Souper de gars: la beauté au masculin

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14 Sep 2019 par Patrick Marsolais
Catégories : Culture / Véro-Article
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On parle beaucoup de la beauté au féminin, mais pas mal moins de son pendant masculin. Les boys craignent-ils d’avoir l’air prétentieux?

Chose certaine, ni le chef Martin Juneau, ni l’acteur Pierre-Yves Cardinal, ni les chanteurs Olivier Dion et Jonas Tomalty n’étaient très à l’aise d’amorcer la discussion quand ils se sont attablés devant les délices mexicains qu’on leur a servis au très cool resto Escondite, au centre-ville de Montréal.

Disons-le d’entrée de jeu : si j’avais pu me cacher derrière la colonne de béton pendant la séance photo, je l’aurais fait. En plus, juste pour enfoncer le clou, les directives de Martin, notre super photographe, ne concernaient que moi: «Tiens-toi plus droit, Patrick… Patrick, approche-toi de Martin Juneau…» Pas facile de se retrouver au centre de ces super beaux gars – même si aucun d’entre eux ne se considère comme un pétard.

– En partant, je vais le dire, c’est un drôle de statement d’être ici pour ça», lance Martin.

– Oui, parce que si tu es conscient d’être beau ou sexy, ça perd déjà un peu de son charme, ajoute Jonas. Je pense qu’on peut jouer avec cette image, s’amuser avec ça sur les réseaux sociaux, mais en parler? It’s just less cool

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L’âge ingrat

Il suffit d’être allé au moins une fois dans un conventum d’école secondaire pour constater que personne n’évolue de la même manière. Le king d’hier n’a pas toujours le port aussi altier, alors que le petit geek d’autrefois a fini par avoir sa poussée de croissance, puis s’est finalement trouvé une personnalité en cours de route. De quoi apprendre à se méfier des apparences…

– J’ai eu une adolescence ingrate, se souvient Martin. Je n’avais pas une belle peau, mais ç’a basculé vers l’âge adulte. J’ai toujours eu des blondes, mais un jour, je me suis mis à réaliser qu’elles étaient de plus en plus belles. Il m’a alors fallu admettre que j’avais du succès avec les femmes.

– C’est vrai ce que tu dis, renchérit Pierre-Yves. Ce sont souvent les compliments des filles qui finissent par te faire réaliser que tu as peut-être quelque chose de spécial. Quand une fille que tu trouves terriblement séduisante te dit qu’elle te trouve beau, ben ça marque, quand même…

– Je ne pognais pas vraiment quand j’étais jeune, admet Jonas. J’avais un afro et un look bizarre. C’est quand je me suis mis à chanter que les choses ont commencé à changer. Je suis devenu conscient de mon sex-appeal lors d’un show avec mon ancien groupe. Pour le fun, j’avais enlevé mon chandail et j’ai vu la réaction instantanée des filles dans l’assistance. Les cinq années suivantes m’ont servi à explorer les frontières de ce jeu de séduction afin de savoir jusqu’où j’avais le droit d’aller. J’étais dans la vingtaine, full hormones et bien décidé à utiliser tous les outils que j’avais à ma disposition.

– Je vais être très honnête: j’ai toujours été considéré comme le beau garçon de la classe, avoue Olivier. Ça m’a mis énormément de pression avec les filles, notamment parce que j’étais loin d’avoir l’assurance qu’elles pensaient que j’avais. Mais parce que j’avais le physique, il fallait que j’affiche de la confiance. Pourtant, lorsque j’étais seul devant un miroir, je ne me voyais pas du tout comme un super beau gars. Et comme j’étais introverti, c’était un combat pour moi d’avoir l’air confiant devant les filles qui venaient me cruiser.»

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Seul au combat

Il ne veut pas se faire prendre en pitié, il n’essaie pas non plus de nous faire croire qu’il est une victime, mais on sent, en discutant avec Olivier, que son visage et son corps à rendre jaloux n’importe quel gars peut parfois comporter des pièges. Après tout, lorsqu’on est chanteur, je suppose qu’on a d’abord envie d’être reconnu pour sa voix… pas mal plus que pour son six pack.

