Apprendre que je serai maman à 40 ans

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14 Juil 2021 par Véronique Daudelin
Catégories : Famille / MSN / Véro-Article
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Auteure, comédienne et animatrice, Véronique Daudelin fait ben des affaires. La toute dernière : devenir mère, à 40 ans. Ce nouveau rôle change son regard sur le monde et sur elle-même, et elle le partage avec nous, sans filtre.

C’était en septembre dernier, au réveil, premier pipi oblige. Pas maquillée, pas peignée, j’étais pas cute pantoute pour accueillir chez moi, ce matin-là, le plus grand des invités : une toute petite cellule, en train de se multiplier au creux de mon ventre. Dans les bras de mon amoureux qui regardait lui aussi le bidule en plastique rose par-dessus mon épaule, j’ai vu le liquide escalader le papier buvard. Je voulais seulement le laisser franchir la ligne qui attesterait de la validité du test, le poser hors de ma vue et y revenir cinq minutes plus tard, mais je n’ai pas eu le temps. Le liquide a immédiatement tracé une ligne rose, très foncée. La ligne qui dit « vous êtes enceinte ».

J’ai eu un vertige. Immense. Et ce, même si cette grossesse était voulue et planifiée. Je n’ai pas sauté de joie. Je n’ai pas poussé de cri victorieux comme quand je gagne au Rummy. J’avais les yeux fixés sur cette ligne, qui faisait s’ouvrir le sol sous mes pieds. J’ai dit à mon chum : «Bon, ben c’est assez clair.» Il m’a fait un immense sourire. Moi, j’ai ravalé. Mes yeux se sont humectés, sans pour autant que je fonde en larmes. Ce n’était plus un concept, c’était bien réel : j’allais être mère. On allait être parents. On allait devenir une famille.

Plantée dans ma cuisine, je n’ai jamais vécu de plus grand point de bascule, ce genre de moment où on pose le pied, très consciemment, sur un chemin qui enlignera le reste de notre existence. Normalement, ces points de bascule nous donnent l’impression de contrôler davantage notre vie ou du moins, de mieux l’anticiper. À 18 ans, quand j’ai appris que j’étais acceptée à l’école de théâtre, il est devenu clair que le jeu ou plus largement les arts allaient faire partie de ma vie professionnelle. J’avais souhaité étudier au Conservatoire, ça se réalisait et du coup, l’entonnoir de ce que serait ma vie se resserrait autour de ce choix et me donnait une impression de contrôle. En septembre dernier, mon test de grossesse entre les mains, j’ai plutôt vécu l’inverse. J’ai eu l’impression que désormais, je ne tiendrais plus les rênes. Mon choix de devenir mère, paradoxalement, ouvrait grand la porte à ce que la nature allait décider pour cet enfant, à ce que la vie en ferait et aussi, à ce que cet être allait décider par lui-même. Tout ça, bien loin de la volonté de ses parents. Avoir un enfant était officiellement la fin du contrôle. À l’opposé d’un entonnoir qui se resserre, ça ouvrait sur quelque chose de beaucoup plus grand : l’inconnu. La découverte. Une grande aventure, avec pour prémisses un immense engagement et un réel don de soi.

Lâcher prise dès le premier instant par rapport à ce bébé m’a permis d’accéder à un nouveau rapport au monde : un état de présence et d’ouverture que je ne me connaissais pas. C’était la suite logique de l’année 2020 où, à l’échelle mondiale, la nature nous avait déjà renvoyé en pleine face notre absence totale de contrôle, année qui m’avait forcée à abandonner toute projection. 2020 avait mis la table pour ce nouveau rapport au monde et apprendre que je serais mère me l’a officiellement rentré dans le corps. Je l’ai enfin compris : non seulement je n’aurais que peu de contrôle sur la vie de mon enfant, mais au fond, je n’en avais pas tellement plus sur la mienne! La vie est beaucoup plus vaste que tout ce que je peux projeter. Soudain, je me suis dit que ce grand plongeon que j’osais faire en mettant un enfant au monde, je devais le faire aussi dans les autres sphères de ma vie. Que je devais me lancer, avec audace, au-delà de ce que je pouvais contrôler, et m’investir totalement, même en ignorant le résultat.

C’est ce que je fais aujourd’hui en lançant cette série de chroniques, qui ne parleront pas seulement de maternité, mais de thèmes beaucoup plus larges. Pour moi, c’est comme partir en voyage. Je ne sais pas exactement où ça me mènera, mais je vois déjà que c’est là, dans cet élan vers l’inconnu, que je me sens le plus vivante.

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Photo principale : d3sign Getty Images



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  1. Lyne dit :

    Je. Suis devenue maman à 40 ans et quel beau cadeau.

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