COVID-19 : Des rituels à réinventer 

COVID-19 : Des rituels à réinventer
17 Déc 2020 par Noémie C. Adrien
Catégories : Famille / MSN / Psycho / Santé
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À l’ère de la distanciation physique, comment continuer de se réunir pour marquer les rites de passage qui rythment nos vies?

L’éclosion de la COVID-19 a entraîné avec elle l’annulation de la plupart des événements d’une certaine envergure. Si la vie a semblé être en suspens pendant plusieurs mois, ses rites de passage, eux, n’ont pas pris de pause. Anniversaires, mariages, remise des diplômes, décès… Les nombreux jalons qui marquent l’existence ont continué d’avoir lieu et d’être soulignés en dépit de l’interdiction de tenir de grands rassemblements. Comment? Lors de réunions certes plus petites, mais souvent plus symboliques et réfléchies. Une tendance qui risque de perdurer et de donner le ton à la manière dont on célèbre les moments déterminants.

Rituels essentiels

Parmi les principales victimes du confinement, on compte les personnes endeuillées, qui ont rarement eu la chance d’aller visiter leurs proches en fin de vie et de leur organiser des obsèques, une étape pourtant essentielle au travail de deuil. «Lorsqu’il est bien fait, le rituel funéraire reproduit à petite échelle tout le processus du deuil, avance Isabelle Gauvreau, thérapeute en relation d’aide et officiante funéraire. On prend conscience de la réalité de la perte, on traverse un moment intense émotivement, puis on atteint une certaine sérénité. Ça envoie le message à la psyché que ce qu’on vit va finir par passer.»

Tout au long des confinements, Isabelle Gauvreau a guidé des groupes de personnes endeuillées dans l’élaboration de rituels privés pour honorer leurs défunts. «Comme les gens n’avaient pas accès aux rituels communautaires, ils restaient pris dans leur deuil, tout en éprouvant un sentiment d’irréalité. J’ai alors offert des ateliers via Zoom pour qu’ils aient un espace où se raconter et pour les aider à concevoir un rituel qui leur ferait du bien. Tout le monde repartait avec un geste à poser pour nourrir son processus de deuil et y trouver de la paix, de la profondeur et du sacré.» 

Planter un arbre ou des fleurs en l’honneur de la personne décédée, dresser un autel chez soi avec des photos d’elle, allumer une chandelle chaque matin et parler avec la personne disparue, déposer une offrande dans un lieu qu’on avait l’habitude de fréquenter avec elle… De nombreux rituels ont ainsi pu être pratiqués pour souligner le départ d’un être cher malgré les restrictions imposées. «Il en est ressorti beaucoup de beauté, et la beauté, ça fait partie des choses qui apaisent quand on est endeuillé», assure l’officiante.

Rites funéraires revisités

Durant la dernière année, les rituels privés ont beaucoup gagné en popularité; plusieurs s’y sont adonnés en raison des circonstances, alors qu’ils n’auraient autrement pas été portés à le faire. «La pandémie a entraîné une plus grande conscientisation de l’importance de vivre le deuil, affirme Nathalie Viens, formatrice sur le deuil à l’Université de Montréal. Même si les funérailles pouvaient être reportées, les émotions, elles, devaient être vécues sur le moment… Ça a incité les gens à voir les rituels d’une autre façon, à comprendre que ça va bien au-delà d’aller au salon et d’offrir ses condoléances.»

