Sam Breton: l’humoriste avec pas de gants blancs

13 Juil 2020 par Laurie Dupont
Catégories : Culture
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Charmante rencontre (bien qu’à distance!) avec un trentenaire aussi attachant que déstabilisant, rempli de confiance et d’authenticité.

Avec pas de gants blancs

Son sens de la répartie fait l’envie de plusieurs. Sa présence scénique a un je-ne-sais-quoi d’envoûtant. Son ascension dans le milieu de l’humour semble exponentielle, voire inarrêtable. Et c’est pourtant sur cette superbe lancée que Sam Breton a dû, bien malgré lui, stopper du jour au lendemain les représentations de son show solo Au pic pis à pelle. Entretien en temps de pandémie avec un gars à l’humour contagieux.

La sonnerie de la discussion sur Messenger retentit. Connexion de la vidéo en cours. Petite victoire: la technologie est de notre bord! La bouille on ne peut plus sympathique de Sam apparaît. Et oui, j’ai bien dit Sam. N’essayez surtout pas de l’appeler Samuel. «Si je sais qu’on va se parler plus que 22 secondes, je vais immédiatement dire: “Moi, c’est Sam”, précise-t-il d’emblée. Je suis vraiment plus un Sam qu’un Samuel.»

Cette affirmation met la table à l’entretien le plus no bullshit que j’aie jamais réalisé. Petit coucou à la caméra de son chien Akita nommé Genji, qui a d’ailleurs son propre compte Instagram – @genji_akitainu, pour les fans de clichés canins – et hop, me voilà partie à la découverte du monde coloré de Sam Breton qui, lui, voit pourtant tout en noir et blanc, zones grises non incluses.

L’humour, toujours l’humour

Comme l’éléphant dans la pièce occupe presque toute la place, je n’ai d’autre choix que d’aborder la situation qui accable l’humoriste dès les premiers instants de notre entretien. Le 22 janvier dernier, Sam offrait une solide performance au Gesù, rempli à craquer lors de sa première médiatique. S’en suivirent des critiques élogieuses et plein de petits X sur le calendrier, comme autant de représentations à donner. On peut le dire, ça allait bien, très bien, pour Sam Breton. Puis vint l’obligation de tout mettre sur pause. Pour une durée indéfinie.

«Je vais être honnête: les premiers jours de l’annonce, j’étais vraiment en tabarnak, déclare Sam. J’avais le sentiment qu’on me mettait des bâtons dans les roues. Je m’approchais de mon peak, j’allais faire genre 15 shows par mois, pis là, BANG! On arrête tout. Ma frustration a duré deux-trois jours. Cela dit, dès la première seconde, je savais que c’était la bonne chose à faire. Jamais je n’ai pensé: “Ben voyons, le coronavirus, c’est pas une raison pour arrêter les shows d’humour!”» (rires)

Même s’il plaisante à ce sujet, je vois bien que la situation affecte néanmoins ce passionné de son métier. «La scène me manque terriblement, confirme Sam. Je dis toujours que l’humour, c’est ma vie, mon sang, et c’est vrai. Entendre les gens rire de mes blagues, c’est comme une drogue. Quand tout est tombé, estie que j’ai trouvé ça dur. C’est comme si on m’avait arraché la moitié de ce que je suis.» Ni plus ni moins. Et en soi, le confinement lui donne aussi du fil à retordre.

«Mes journées n’ont pas tellement changé, puisque je suis un travailleur autonome, mais les soirées…» déclare-t-il, avant un long silence. «Je ne dois pas trop regarder mon agenda, parce que quand je sais que tel soir, je devais être en show à telle place…» Il soupire en dodelinant de la tête. «Des fois, ça monte icitte, dit-il en touchant sa gorge à deux mains, il faudrait que je sois en représentation! Quand je regarde la télé avec ma blonde, j’appuie sur pause pour lui raconter des anecdotes. Ça refoule trop par en dedans, sinon!» (rires)

Conteur de haute voltige, Sam passe d’une histoire à une autre sans jamais perdre le fil ni une nanoseconde de mon intérêt. Dire qu’il est né pour ce métier me semble une évidence.

«La première fois que je vais remonter sur scène après la crise, c’est clair que je vais avoir les yeux dans l’eau, prévoit-il, déjà ému. Parce qu’on peut m’enlever la télé, la radio, le cinéma, n’importe quoi d’autre, mais jamais le plaisir de faire de la scène. Je dis ça depuis le début de ma carrière, mais là, c’est plus vrai que jamais!»

Mais qu’est-ce qui a bien pu rendre le jeune trentenaire aussi accro à son gagne-pain? «C’est en vivant ma première peine d’amour que je me suis rendu compte que l’humour, lui, ne me laisserait jamais tomber. L’humour a alors monté en première position dans ma vie, et il va y rester. J’ai d’ailleurs dit à ma blonde actuelle qu’elle arriverait toujours deuxième, mais que j’allais tout faire qu’elle ne le ressente pas. Ma blonde a apprécié ma franchise et elle a accepté le marché. C’était non négociable.»

