De «p’tite fille» à super mère!

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02 Août 2021 par Véronique Daudelin
Catégories : Famille / MSN / Oser être soi / Véro-Article
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Auteure, comédienne et animatrice, Véronique Daudelin fait ben des affaires. La toute dernière : devenir mère, à 40 ans. Ce nouveau rôle change son regard sur le monde et sur elle-même, et elle le partage avec nous, sans filtre.

Je suis une adulte fonctionnelle et je m’en étonne régulièrement. Je n’en reviens pas d’être capable de faire mon chemin, au quotidien, dans le dédale de protocoles, de responsabilités et de soucis inhérents au rôle d’adulte. Cet étonnement, constant, concerne autant mes responsabilités d’envergure que les plus banales. Gérer un triplex et des locataires, mais aussi, faire mes impôts à temps, penser chaque automne à fermer l’eau du boyau d’arrosage et même, sortir mes vidanges chaque lundi. Si j’en suis constamment éblouie, c’est probablement parce qu’en mon for intérieur, même si je suis une personne hyper organisée, fiable et rigoureuse, je me sens encore comme une enfant de 10 ans. Et ce, même si j’en aurai bientôt 40. Ça fait en sorte que dans ce monde d’adultes, non seulement je me sens un peu décalée, mais aussi, souvent, pas crédible. Une p’tite fille de 10 ans qui fait signer un bail, ce n’est pas crédible. Une p’tite fille de 10 ans qui se présente au garage pour un changement de pneus, ce n’est pas crédible. Une p’tite fille de 10 ans qui magasine une thermopompe, ce n’est pas crédible.

Je suis une p’tite fille pas crédible, qui s’impressionne elle-même d’être à la hauteur de ses responsabilités d’adulte, et voilà que dans quelques semaines, je mettrai un enfant au monde. Du coup, j’endosserai toutes les responsabilités qui viennent avec, ce qui n’est pas une mince affaire. Non seulement ce sera mon premier bébé, mais ce sera aussi le tout premier que je côtoierai. Je n’ai absolument aucune expérience avec les enfants. Je sais autant m’y prendre avec eux qu’avec un extraterrestre.

Honnêtement, au début de ma grossesse, ça m’a dépassée. J’ai voulu commencer, tranquillement, à acheter tout ce qu’il fallait, mais j’ignorais complètement de quoi on avait besoin. Je partais de zéro et c’était tellement décourageant que j’en étais figée. Un jour, j’ai eu l’idée de commencer par les vêtements, ce qui m’était quand même moins étranger qu’un tire-lait. Mais encore là… De quels morceaux j’avais besoin? Combien ça en prenait? Qu’est-ce que ça voulait dire, «NB»? Et c’était quoi, un cache-couche ?

Je partais de là.

Au fil de ma grossesse, j’ai fini par apprendre beaucoup de choses. Le jour de la naissance, je ne serai probablement pas totalement prête, mais coudonc, ce sera comme ben d’autres affaires : j’apprendrai sur le tas. Un jour à la fois.

Ce qui me fascine, c’est que mon enfant, lui, pendant ses premières années de vie et peut-être même au-delà, n’y verra que du feu. Même, il me surestimera. Pour lui, je serai cette mère qui maîtrise toutes les petites choses de la vie et qui a les réponses à toutes ses questions. À ses yeux, je serai dans le clan des grands, ceux qui connaissent le monde et qui, de façon générale, savent s’y prendre. Mon bébé, mon enfant, mon ado, ne soupçonnera jamais qu’en réalité, il est aux bons soins d’une p’tite fille de 10 ans. Que c’est une fillette qui change ses couches, le conduit au hockey, lui fait ses lunchs et lui parle de contraception. Et surtout, que cette fillette se questionne autant que lui sur la vie.

Cela dit, je présume que c’est dans l’ordre des choses. Pour moi aussi, quand j’étais enfant, mes parents étaient ma référence absolue. Si je voulais savoir quelque chose, il me suffisait de le leur demander. Si j’avais besoin d’être consolée, ils avaient les bons mots pour le faire, eux qui semblaient tellement «connaître la vie». Ça a été long avant que moi-même, je voie mes parents comme des gens faillibles et même fragiles. Des êtres imparfaits, qui continuaient eux aussi d’être bousculés par la vie et qui faisaient leur gros possible. Cette prise de conscience, je pense que je l’ai eue au début de l’âge adulte, quand j’ai réalisé qu’à mon tour, je pouvais leur faire voir le monde autrement. Ce n’est qu’aujourd’hui, au moment de devenir mère, que je réalise qu’en réalité, ça avait toujours été le cas! Dès qu’un embryon s’implante, il apprend énormément de choses à ses parents. Sur le monde, sur la vie et surtout, sur eux-mêmes.

Les parents ne sont pas des super héros, mais au début, pour leur enfant, ils en sont! Alors ainsi soit-il : j’endosserai mon rôle de super mère! En espérant être le plus crédible possible.

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Photo principale : Getty Images Catherine Delahaye

 

 

 

 

 

 

 

 



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