L’héritage paternel

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06 Avr 2022 par Michèle Beauchamp
Catégories : Famille / MSN / Oser être soi / Véro-Article
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Physiquement, c’est indéniable, je suis le portrait craché de ma mère. Cependant, je l’avoue, je suis d’abord et avant tout la fille de mon père. 

Je dois revenir sur quelque chose que j’ai effleuré dans un texte précédent, à savoir que mon papa a eu des problèmes de jeu et de consommation. Cela a débuté alors que j’entrais de plein pied dans l’adolescence. Ai-je besoin de préciser que cette période a souvent été teintée de gris. En revanche, je vous assure que mon enfance s’est déroulée dans la joie.

Je pense que c’est à partir du moment où j’ai fait mes premiers pas que notre complicité père-fille s’est pointée. Nous habitions près d’une avenue commerciale à la mode, et il prenait plaisir à m’amener avec lui, histoire de me présenter aux passants qui y déambulaient. Je le reconnais, mon père a toujours éprouvé de la fierté à mon égard; toutefois, ce qui prime davantage à mes yeux est qu’il ait su m’insuffler ce petit je ne sais quoi pour consolider ma confiance en moi. Un jour, je l’ai entendu dire à maman…je n’ai aucune inquiétude, M. saura se débrouiller dans la vie. Je parie que si j’ai autant défoncé de portes pour réaliser mes rêves, c’est en partie à lui que je le dois.      

Un des traits de caractère de papa que j’appréciais particulièrement était son sens de l’humour. Tantôt, il se déguisait en s’affublant d’accessoires loufoques; tantôt, il racontait une histoire en déformant volontairement les mots. Bon public, je riais parfois à m’en décrocher la mâchoire. Plus tard, quand mes amis ont commencé à me qualifier de drôle, je n’ai pas eu à chercher bien loin pour savoir d’où me venait ce don.    

Mais, comme la plupart des clowns, mon père avait à l’occasion un regard voilé. Contrairement à moi, dans son enfance, il n’avait pas été aussi choyé par la vie côté amour et affection. Par conséquent, ça laisse des traces. Il avait une sensibilité à fleur de peau. D’ailleurs, au cours de mon existence, j’ai vu plus souvent pleuré mon père que ma mère. Un rien le touchait. S’il voyait un enfant malade, s’il apercevait un chat errant blessé, ses yeux s’embuaient instantanément. Je suis aux prises avec cette même hypersensibilité. Dans certaines situations, ça me gêne, mais comme je n’ai trouvé personne pour colmater mes canaux lacrymaux…     

Enfin, je crois que le lien qui nous unira à jamais est la musique. Le premier souvenir qui me vient en tête est lorsqu’il m’a fait découvrir le Boléro de Ravel. J’avais à peine cinq ans, mais l’image de ce moment de béatitude reste gravé dans ma mémoire. Encore aujourd’hui, quand j’écoute certaines pièces de jazz ou de classique, je l’imagine, me regardant du coin de l’œil, maniant sa baguette de chef d’orchestre imaginaire ou exécutant quelques pas de danse à la Fred Astaire…                         

Et malgré l’émotion qui me gagne, c’est plutôt avec le sourire aux lèvres que je remercie mon papa pour ce bel héritage.        

Photo : Brittani Burns, Unsplash

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  1. L-Diane Lecours dit :

    Touchant! Touchant! Et rempli d’une grande sensibilité. Michele sait manier la plume avec habileté et nous pouvons voir un tableau se dessiner sous nos yeux à chaque mot qui s’ajoute au récit. Félicitations!

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