On aura tout dit: Deux bras, deux jambes, sans Botox et sans Nantucket

22 Sep 2020 par Christine Pouliot
Catégories : Culture / Véro-Article
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"J’ai balayé du revers de la main bien des idées sur le Botox et autres techniques de rajeunissement, me disant que chacune avait le choix de passer ou pas sous les aiguilles, les bistouris, etc. Je le crois encore."

Il y a de ça bientôt quatre mois, je suis tombée en pleine face dans ma salle de bains.

L’élégance incarnée !

C’était un matin comme un autre. Je n’étais pas plus pressée ni plus stressée qu’à l’habitude, j’ai juste mal évalué la distance entre ma main et la serviette de bain. Je me suis avancée un peu trop loin la main tendue, et j’ai perdu l’équilibre.

Mes pieds sont partis dans les airs, mes jambes ont frappé le bord de la baignoire et mes bras et mes épaules ont tout encaissé. J’ai freiné la chute de mon mètre 74 sur la belle céramique grise. Je ne l’avais jamais vue d’aussi près !

Sur le coup, j’ai senti que mon épaule droite était déplacée, mais bizarrement, comme trop en avant. Avoir soudain son épaule dans son champ de vision, c’est une image digne d’un livre de Stephen King. Mais la douleur atroce m’empêchait de bien réfléchir, alors je n’ai pas compris tout de suite ce que ça signifiait.

Alors je l’ai vite remboîtée, dans un crac trop fort pour qu’il soit anodin. Sur le coup, j’ai eu moins mal. Ensuite, je me suis relevée en essayant de reprendre mon souffle. J’avais tous mes morceaux, c’est ce qui comptait. Pas de visage tuméfié, pas de nez ou de dents cassés. Je me suis habillée, ai nettoyé l’eau sur la céramique…

Je n’ai même pas appelé mon chum pour lui raconter tout ça. Il l’a su bien assez vite de toute façon, car la douleur n’a pas disparu par enchantement. Elle s’est plutôt amplifiée.

Après une visite à mon médecin et une autre à mon ostéo en or, j’ai entrepris une convalescence à coups de brasse dans ma piscine et de très mauvaises nuits. Je crois même que je me suis surpassée en danse du bacon, dans mon lit. Le mal se dissipe maintenant tranquillement, mais rien n’est encore réglé ni terminé. Des ligaments déchirés, ça prend bien du temps à guérir.

Alors je continue l’entraînement – c’est-à-dire à nager entre chien et crawl, sans aucune grâce, mais avec beaucoup, beaucoup d’efforts – et je cultive ma patience. Je m’estime encore très chanceuse de ne pas être plus abîmée.

Ce qui m’amène à autre chose.

J’ai toujours pensé que la cinquantaine était une question d’attitude, que le chiffre 50 ne signifiait pas de trop grands bouleversements, ou qu’ils étaient relatifs et qu’on pouvait les transcender. J’ai, comme beaucoup de femmes, admiré ces cinquantenaires qui véhiculent des images de battantes, de femmes fortes, assumées, belles, peut-être un peu plastifiées, mais somme toute assez naturelles, d’après ce qu’on voit sur les photos des magazines – ne riez pas, on arrive maintenant à voir des corps moins photoshopés, moins parfaits, plus vrais -. Je les admire encore.

J’ai balayé du revers de la main bien des idées sur le Botox et autres techniques de rajeunissement, me disant que chacune avait le choix de passer ou pas sous les aiguilles, les bistouris, etc. Je le crois encore.

Sauf que rester jeune à tout prix, ce n’est plus pour moi.

J’ai abdiqué, en bonne loser que je suis !

Le combat est vain et je le sais plus que jamais. Aussi, j’accepte ma condition de cinquantenaire. Avec ses hauts et ses bas. Je n’ai plus besoin de Botox ni de rien de faux finalement. La peur se dissipe tranquillement.

J’ai la considération des gens que j’aime et ça me suffit.

Depuis ce récent accident, je mise sur une seule chose : la machine. Je parle évidemment de mon corps et de mon esprit. Quand on perd ses moyens, même s’il s’agit d’une situation légère et temporaire comme la mienne, c’est là qu’on mesure l’importance de la santé et de son impact sur notre vie.

Alors, non, je n’ai pas besoin d’avoir le look de la battante cinquantenaire, de la quincado qui se fait des moues à elle-même sur Instagram sous une lumière parfaite.

Par contre, j’ai vraiment besoin de ma machine, de mes deux bras et de mes deux jambes, de mon cerveau, de mon cœur et d’endorphines – un vrai miracle – !

Je veux vieillir avec une machine assez performante pour passer des journées de vacances à découvrir une ville en marchant pendant des heures, sans flancher.

Je veux vieillir en pensant que, si j’ai un jour des tout-petits autour de moi, je pourrai m’asseoir en tailleur sans avoir l’impression de jouer dans une pub de Robax Platine.

Je veux vieillir en ayant l’esprit ouvert et une curiosité enviable. En gardant assez de ma vue – bonjour le Bar à lunettes – pour pouvoir lire mes auteurs préférés.

En résumé : je veux vieillir en étant nourrie par les activités que j’aime le plus au monde.

J’ai déjà voulu la mer et les poissons, une maison à Nantucket, trois enfants au moins, un corps au top et un poste à l’ONU – ici, sentez-vous libres de vous étouffer dans votre café ou votre verre de vin, selon l’heure. J’assume le ridicule de mes rêves de jeunesse -.

Après quelques épreuves de vie, des déceptions, des échecs, mais aussi des pas pires réussites, une vie personnelle stable, des reconnaissances, je suis moins assoiffée.

Au contraire, j’apprécie tout.

Et puis aussi, mon tiroir à légumes est rempli, je choisis mes protéines comme des bijoux de chez Cartier et fais rouler tous les éléments de ma machine. Je les fais rouler autant que je peux et surtout sans me draper de vertu. J’ai été assez délinquante dans ma vie pour savoir le plaisir que ça procure : rien n’égale l’euphorie d’une vie qui roule à toute vitesse et qui te fait oublier le jour, la nuit, l’heure qu’il est et aussi ta mère !

Une amie me dit que mon corps m’envoie peut-être des messages. Que je dois l’écouter. Ah bon ? Ouais, d’accord. Mais juste après mon heure de natation et pendant l’heure, c’est LUI qui devra m’écouter.

Je n’ai jamais eu de bucket list, mais si je devais en écrire une aujourd’hui, on n’y trouverait qu’un seul souhait : nager de nouveau le crawl et avant Noël, si possible.

Christine est une cinquantenaire, amoureuse, mère, passionnée par la vie dans toutes ses imperfections. Elle est curieuse de tout, surtout des autres ! Vous pouvez retrouver certains de ses textes sur son site cinquanteislenouveaumoi.com ou la suivre sur Twitter et Instagram.

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