Zéro déchet sur toute la ligne, ou presque

25 Oct 2020 par Unpointcinq
Catégories : Environnement
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En bordure de la route 117 à Lac-Saguay, dans les Hautes-Laurentides, vivent deux adultes et deux chats qui ont produit un petit sac de déchets ces 15 derniers mois. Patricia et son conjoint Dany ont "mis leur poubelle" à la retraite.

Par Émélie Rivard-Boudreau

En bordure de la route 117 à Lac-Saguay, dans les Hautes-Laurentides, vivent deux adultes et deux chats qui ont produit un tout petit sac de déchets ces 15 derniers mois. Tant et si bien que Patricia Bélanger et son conjoint Dany Courtemanche ont « mis leur poubelle noire à la retraite ».

Par un après-midi de décembre, Patricia Bélanger étend de la farine sur son comptoir avant de mettre quelques pains au four. « J’appelle ça mon pain paresseux », plaisante-t-elle, fière de sa recette qui demande peu de préparation. Pendant qu’elle pétrit ce qui sera sa dernière fournée, je me dirige vers la salle de bain.

Un panier est soigneusement placé au-dessus de la toilette. On y trouve une pile de ce qu’elle appelle des « tissus hygiéniques » pour remplacer le traditionnel papier jetable. Un petit écriteau précise qu’on les dépose après usage dans la corbeille à côté. « Maintenant, je l’écris parce que j’ai déjà eu des invités qui ne savaient pas trop quoi faire et ils étaient mal à l’aise de demander », m’explique la jeune femme de 29 ans.

Une machine à coudre est installée sur la table de la cuisine. J’aperçois à côté une pile de pièces de tissu blanc cousues pour en faire des tampons démaquillants. Ils font partie des quelques produits de la Fabrique PB que Patricia confectionne et vend à petite échelle dans sa région. À partir de tissus biologiques neufs (lin, coton ou bambou), elle coud des serviettes de table, des sacs à légumes, ses tissus hygiéniques et des mouchoirs en essayant de ne générer aucune retaille. « Je ne fais pas d’argent avec ça. Ce que je veux, c’est aider les gens à réduire leurs déchets en leur facilitant la vie. »

La préposée aux bénéficiaires de l’hôpital de Rivière-Rouge a elle-même adopté un mode de vie zéro déchet  depuis cinq ans. Son dernier sac poubelle – un petit sac de guimauves – lui a duré des mois et des mois. « On a un bac vert et un bac brun, c’est tout. Comme on a fait plus d’un an avec notre petit sac de guimauves, rendu là, je ne me sens pas mal de le mettre dans la poubelle du voisin! » lance-t-elle en riant.

Habiter en région n’a pas refroidi Patricia Bélanger dans ses ardeurs, au contraire. « Dans les premières années, c’était plus difficile, admet-elle. Mon frère habite à Montréal et, auparavant, mon père habitait à Saint-Placide, donc quand j’allais les visiter, je me préparais un sac avec mes pots et j’achetais aussi en gros. » Aujourd’hui, elle achète une bonne partie de ses aliments et quelques produits ménagers à l’épicerie Vrac & Co de Mont-Laurier, ouverte depuis près de deux ans. Le reste, acheté à l’épicerie, est compostable ou, dans de rares cas, réutilisable ou recyclable. Imaginez-vous qu’il reste même des Ziplocs dans sa maison. Oui, oui! La pâte à dents a quant à elle été remplacée par le bicarbonate de soude et la crème hydratante, par de l’huile de tournesol biologique, faite au Québec, toujours achetée en vrac. Qui dit mieux pour une peau soyeuse?

Une maison, une voiture, pas d’enfant

Construite il y a huit ans, la maison de Patricia a été conçue avec un maximum de matériaux récupérés ou recyclés. « Le mur de notre salon, c’est du bois que j’ai récupéré et assemblé. Ça vient d’une galerie et de grosses caisses de vergers. La peinture aussi, c’est tout récupéré, il n’y a absolument aucune peinture neuve là-dedans », se vante-t-elle.

À l’extérieur, une petite voiture électrique est branchée à la maison. Très fière de s’être débarrassée de la KIA Soul à essence qu’elle possédait depuis huit ans, c’est avec un certain pincement au cœur que Patricia admet avoir acheté sa Kona neuve. « Je savais que ça pouvait être contre-productif d’acheter un véhicule neuf avec une très grosse batterie, mais étant donné le kilométrage que je fais [jusqu’à 150 km par jour], j’aurai rentabilisé mon achat en 18 mois sur le plan des gaz à effet de serre. Et d’ici trois ans sur le plan financier », se justifie-t-elle.

Voulant être fidèle à ses convictions les plus profondes, Patricia a pris la décision définitive de ne pas avoir d’enfant. « Ça a un gros coût de mettre un humain au monde », souligne-t-elle. Malgré les réticences de plusieurs professionnels de la santé, la jeune femme a réussi à se faire opérer pour une ligature des trompes au printemps dernier. Son conjoint, âgé de 33 ans, se dit en paix avec cette décision. Pour lui, au départ, avoir un enfant, « c’était le roulement normal des choses, mais ça m’a permis de réaliser que c’est un choix que l’on prend ou pas. Je ne suis pas obligé d’en avoir », confie Dany Courtemanche.

Ne pas avoir d’enfants?

Une étude de Seth Wynes et Kimberly A Nicholas, publiée en juillet 2017 par la revue Environmental Research Letters, affirme que l’action la plus efficace pour diminuer son empreinte carbone – bien avant celles de limiter ses vols en avion, de vendre sa voiture ou de devenir végétarien ‒ est d’avoir un enfant de moins par famille.

Inspirer les autres

Grâce à une détermination et une énergie communicatives, Patricia a convaincu des commerçants de sa région de réduire l’emballage de leurs produits. Elle a aussi inspiré les gens autour d’elle et, tout d’abord, son conjoint qui n’a pas pu faire autrement que d’entrer dans la danse du « zéro déchet ». S’acheter quotidiennement un café dans un gobelet en allant à l’usine de transformation de bois où il travaille est maintenant chose du passé. Désormais, il prend le temps d’en préparer lui-même à la maison. « J’ai réalisé que j’étais juste trop paresseux », avoue-t-il, admettant tout de même quelques (rares) écarts de conduite.

Le père de Patricia a également modifié son mode de vie. « Disons qu’elle a un peu changé mes habitudes. Même beaucoup. Je me suis retrouvé à faire des choses que je n’aurais jamais faites avant », convient Luc Bélanger. À 61 ans, il s’est construit une maison solaire 100 % autonome du réseau d’Hydro-Québec sur le terrain adjacent à celui de sa fille. « Je fais aussi beaucoup plus de tri et j’achète aussi de meilleurs produits », ajoute-t-il.

Quelques sacrifices…

Produire si peu de déchets apporte certes son lot de fierté, mais implique également d’abandonner quelques péchés mignons. Grand amateur de musique métal et de ses produits dérivés, Dany a réduit ses achats de t-shirts à l’effigie de ses groupes préférés. Patricia aussi limite sa consommation de vêtements, mais comble de l’ironie, avait choisi de porter un joli chandail tout neuf le jour où Unpointcinq est passé chez elle. « La perfection n’est pas de ce monde », comme me le répète si sagement ma mère.

 

 

 

 

Le poids carbone de nos déchets

Article produit par unpointcinq.cale média de l’action climatique au Québec.

 

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