– Les gens m’ont remarqué à Star Académie à cause de ma forme physique, dit-il. Évidemment, j’ai vu leur réaction et j’ai constaté l’impact que je pouvais avoir lorsque j’étais en chest. Malgré ça, je n’ai jamais voulu que ça devienne ma marque de commerce. Pour être franc, j’ai eu peur que ça se résume à ça. Il ne faut pas jouer à l’autruche non plus; si, comme chanteur, j’ai aussi une image qui plaît au public, c’est assurément un atout. Mais ça reste un combat. Je veux continuer à plaire aux gens qui me suivent depuis le début et donc ne pas trop déroger à l’image véhiculée. Par contre, si je la joue trop “conservateur”, ce n’est pas le fun non plus. Je ne suis plus certain de vouloir véhiculer cette image-là. Je suis tanné que les gens ne me parlent que de ça en entrevue… Je pense que j’ai autre chose à dire. C’est très délicat.»

– Il faut être extrêmement prudent avec ces pièges-là, prévient Jonas. Du moment où tu y vas all in et que tu offres cette image de gars sexy, ça te suit longtemps. C’est l’image que le public va garder de toi. Ça doit faire 12 ans que je n’ai pas enlevé mon chandail sur scène et, pourtant, il ne se passe pas une journée sans que quelqu’un me fasse un gag là-dessus. Aujourd’hui, je suis plus sage, je reste souvent à la maison, j’habite à la campagne, j’élève des alpagas. Bref, j’ai évolué. [rires] Cela dit, je ne regrette pas ce que j’ai fait. Ça m’a sûrement aidé, mais des fois, j’aimerais passer à autre chose.

– Comme acteur, j’ai eu des inquiétudes là-dessus au départ, mais mes rôles se sont vite diversifiés, raconte Pierre-Yves. C’est vrai qu’en sortant de l’école de théâtre, les descriptifs de tous mes personnages disaient: il plaît aux femmes, il est séduisant, etc. Au début, comme personne ne te connaît, les directeurs de casting te jugent à partir d’une photo. Avec le temps, il est devenu essentiel pour moi de ne pas jouer sur l’apparence, mais plutôt de m’imprégner de ce qui porte mon personnage, de ce qui le préoccupe. À partir du moment où tu t’intéresses aux vraies affaires, que ce soit comme chanteur ou comme acteur, tu vas pouvoir déjouer aisément tous les pièges supposément associés à la beauté.»

Et toi, Martin, as-tu le feeling qu’on t’aime d’abord et avant tout pour ton (trop délicieux) flanc de porcelet ou pour ton image de chef-tatoué-beau-gosse-mature?

– C’est évident que ce qu’on veut dans la vie, c’est d’abord être reconnu pour ce qu’on accomplit. Malheureusement, je n’ai pas le chest d’Olivier, alors je n’utilise pas mes réseaux sociaux pour mettre en valeur mon image personnelle, mais plutôt mon image de restaurateur. Toutefois, ce serait mentir de prétendre que l’esthétisme n’est pas important pour moi. Si ça peut ouvrir des portes, tant mieux! Je crois quand même que le fait de cuisiner contribue à ajouter du sex-appeal à mon image. On dit parfois que les chefs sont devenus des rockstars et c’est un peu vrai. Il y a des filles qui sont venues au resto juste pour pouvoir me parler, au même titre qu’elles voudraient voir Jonas enlever son t-shirt.»

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Sauter la clôture… ou pas?

Sans vouloir tomber dans les clichés, est-ce qu’on peut tout de même présumer que la fidélité doit être un challenge plus difficile à relever pour une belle personne, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme? Je sais bien que ce n’est pas parce que quelqu’un est beau qu’il aura forcément envie de sauter la clôture, mais il me semble que les propositions doivent être pas mal plus nombreuses quand le gars en question ressemble à un mannequin de Versace…

– Je pense que oui, confirme Pierre- Yves. C’est certain que tu as plus d’offres, en tout cas.

