à l’inénarrable Claude Poirier. Audacieuse, elle répond aussitôt «10-4», sans se douter qu’à son premier matin au tribunal, elle se demandera: «Mais qu’est-ce que je fais là?» N’empêche qu’elle déploie d’emblée, en rapportant la parole des victimes, une rigueur et un respect qui ne passent pas inaperçus.

Très vite, Paul Arcand – «un monument de l’information», comme elle se plaît à le dire – lui apprend les ficelles du métier, «parfois à la dure», et devient son mentor. «Il a décelé en moi quelque chose que je ne me connaissais pas. Je n’avais jamais songé à devenir chroniqueuse judiciaire, mais j’y ai vu l’occasion extraordinaire de jeter un pont entre le système de justice et le grand public. Je carbure à l’empathie, c’est inné en moi!» Puis elle ajoute, espiègle: «Et c’est vrai que j’aime bien me jeter dans le vide!»

Éloquente, Monic engage très facilement la conversation, qu’elle poursuivra une fois le magnéto éteint. Plus je l’écoute et la regarde, alors qu’on discute à la grande table en bois de sa salle à manger, plus je me dis qu’elle compose un singulier cocktail d’aplomb, d’exigence et de compassion. Un cocktail où la tête et le cœur, loin de rivaliser, s’allient formidablement.

Certains diront qu’elle a eu de la chance. La journaliste ne le nie pas. Mais ils n’ont qu’à moitié raison. «Toute jeune, j’ai appris à quel point il est important de saisir les occasions qui se présentent, d’en faire quelque chose. Peu importe qu’elles correspondent exactement à nos aspirations. Dans chaque expérience qu’on tente, on tire quelque chose qui nous fait avancer sur le plan humain. C’est ce qu’il appartient à tout un chacun de faire. Et c’est ce que je pense avoir fait.»

Des preuves? À 14 ans, frondeuse comme tout, elle part au Yukon apprendre l’anglais. Trois ans plus tard, elle quitte sa famille aimante et les splendeurs de La Malbaie pour étudier en théâtre et communications, à Montréal, où elle atterrit dans un petit un et demie. «Je n’avais pas d’amis, pas de famille, pas de connaissances. J’étais laissée à moi- même. Mais je savais ce que je voulais, alors, j’ai foncé!»

Depuis, cette journaliste d’exception, maintes fois primée, n’a cessé de donner de puissants coups d’accélérateur à son destin et à celui des autres. On n’a qu’à penser aux confessions des 10 femmes victimes d’agression sexuelle à la source de l’affaire Gilbert Rozon, qu’elle et Émilie Perreault, sa complice de toujours, ont révélées au grand jour, en 2017. Citons aussi La parfaite victime, un film documentaire réalisé par les deux journalistes, dans la foulée du mouvement #moiaussi, afin de faire bouger les choses et sur lequel on reviendra plus loin. Mentionnons enfin Le dernier soir, la poignante enquête télévisée portant sur le meurtre non résolu des adolescents Diane Léry et Mario Corbeil en 1975, qu’elle a signée en 2019. Tournée avec son conjoint, le réalisateur Frédéric Nassif, alors qu’elle était enceinte, la télésérie a permis de rouvrir cette affaire et de refermer certaines blessures. «Même si on n’a pas pu mettre un point final à l’histoire, notre enquête a permis aux familles de repartir avec une réponse à leurs questions. C’est mon cadeau.» Cela dit, Monic garde espoir: «Plusieurs personnes ont été interrogées à la suite de la série. Et si jamais il y a matière à un épisode supplémentaire, on en tournera un, c’est sûr.»

De l’ombre à la lumière

À 35 ans, la maman de Tom, un petit bonhomme «incroyablement expressif» de presque deux ans, assume de plus en plus tout ce qu’elle est. Et depuis qu’elle a raccroché son micro matinal à la radio et fait une brillante incursion à la télé, quelque chose de profond s’est transformé en elle. Aujourd’hui, tout son être vibre à l’idée de mettre l’expérience acquise en côtoyant les replis sombres de l’humanité au service de ses côtés plus lumineux. Oui, elle a toujours ce même besoin d’être utile, mais autrement. Car comme elle me l’avoue pudiquement, dans la chaleur inattendue de cet après-midi d’été indien, «côtoyer l’horreur au quotidien, ça use».

