Méditation: les bienfaits pour les enfants

16 Oct 2020 par Maude Goyer
Catégories : Famille / Santé / Véro-Article
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La méditation en famille est de plus en plus populaire. À la maison, à l’école et même à la garderie, les enfants apprennent à faire le vide et à vivre le moment présent en imitant les grands. Pour tous, les bienfaits sont incontestables. 

Un mal de ventre. De l’insomnie. Un minois plus triste que d’habitude. Voilà trois choses que j’ai perçues chez ma fille de 10 ans, au début de la pandémie de la COVID-19. Nous avions alors reçu l’ordre de rester confinés. Ça nous affectait tous, certes, mais pour ma cadette, l’impact était plus prononcé.

Parmi l’arsenal déployé pour réconforter mon enfant qui ressentait du stress et de l’anxiété, j’ai téléchargé une application de méditation. Tous les soirs, nous avons pris les quelques minutes requises pour nous enlacer dans le noir, allongées sur son lit, et écouter la voix calme nous invitant à ne penser à rien, à respirer, à nous détendre…

Pour ma fille, ç’a fonctionné: les symptômes de son angoisse se sont apaisés. Encore mieux: elle a appris à faire de la visualisation, à se recentrer, à s’autosoigner… «Méditer avec son enfant, c’est génial, dit Catherine Malboeuf-Hurtubise, psychologue et professeure au département de psychologie de l’Université Bishop’s. Ça ramène à ce qui se passe en ce moment et à réduire la spirale de l’anticipation. On reconnecte avec notre corps, nos émotions, nos pensées.»

La méditation, dont l’origine latine meditatio signifie «contemplation», est un exercice mental né il y a 4000 ans et dont les premières traces écrites remontent à plus de 2500 ans. Sa forme la plus populaire aujourd’hui est incontestablement celle dite «de pleine conscience», qui s’attarde sur le moment présent, aussi appelée «présence attentive». «Il y a des millions de manières de méditer, explique Alexane Alie-Poirier, psychologue à l’Hôpital en santé mentale de Rivière-Des-Prairies. Par exemple, une méditation sur la respiration, les sons, les images et la vue, la description de ce qui nous entoure, en marchant, en faisant du yoga, dans le noir, etc.»

 

À l’école comme à la maison


Avec ses patients âgés de 7 à 18 ans, Alexane Alie-Poirier a souvent recours à la méditation. Selon elle, ses bienfaits ne font aucun doute: diminution du stress, de l’anxiété et de la dépression, en plus de booster l’estime de soi, l’empathie et les fonctions exécutives (mémoire, concentration, organisation, autorégulation, etc.).

Catherine Malboeuf-Hurtubise ajoute que la méditation permet de se «reconnecter à notre corps» en nous arrêtant pour observer «nos pensées, émotions et sensations physiques». «Le but ultime, c’est d’apprendre à être dans le moment présent», dit-elle, en précisant que les enfants ont, de façon innée, «cette capacité d’être juste dans le moment présent».

À l’école primaire Saint-Adolphe-d’Howard, la méditation a été testée dans quatre classes l’an dernier. Quatre enseignants et leurs 68 élèves, âgés de 5 à 10 ans, ont expérimenté la pratique une fois par semaine. «Les enfants ont très bien réagi, affirme la directrice de l’école, Manon Doré. Ça répondait à un besoin, celui de trouver de nouveaux moyens pour s’arrêter, s’apaiser, s’écouter. C’est un outil supplémentaire.» Elle raconte que le personnel enseignant, tout comme les parents, a bien accueilli l’instauration de séances de méditation: «Les enfants ont rapporté et appliqué leurs apprentissages à la maison. Les professeurs m’ont dit qu’ils réutilisaient les trucs et que ça fonctionnait!» Mme Doré avoue que certains aspects de la méditation ont même été mis en pratique dans son bureau, avec de jeunes élèves ramenés au «bureau de la directrice». «Parfois, ça aide à trouver des mots pour se recentrer», note-t-elle.

Pour faire face au trauma

Se recentrer et cesser de se projeter dans le futur. Ce sont justement les raisons qui ont poussé Sarah Larochelle, enseignante et mère de deux fillettes, à s’initier à la méditation. «Mon conjoint est décédé subitement alors que ma plus jeune avait neuf mois, confie-t-elle. Comme j’étais déjà une personne anxieuse, mon équilibre mental a alors été solidement atteint.»

