Troc de vêtements: les nouvelles échangistes

04 Nov 2019 par Équipe VÉRO
Catégories : Environnement
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Avec les garde-robes collectives, plus besoin de gros billets pour changer de look ou se dégoter une tenue de soirée. Échanger ses vêtements au lieu d’en acheter, c’est aussi moins – beaucoup moins! – d’émissions de gaz à effet de serre.

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Un mercredi, en fin d’après-midi, la file d’attente s’allonge devant la boutique du Shwap Club, fraîchement installée au troisième étage d’une ancienne fabrique du quartier Saint-Henri, à Montréal. Les swapeuses – un anglicisme dérivé de swap, qui signifie « échanger » –, équipées de leur sac de vêtements à troquer, s’apprêtent à fouiner et à essayer de nouveaux habits. Dans le corridor, l’impatience commence à se faire sentir.

Dès l’ouverture des portes, à 18 h, la fondatrice et propriétaire du Shwap Club, Annette Nguyen, commence à trier les premiers vêtements apportés. « Chaque morceau compte pour un crédit, et chaque crédit donne droit à un morceau. Tout s’équivaut en boutique », explique Annette. Et c’est tout un travail! Environ 50 % des articles – ceux de saison, tendances et en excellent état – seront acceptés, précise la trentenaire en inspectant chaque centimètre carré d’une chemise carreautée.

« On veut que ce soit une expérience où les gens n’ont pas besoin de regarder des étiquettes de prix, qu’ils aient le sentiment de rentrer dans un magasin où tout est gratuit », ajoute la propriétaire de 31 ans. Les clientes payent un droit d’entrée – 16 $ pour une soirée, 90 $ pour l’année –, mais ne passent pas à la caisse à la sortie. « Et ça marche très bien ! » lance Annette, qui a ouvert sa boutique en juin 2018.

L’arrivée en boutique du swap

À Montréal, c’est l’ancienne friperie La Gaillarde qui aurait démocratisé et rendu accessible au public le concept de l’échange de vêtements en magasin, selon Annie de Grandmont, qui en a été la directrice pendant 14 ans, avant que la boutique ne ferme en février à cause d’une hausse de loyer.

Le système était un peu différent : chaque morceau apporté (au maximum trois par visite) se voyait attribuer une valeur en argent à partir d’un code de couleurs élaboré – du rouge pour les morceaux bas de gamme de la fast fashion, estimés de 5 à 11 $, au vert pour les pièces vintage ou de designer, évaluées de 76 à 95 $. En plus des critères de sélection – qualité, tendance, saison –, on favorisait les fibres naturelles ou biologiques au détriment des synthétiques et on préférait les marques haut de gamme ou les créations de designers canadiens aux marques de fast fashion, explique l’ancienne « fripeuse ».

« C’est vraiment génial que le swap existe. Faut que ça reste! Ça se fait aussi beaucoup en ligne, les swaps. Mais ce n’est pas comme en personne. Moi, j’ai besoin d’essayer. Je trouve qu’en ligne c’est très impersonnel », raconte la swapeuse Karine Morissette, qui a relevé, de février 2018 à février 2019, le défi de n’acheter aucun vêtement pendant un an.

Swapping contre shopping

« Avec l’arrivée de la fast fashion [des collections renouvelées très rapidement en magasin], les fabricants doivent couper les coins ronds. On enlève les doublures, les poches, les boutons, on amincit le tissu, le fil. Et évidemment, on utilise des matières moins durables, ou moins dispendieuses, comme le polyester [fil synthétique en plastique] », déplore l’ancienne gestionnaire de La Gaillarde.

« Avec le Shwap Club, on réalise que les vêtements ont plusieurs vies. Les gens vont prendre un morceau en boutique, ils vont le porter, le laver, le ramener, et quelqu’un d’autre va repartir avec ce morceau-là et faire la même chose. Donc, souvent, un morceau va connaître plusieurs propriétaires », souligne Annette Nguyen, qui durant la journée est avocate.

« C’est l’fun! Moi je m’amuse beaucoup avec ça. Et quand on a un budget limité, je trouve que c’est intéressant », lance Karine. « C’est bon pour l’environnement, pour le porte-monnaie et ça fait gagner du temps », ajoute-t-elle.

Alors qu’Annette continue de s’affairer au tri des vêtements, les premières clientes passent à la caisse. Sauf que, pour une fois, elles payent en vêtements comptants!

De moins en moins portés

Le nombre de fois qu’un vêtement est porté aurait diminué d’environ 35 % depuis 15 ans. À l’échelle mondiale, un vêtement serait porté environ 130 fois, mais aux États-Unis, seulement 40 fois.

Le coût GES de la fast fashion

Selon un rapport du cabinet-conseil en environnement Quantis, l’industrie de la mode serait responsable, chaque année, de l’émission d’environ quatre gigatonnes d’équivalent CO2, soit 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Swapper ses vêtements au Québec

Article produit par unpointcinq.cale média de l’action climatique au Québec.

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