«Avec pas de gants blancs»: est-ce qu’on saisit maintenant ce à quoi le titre de cet article faisait référence? C’est ce même Sam, qui a rompu avec cette même copine «juste quelques heures, là», au milieu de sa vingtaine. «J’ai eu une crise de la vingt-sizaine, confesse-t-il en riant. Je n’étais pas rendu où je le voulais et rien ne fonctionnait, j’ai donc voulu changer la formule. Voyons que j’ai même laissé ma blonde! Je pense qu’il a fallu que je me rende jusque-là, que je remette tout en question pour que je réalise ce que j’avais.»

L’bon gars d’région

Un petit bogue technique nous empêche de nous voir pendant quelques secondes. Lorsque Sam réapparaît, tout sourire, j’ai soudain un flashback de toutes les blagues qu’il a pu faire sur son apparence en début de carrière. «Ma face, c’est comme une viande: ça saisit!» ou encore «Comme dirait mon p’tit neveu, tu ressembles à l’âne dans Shrek», lançait-il lors d’un numéro présenté au festival Juste pour rire, en 2017. Mais comment le principal intéressé se perçoit-il vraiment?

«Depuis toujours, on me dit que j’ai la face de l’emploi, avec mes traits forts, et que je ne ressemble à personne. Mais je ne suis pas lette! Et quand je dis que mon petit neveu trouve que j’ai l’air de l’âne dans Shrek, ce n’est pas parce que je me trouve laid: moi, je le trouve cute au boutte, l’âne!»

Voilà qui rectifie déjà un peu le tir. N’allons donc pas croire que Sam manque de confiance en lui, c’est plutôt tout le contraire! «La face atypique, l’humoriste s’en sert sur scène, mais le gars, lui, il se trouve parfait dans la vie. Si on me disait que je pourrais changer ce que je veux en moi, je ne changerais rien, affirme-t-il le plus sincèrement du monde. À 12 ans, un dentiste avait suggéré à ma mère qu’on me pose des broches. Je ne sais pas si, inconsciemment, je savais déjà que je ferais ce métier plus tard, mais j’ai tout de suite dit: “Non, ça fait partie de qui je suis.” Crisse, c’est pas un dentiste qui allait m’enlever mon charme!» (rires)

Parce que s’il y a quelque chose de certain, c’est bien qu’il est charmant et sympathique, ce Sam. Dès le début de notre entretien virtuel, même s’il s’agissait de nos premiers mots échangés, j’ai eu le sentiment de parler à un ami de longue date, à qui on peut tout dire. Et il semble bien que je ne sois pas la seule: «En général, les gens ont l’impression qu’ils sont proches de moi et qu’ils me connaissent parce que j’ai l’air d’un ami de la famille, confirme-t-il. Tu sais, celui duquel on dit: “Mais t’sé, c’est Sam, il est comme ça. On ne le changera pas.”

L’homme associe aussi cette sensation de proximité à sa provenance géographique. «Je suis un gars de région. Y a mon accent, mon parler avec un peu de foin, tout droit sorti de la région de Québec. Ça aussi, ça entre dans la psychologie humoristique. J’ai le droit de dire pas mal toutes les cochonneries que je veux, parce qu’on en pardonne beaucoup plus à quelqu’un qui nous semble inférieur.» D’accord, mais est-ce que ça ne devient pas accablant à porter, à la longue, ce personnage du gars de région? Du tac au tac, Sam répond: «Ben non, ce n’est pas lourd pour moi, car je ne joue pas au gars de région, j’en suis un!» OK, c’est 1-0 pour toi, Breton.

Droit au cœur

Impossible de s’éloigner trop longtemps du sujet de l’humour lorsqu’on jase avec Sam. Il y revient. Toujours. Comme la marée haute sur la plage. On replonge donc dans ses souvenirs de scène. Les moments enivrants, les shows corpos malaisants et le public toujours changeant, à chacun des rendez-vous. Comment Sam réagit-il devant un spectateur impassible, qui semble s’emmerder ferme? Avec obstination ou laisser-aller?

«La vie est trop courte, lance-t-il en riant. Jamais je ne me dirai que je vais aller chercher LA personne qui ne rit pas parce que… 1. Quelle énergie dépensée dans le vide! Et 2. Je sais qui je suis, ce que je vaux et que c’est drôle ce que je fais sur scène. Donc si cette personne ne rit pas, ça se peut qu’elle ne m’aime pas et c’est correct, mais ça se peut aussi qu’elle ait eu une mauvaise journée.»

Sam me quitte quelques secondes pour se réfugier dans ses pensées et revient, plus sérieux: «Dans un de mes spectacles, il y a déjà eu un monsieur qui ne riait pas du tout. Le classique bonhomme [il l’imite en se croisant les bras sur le torse et en durcissant le regard] qui semble passer la pire soirée de sa vie. À la fin du show, il était le dernier de la file pour me rencontrer. J’avais vraiment peur qu’il soit là pour me donner un char de marde. En même temps, je me demandais pourquoi il perdait autant de temps à attendre s’il n’avait pas aimé mon show. Finalement, il était resté pour me dire que c’était la première fois qu’il sortait depuis que son fils s’était enlevé la vie. Il voulait que je sache que je lui avais fait un bien fou. C’est pour ces moments-là que je fais ça. C’est vraiment pour cette raison que je suis sur la terre.»

Photos: Martin Girard

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