Le manque de câlins

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17 Déc 2021 par Véronique Daudelin
Catégories : Famille / MSN / Santé / Véro-Article
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Auteure, comédienne et animatrice, Véronique Daudelin fait ben des affaires. La toute dernière : devenir mère, à 40 ans. Ce nouveau rôle change son regard sur le monde et sur elle-même, et elle le partage avec nous chaque mois, sans filtre.

Avec la pandémie, est-ce que je suis toute seule à ne plus trop savoir comment manifester mon affection à mes proches qui ne sont pas, disons, mon chum et mon bébé? Ces deux-là, je continue évidemment de les embrasser avec joie, en trouvant adorable que mon bébé m’enduise de bave. Mais les autres? S’il fut une époque où il était naturel pour moi d’embrasser sur les joues quelqu’un que je rencontrais pour la première fois, aujourd’hui, cette tradition m’apparaît déjà appartenir à un autre temps, au même titre que fumer au restaurant. Pour ma part, aucun retour en arrière ne sera possible, non seulement parce que je préfère rester loin de tout virus, mais aussi parce qu’après deux ans d’abstinence de becs de convenance, je réalise que ce n’était pas si l’fun que ça, les becs sur les joues. Pour les étrangers, je suis persuadée que mon sourire suffira désormais à me rendre amicale et chaleureuse, mais pour ceux qui me sont chers, comme ma famille, ma belle-famille et mes meilleures amies, ce qui me manque le plus, c’est de pouvoir leur faire un câlin.

Quand on a un bébé, on retrouve partout, dans nos cours prénataux comme dans nos lectures, à quel point il est important de le prendre dans nos bras et de le coller, dès les premiers instants de sa vie. Ce contact physique permet au corps de libérer des hormones qui génèrent un état de bien-être et qui diminuent le stress. C’est prouvé, et pas seulement pour les bébés! Nous aussi, comme adultes, nous avons besoin de ce précieux contact avec les autres. Si certaines études ont démontré que les bébés qui ne recevaient aucune affection pouvaient aller jusqu’à en mourir, j’oserais avancer qu’il en est de même pour les adultes. Sans tendresse ni contact physique, on meurt probablement tous un peu à l’intérieur.

Personnellement, il y a eu une période de ma vie où j’ai été très isolée. Célibataire et fraîchement arrivée à Montréal, je n’avais pas une très grande vie sociale et encore moins affective. Ça a duré deux ans et je me souviens que ma carence physique était devenue insupportable. Il y avait une telle tension dans tous mes muscles que mon propre corps m’était devenu inconfortable. Quand j’allais chez ma mère, qui habite à trois heures de route, je me souviens que malgré mes 30 ans, j’avais juste envie qu’elle me colle comme quand j’étais enfant. En regardant la télé, je posais ma tête sur ses cuisses pour qu’elle me joue dans les cheveux pendant des heures.

Depuis le début de la pandémie, je pense souvent à tous ceux qui se sont retrouvés grandement isolés, pendant de longs mois. Tous ceux qui n’ont personne pour les prendre dans leurs bras. J’ai eu la chance de vivre le confinement avec mon amoureux, mais quand j’ai enfin revu ma mère «en vrai», après une trop longue période à l’avoir vue seulement sur écran, disons que je n’ai eu aucune envie de lui donner des becs sur les joues. En plein air, avec nos masques, on s’est fait une longue accolade, qui nous a rempli le cœur, à toutes les deux. Il y a eu une réelle transmission, au-delà de la virtualité des émojis et des becs soufflés par vidéo. C’était fort. Tout comme le câlin qu’on s’est fait plus récemment, une amie et moi, la veille de son accouchement. Et comme ceux, aussi, que j’ai la chance de recevoir de mon amoureux au quotidien : des étreintes bien senties qui n’ont rien d’un automatisme et que je reçois toujours comme un cadeau.

Noël s’en vient. Encore une fois, la distanciation sera de mise. Les élans du cœur ne pourront pas vraiment s’exprimer, et le pire, c’est qu’on s’y habitue. Ultimement, je ne sais pas si cette pandémie viendra à bout des poignées de main et des becs sur les joues, le temps le dira. Mais j’espère de tout cœur que nous connaîtrons le retour des câlins.

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Photo : DisobeyArt Getty Images

 



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  1. Diane Gagné dit :

    Mon conjoint est décédé durant la COVID-19,mais pas de la COVID une pneumonie double.Après 10 ans en CHSLD atteint d’alzeimer précoce.il est décédé à 72 ans.lors des funérailles 1 mois plus tard on a pu l’accompagner pour passer de vie à trépas,par contre avec plusieurs restrictions.+++++Les câlins les accolades les becs ne faisaient pas parti du rituel.Ce fut difficile de perdre un être cher dans ces conditions ont ne le souhaitent à personne! Merci de m’avoir permis de m’exprimer.Bonne Année xx😘

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