Émue, je lui demande: «On ne s’habitue donc jamais à la bestialité humaine?» «Jamais! répond-elle. Surtout que j’ai toujours travaillé sans carapace. Pendant des heures, j’ai écouté les gens qui me faisaient confiance raconter leurs drames. Je l’ai fait avec tout mon cœur. Mais à la longue, ça finit par être lourd à porter», confesse-t-elle, presque en s’excusant. «Comme journaliste, on n’est pas censée parler de ce qu’on ressent. Je ne voulais pas contaminer mes proches avec toutes ces histoires scabreuses. Ce n’est pas le genre de sujet que t’as envie d’aborder le vendredi soir, autour d’une bière, avec tes amis…»

Monic est donc «restée avec ça». Avec l’écho de propos obscènes. Avec des images macabres en tête. Avec le chaos des tueries de masse qui lui venaient comme ça, sans prévenir, en cuisinant des pâtes. «J’ai eu des flashs et des signes d’anxiété que j’ai associés par la suite à une surexposition à la violence. Depuis, j’ai fait ce qu’il fallait pour prendre soin de moi.» Est-ce que l’arrivée de son enfant y a été pour quelque chose? «Ma réflexion était amorcée bien avant ma grossesse. La naissance de Tom m’a confirmé combien j’avais besoin de beau et de doux. Il me ramène à l’essentiel: le prendre dans mes bras et respirer au même rythme que lui, ça n’a pas de prix! Aujourd’hui, je vais bien, très très bien! Je vis avec un homme au cœur d’or, un père formidable! Et pas mal moins bordélique que moi…» lance-t-elle, amusée.

Qu’on ne s’y trompe pas: Monic Néron a aussi son petit côté givré. Fan finie de poutine – elle a d’ailleurs soufflé ses 31 bougies sur un gâteau en forme de poutine, surmonté d’un micro! –, c’est une fille de party, qui aime autant taquiner le poisson avec ses amies, dévorer tout ce qui se fait à la télé et faire de la randonnée dans les bois en famille que d’imiter Céline Dion (!) quand ça lui chante.

Femmes au pouvoir

Depuis janvier, la nouvelle animatrice réussit l’exploit de succéder à trois hommes forts de la télé: Patrick Lagacé, Richard Martineau et Benoît Dutrizac. «Je n’avais pas du tout pensé à ça! se réjouit-elle. On est tellement rendues là! Vivement la présence des femmes dans des émissions au contenu plus costaud!»

Monic Néron et son alliée Émilie Perreault occupent ainsi, avec L’avenir nous appartient, la case horaire laissée par Les francs-tireurs après 23 ans à l’antenne. L’idée de ce magazine télé qui va à la rencontre de gens ayant trouvé une solution à un problème social est née à la soirée Mammouth 2018. «On venait de remporter un trophée pour avoir porté la parole de victimes d’agressions sexuelles. Émilie et moi, on était tellement galvanisées par l’énergie des jeunes que ça nous a donné l’élan pour créer un projet télé porteur d’espoir.»

Dans la même optique, Monic coanime et mène l’enquête dans la télésérie documentaire Deuxième chance, auprès de Marina Orsini. «C’est mon idole de jeunesse! Les filles de Caleb, c’est ma série préférée de tous les temps. La drive de son personnage, son aplomb et son côté fonceur m’ont sans doute inspirée plus que je le pense!»

Plus périlleux, l’autre pari de Monic et d’Émilie Perreault se jouera avec la présentation du film documentaire La parfaite victime. Le titre n’est pas innocent. «Il montre à quel point les victimes de violence sexuelle croient devoir être parfaites pour obtenir justice. Or, qui est parfaitement irréprochable?… Ben voilà!» hoche-t-elle de la tête pour illustrer les failles du système. Après trois ans de travail acharné, Monic espère que le film nous indignera assez pour qu’on passe enfin à l’action. «Le taux des agressions sexuelles ne baisse pas, contrairement à celui des autres agressions au Québec. On a besoin d’un méchant wake-up call», affirme-t-elle en me fixant de ses yeux de braise.

Le magnéto s’arrête. Monic s’apprête à aller chercher Tom à la garderie. Moulée dans un jean, un t-shirt, et pieds nus, elle se tient à la porte de son condo donnant sur un grand jardin. «J’aime ce qui m’arrive! Même si ça me permet de briller un peu plus, tout ce qui m’anime, c’est l’autre. Si je garde cette orientation, je ne perdrai jamais de vue qui je suis.» Ni cette élégance de cœur dont notre monde troublé a diablement besoin.

SES ACTUS

Monic Néron coanime Deuxième chance (ICI Radio-Canada Télé) et L’avenir nous appartient (Télé-Québec), en plus d’être chroniqueuse télé à Dans les médias (Télé-Québec). Son film documentaire La parfaite victime prendra l’affiche au printemps, si les restrictions sanitaires le permettent.

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Photos: Julie Artacho



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