Bien que la religion catholique soit de moins en moins pratiquée au Québec, encore beaucoup de gens optent pour des funérailles à l’église, célébrées par un prêtre, comme le veut la coutume. Une tradition qui est toutefois appelée à changer, estime Nathalie Viens. «Avec toute la créativité dont les gens ont dû faire preuve durant le confinement, ils ont réalisé qu’ils pouvaient faire sens à propos de la mort d’un proche de manière non traditionnelle. Je crois qu’on va voir de plus en plus de célébrants laïques et de cérémonies symboliques pour le défunt et la famille. En pleine nature, par exemple…»

C’est pour répondre à cette nouvelle réalité qu’Allison Forbes a récemment lancé Salut, une agence funèbre novatrice qui propose, entre autres, un service d’organisation d’obsèques repensé: «Beaucoup de gens me disent qu’ils ne souhaitent pas que leur mort soit célébrée dans un salon funéraire avec 120 personnes qu’ils ne voient jamais. Ils préféreraient que l’argent alloué aux funérailles soit dépensé pour un bon repas au restaurant avec leur famille immédiate et leurs amis proches. Si on est prêt à mettre autant d’argent pour souligner le départ d’une personne, c’est important de le faire de la bonne façon, pour que ce soit représentatif de ce qu’elle a été.» 

Un mariage à leur image

COVID-19 : Des rituels à réinventer

Photo : Stocksy

En se remémorant leur mariage, bon nombre de couples évoquent un jour aux contours brumeux, qui a passé en un clin d’œil. Pour Dawn Mauricio et François Burra, la journée du 11 juillet 2020 aura été tout autre. Les amoureux font partie de ceux qui ont choisi de se dire «oui» coûte que coûte cette année, troquant un mariage avec 80 invités pour une célébration avec 10 convives dans leur cour du Mile End, à Montréal. «C’était particulièrement émouvant, parce qu’il n’y avait que les personnes les plus proches de nous, raconte la nouvelle mariée. On a pu passer du temps de qualité avec chacune d’entre elles. C’était vraiment décontracté, mais tellement spécial et intime!»

Le couple, qui devait initialement se marier dans un bâtiment historique à Lachine, se réjouit que les festivités aient finalement eu lieu dans son quartier bienaimé. «Nous n’avons pas eu à négocier ni à faire des compromis comme dans l’organisation d’un plus gros mariage, relate Dawn Mauricio. Parce qu’il était si petit, notre mariage nous ressemblait vraiment. Nos photos ont été prises dans la ruelle où nous marchons tous les jours et dans certains coins emblématiques du Mile End. C’était une lettre d’amour à notre quartier, en quelque sorte. Bien que ça n’a pas été ce que nous avions d’abord imaginé, c’était l’exact reflet de qui nous sommes. C’était parfaitement imparfait.»

Pas de pause pour la romance

La pandémie a certainement suscité un engouement pour ce genre de micro-mariages. Mélanie Aubin, propriétaire et fondatrice de l’agence de planification Foudamour, en a d’ailleurs fait sa spécialité, après avoir vu tous ses mariages prévus en 2020 être reportés à l’an prochain. C’est un couple parmi ses clients qui l’a inspirée à se lancer dans cette nouvelle avenue professionnelle. «Ils ont décidé de changer complètement de formule, passant d’un mariage avec 160 invités dans un hôtel à un mariage avec 20 personnes dans un chalet, une cérémonie intime et raffinée.»

En constatant à quel point elle avait du plaisir à organiser ce genre d’événement à plus petite échelle, l’étincelle a jailli. «Même si tout est arrêté, les futurs mariés veulent célébrer leur amour devant ceux qui comptent le plus pour eux, soutient la planificatrice. J’ai eu envie de continuer à leur offrir la possibilité de se marier cette année avec une formule clés en main à la fois élégante, simple et abordable, ajoutant un côté magique à une cérémonie short and sweet.» L’entreprise Petites romances était née. Sa devise? Pas de pause pour la romance.

D’une durée de deux heures et célébrés en petits comités, ces micro-mariages sont aux antipodes des mariages classiques, qui peuvent compter une centaine d’invités et s’échelonner sur une journée entière. Selon Mélanie Aubin, les événements qu’on a connus cette année vont inévitablement transformer la manière dont on va s’unir à l’avenir. «Les gens vont de plus en plus rechercher des formules différentes pour se marier. On va moins sentir l’obligation d’inviter des personnes qu’on ne connaît presque pas… Je pense que ce qu’on vit va nous ramener à l’essentiel.»

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Photo principale : Stocksy



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