– Moi j’ai 27 ans, et c’est une des raisons pour lesquelles je n’ai pas envie de m’engager à long terme, avoue candidement Olivier. J’ai beaucoup d’occasions qui se présentent et j’ai envie de profiter de la vie.

– À l’époque, quand j’avais une copine, elle savait très bien dans quoi elle s’embarquait, renchérit Jonas. Oui, on était ensemble, mais ce n’était pas une relation exclusive. Les explorations étaient autorisées. Et je comprenais très bien qu’à un moment donné, ça ne fasse plus son affaire. Mais j’avais été transparent dès le départ et si ça ne lui convenait plus, elle pouvait partir. Ma vie est tellement plus simple aujourd’hui, maintenant que je suis monogame…»

Puisqu’on parle de propositions libertines, avouons qu’en 2019 beaucoup d’offres passent désormais par les réseaux sociaux. Plusieurs femmes ont d’ailleurs vilipendé publiquement (avec raison!) les hommes qui leur ont adressé une photo de leur engin, mais il ne faudrait pas croire qu’un tel fléau n’existe que dans un sens.

– C’est si étrange de penser qu’une fille à qui tu n’as jamais parlé, avec qui tu n’as jamais entretenu de relations, t’envoie quelque chose d’aussi personnel qu’une photo de ses seins et de son corps dans une position sexuelle en s’imaginant que tu vas réagir de manière positive, remarque Jonas. Pour vrai, c’est tout ce que tu as envie de me montrer à propos de toi? Tu as vraiment envie de te présenter à moi en me montrant ton sexe?

– Je suis tellement d’accord, rétorque Pierre-Yves. De mon côté, il n’y a que deux filles qui m’en ont envoyé, dont une vraiment… intense. L’affaire, c’est que je ne lui ai pas répondu. Quelques jours plus tard, son amie m’écrit pour m’engueuler parce que je n’avais pas donné suite au message de sa chum. Elle me disait que je ne comprenais pas à quel point elle s’était compromise en faisant ça, à quel point elle s’était rendue vulnérable, et combien elle me trouvait cheap. Euh…what?

– C’est parce qu’avec les réseaux sociaux, on est maintenant en mesure de communiquer avec n’importe qui, note Martin. Récemment, j’ai reçu un message d’une fille qui me disait qu’elle m’avait croisé en vélo au parc Laurier, que nos regards s’étaient croisés et qu’elle avait senti qu’il s’était passé quelque chose… Je n’avais aucune idée de quoi elle parlait. J’avais peut-être croisé son regard, mais c’est tout… C’est drôle parce que depuis que ma vie amoureuse avec Valérie [Roberts] est médiatisée, on dirait que les femmes ont arrêté d’oser. Avant, je recevais pas mal plus de photos compromettantes et j’avoue qu’il aurait pu être facile de m’y perdre. J’avais un petit côté chasseur et, des fois, je trouvais difficile de ne pas courailler. Cela dit, depuis que je suis avec Valérie, ça s’est pas mal arrêté là.

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– Parfois, je suis en contact avec des fans qui croient vraiment que je suis amoureux d’elles, explique Olivier. Un bizarre de syndrome: elles sont convaincues que je chante une chanson juste pour elles. Et puis, évidemment, ça vient avec une tonne de lettres ou de messages où elles écrivent qu’on serait supposément faits l’un pour l’autre…

– Pour ma part, le plus weird, c’est de dealer avec des filles qui croient que je suis le personnage que j’incarne, ajoute Pierre- Yves. Richard L’Espérance [ndlr: son rôle dans L’échappée] et moi n’avons pourtant rien en commun. Et des fois, tu sens qu’elles sont déçues… Bon, on rigole, mais reste que je me considère chanceux. Et si je me fie à ce qui m’attire chez une femme, c’est certain que l’esthétique est important. Par contre, s’il n’y pas une énergie ou une drive quelconque entre nous, ça ne fonctionnera pas.»

Comme quoi la beauté, finalement, c’est pas mal plus global que le fait d’avoir une belle face, mais avoir une belle face… ça facilite bien des choses aussi.



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