Sarah a d’abord entraîné ses deux filles, puis ses élèves, dans cette nouvelle activité. «Ils sont toujours un peu intrigués au début, mais au fil des semaines, ils deviennent super bons! lance l’enseignante de 38 ans. À la fin de l’année, ils arrivent à méditer 15 minutes d’affilée.» Selon elle, même les enfants les plus «grouillants» et les plus récalcitrants parviennent à méditer… et ils y trouvent leur compte. «Certains disent qu’ils ne veulent pas embarquer, ils rient ou ils niaisent, laisse-t-elle tomber, mais au bout de quelques séances, ils se calment et ce sont souvent eux qui en tirent le plus de bénéfices!»

Selon la psychologue Catherine Malboeuf-Hurtubise, la méditation est de plus en plus populaire en milieu scolaire. Et ce n’est pas un hasard. «Environ 20 % des enfants et des adolescents présentent des problèmes de santé psychologiques, affirme-t-elle. Et les enseignants sont à la recherche de ressources, d’outils…»

De là à dire que la méditation est une solution miracle, il y a un pas… qu’il ne faut pas franchir, prévient la professeure. «La méditation est utilisée à toutes les sauces et même si les intentions sont bonnes et louables, ce n’est pas toujours fait de façon rigoureuse. Il y a des dérives ésotériques et, en l’absence de balises, ça peut devenir chaotique.» La psychologue rappelle que la méditation n’est pas une panacée et que, grâce aux recherches de plus en plus nombreuses, on en sait davantage sur les bonnes (et moins bonnes) pratiques.

On se lance!

Alors, si on veut s’y mettre, comment procède-t-on? Selon Madeleine Arcand, cofondatrice de Rose Buddha – à la fois boutique et studio de yoga et de méditation à Montréal –, l’idéal est d’y aller petit à petit. «Les enfants de quatre, cinq ou six ans peuvent faire une ou deux minutes de méditation, conseille-t-elle. Ça peut avoir lieu avec un enregistrement audio, une capsule vidéo ou un livre. Il faut trouver la façon qui convient à l’enfant et que ça reste dans le jeu.»

À ce propos, le côté ludique est important. Jannick Roy, éducatrice dans un service de garde en milieu familial à Québec, le confirme: «Les enfants embarquent facilement lorsqu’il y a une histoire et des personnages. Ils ont beaucoup d’imagination, alors ils se laissent porter!» Dès l’âge de trois ans, ses petits sont initiés à la méditation. «Je vois qu’ils aiment ça, assure-t-elle. Ça les met dans un état de joie et de calme, alors ils veulent y retourner!»

Que ce soit au réveil ou au moment du coucher, méditer en famille est tout à fait envisageable. «On peut commencer par instaurer la méditation le soir, en l’intègrant à la routine du dodo, dit Madeleine Arcand, mère de quatre petits de 4, 6, 9 et 12 ans, tous initiés à la méditation. Et on n’écœure pas les enfants avec ça, on n’insiste pas. On doit voir ça comme un petit moment ensemble.»

Progressivement, la méditation peut devenir un rituel. Si on en a envie, un petit coin pour méditer peut être aménagé dans la maison, «mais ce n’est pas obligatoire!» souligne Mme Arcand. Un des pièges à éviter? Que ça devienne un fardeau. Ou encore que ce soit perçu comme quelque chose d’ésotérique… «Quand on en parle, les gens pensent aux moines bouddhistes, souligne la directrice d’école Manon Doré. Or, on n’est pas obligé de s’asseoir en indien avec des coussins et des chandelles pour méditer!»

Dans sa garderie, Yannick Roy a instauré quelques règles, comme de fermer les yeux et d’écouter sa respiration avant de commencer la méditation. C’est lors de la période de confinement – en pleine pandémie, au printemps dernier –, qu’elle a réalisé à quel point ces petites séances hebdomadaires étaient appréciées: «Ça m’a tellement fait plaisir quand j’ai su que plusieurs familles poursuivaient la pratique de la méditation à la maison!» Comme quoi si c’est bon pour les plus jeunes, ça l’est tout autant pour leurs parents!

Comment choisir?


Qu’il s’agisse d’une application, d’un livre, d’un site ou d’un balado, comment faire pour bien choisir l’outil qui guidera notre méditation en famille? Selon Catherine Malboeuf-Hurtubise, psychologue et professeure au département de psychologie de l’Université Bishop’s, «la plupart des applications en français et en anglais offertes sur le marché sont bien faites». Un truc qu’elle suggère? Pousser un peu plus loin nos recherches pour savoir qui est à l’origine du projet: «Quelles sont les qualifications et l’expérience des gens qui l’ont mis sur pied?» demande la psychologue.

Quelques outils


Les ouvrages Calme et attentif comme une grenouille (Les Éditions Transcontinental) et Mon premier livre de yoga (Dominique et compagnie).
• L’application Méditations Rose Buddha, qui contient une section jeunesse (méditations guidées de deux à quatre minutes).
• Sur la chaîne YouTube de Pascale Picavet, la section Méditation pour enfant.

 

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