Les parents sont à bout de souffle

28 Mai 2020 par Jessica Dostie
Catégories : Famille / Santé / Véro-Article
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Comment se passe la périlleuse conciliation télétravail-famille après plus de 10 semaines à la maison ? Des parents témoignent et une psychologue offre quelques conseils.

Chose certaine, l’épuisement — mental surtout — semble universel, même dans les maisonnées où tout roule assez rondement. Les plus récentes données de Statistique Canada le montrent bien : 52 % des Canadiens estiment que leur santé mentale s’est détériorée depuis l’instauration de mesures de distanciation physique.

« Le plus difficile, c’est la proximité constante, souligne Audrey, maman de trois enfants. Il n’y a jamais un moment de répit. Nous sommes ensemble tout le temps. » Alors qu’elle et son conjoint télétravaillent tous les deux à temps plein, ils doivent superviser les apprentissages de leurs filles de 9 et 6 ans, qui, à l’instar de nombreux écoliers, ne retourneront pas à l’école avant le mois de septembre, et ce, tout en s’occupant d’un bébé de 1 an.

Si la plus vieille, élève de 4e année, est très autonome, la cadette, qui achève sa maternelle, « doit être guidée en tout temps », indique-t-elle.

« On est moins patients, c’est sûr, confie l’agente administrative. On a aussi un peu plus de difficulté à se concentrer à 100 % sur le travail, mais je ne me sens pas surchargée. »

Catherine, maman monoparentale de deux fillettes de 4 et 6 ans, ressent pour sa part une certaine lourdeur après toutes ces semaines de confinement : « Je me sens fatiguée mentalement de devoir à la fois me concentrer sur mon travail tout en gérant en parallèle les demandes et les chicanes. » Comme son aînée est en maternelle, elle admet toutefois ne pas mettre trop l’emphase sur l’école. « Ma fille participe une fois par semaine à une rencontre sur Zoom, mais je ne fais rien de plus. »

Ça se corse peut-être encore davantage quand on doit soutenir des enfants aux besoins particuliers. Marie-Luce en sait quelque chose : deux de ses trois garçons âgés de 7, 9 et 11 ans ont un diagnostic de TDAH avec trouble d’opposition.

«On s’est adaptés selon leur mood, dit-elle. Ici, je peux dire qu’on n’a pas fait de beaux horaires en couleur ; c’est le genre de choses auxquelles mes deux plus vieux sont de toute façon assez réfractaires. »

Même si elle essaie de ne pas trop s’en mettre sur les épaules entre son travail pour un organisme communautaire et la supervision des devoirs — bien sûr, son mari fait sa part quand il n’est pas coincé par une de ses nombreuses vidéoconférences quotidiennes —, Marie-Luce avoue que la lassitude commence à se faire sentir.

« En plus des fameuses trousses, qui m’ont donné l’impression d’être totalement inadéquate en tant que mère et diplômée universitaire, on reçoit beaucoup de courriels de l’école. Certains se sont plaints de ne pas avoir de nouvelles, mais pour nous, c’est tout le contraire. Et même s’ils concluent tous leurs messages en disant de ne pas se mettre de pression, recevoir 12 courriels par semaine finit par en créer quand même ! »

Des conseils bienvenus
Selon la psychologue et auteure Nathalie Parent, si la situation est exceptionnelle, il ne faut pas oublier que, bon an, mal an, la fin de l’année scolaire est fréquemment caractérisée par un certain ras-le-bol. « C’est normal de ressentir de l’essoufflement à cette période-ci de l’année tant du côté des parents que des enfants, qui ont hâte aux vacances », souligne-t-elle.

Le contexte actuel a ceci de particulier qu’on ne dispose ni des mêmes moyens ni des mêmes ressources pour souffler un peu, « que ce soit une sortie de magasinage ou un souper entre amis, indique-t-elle. Il est plus important que jamais de s’autoriser à se ressourcer en faisant de petites choses qui nous font du bien. »

Il faut aussi faire preuve d’indulgence envers soi-même en tant que parent, continue la psychologue, évoquant la notion de « mère suffisamment bonne » de Donald Winnicott. « Le bon parent n’est pas parfait ; il fait des erreurs, mais il est là pour ses enfants. » Voilà le message qu’il faut se répéter quand on pense ne pas être à la hauteur, croit-elle.

Enfin, conclut Nathalie Parent, on minimise notre stress grâce à certains trucs éprouvés : par exemple, prendre trois bonnes respirations quand on sent la pression monter ou encore, chaque soir, s’arrêter un instant pour se rappeler nos bons coups de la journée.

 

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Photo: Getty

 



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  1. Carole C Voisard dit :

    Bon courage. Mes enfants vivent la même chose.

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