Mon ado me ment

29 Juil 2020 par Équipe VÉRO
Catégories : Famille
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On le sent, on le sait, notre adolescent nous ment. Comment réagir pour éviter de briser la relation, fragilisée par les demi-vérités, les cachoteries, les secrets? Et surtout, comment restaurer la confiance et s’assurer que les mensonges cessent?

À 13 ans, Mathilde mentait à répétition à sa mère Julie. D’anecdotiques, les mensonges se sont multipliés avec le temps. «Elle a commencé par mentir sur ses devoirs et ses leçons au début de son secondaire, raconte la mère de 42 ans. Puis, elle nous a trompés sur ses allers-retours, ses sorties, ses activités, ses achats… Je n’en pouvais plus!» Mais au lieu d’exploser, Julie a réfléchi aux raisons qui poussaient son aînée à mentir.

Selon Annie Rousseau, psychologue à la Clinique de médecine de l’adolescence au Centre hospitalier universitaire de Québec, lorsque le mensonge se répète, c’est le bon réflexe à développer: s’arrêter pour faire un peu d’introspection. «On peut se questionner sur les règles appliquées à la maison et à quoi servent les mensonges de l’enfant, dit-elle. Est-ce qu’ils viennent d’un besoin non comblé?»

Rappelons que l’adolescence est une période de transition et de grands changements. «Car l’adolescent cherche son individualité, son autonomie, son identité, souligne Isabelle Drolet, travailleuse sociale au CIUSSS de la Capitale-Nationale. Il veut prendre ses propres décisions et se différencier ou se séparer de celles prises par les membres de sa famille.» Et pour y arriver, l’adolescent peut décider, plus ou moins consciemment, de mentir.

Que cherche-t-il?

Notre ado vise-t-il à transgresser les règles, à éviter des sanctions, à attirer l’attention, à se montrer sous un jour meilleur, à protéger son intimité, à se distancier… ou ment-il par crainte de décevoir? Quelle que soit la réponse, il est possible que le style parental joue un rôle, en partie du moins, dans l’équation. «Est-ce que le parent est très contrôlant, hyper protecteur ou encore intrusif?» demande Annie Rousseau. Si c’est le cas, mieux vaut s’ajuster. «L’encadrement d’un ado n’est pas le même que pour un enfant, note la psychologue. L’adolescent a besoin d’un espace de discussion, de négociation.»

Stéphane, père de trois ados, a compris qu’avec son benjamin, cet «espace de discussion» devait changer afin d’être modulé à son tempérament et à ses envies. «Avec les deux premiers, on n’a pas eu à répéter bien souvent, raconte le père. Les règles, par exemple celles reliées au couvre-feu, étaient suivies. Mais avec Nathan, il a fallu s’ajuster… pour éviter la crise!» Sa conjointe et lui ont d’abord resserré l’horaire de leur fils de 15 ans et ils ont augmenté les restrictions, sans grand succès. Au contraire, ces mesures ont eu l’effet inverse. «Sa rébellion était plus forte que jamais, il ne voulait même plus nous parler, il nous évitait», se désole cet ingénieur de 51 ans.

Après avoir consulté leurs proches, eux aussi parents d’adolescents, le couple a instauré le «conseil de famille» du dimanche soir, sorte de rituel de discussion où chaque membre du clan s’exprime sur ses préoccupations et ses enjeux actuels. La formule n’a pas plu d’emblée à Nathan, mais il a fini par s’ouvrir: ses besoins de liberté et d’indépendance étaient différents de ceux de ses frères. Ces derniers ont pu participer à la conversation et mieux comprendre la dynamique du plus jeune. «On a trouvé un terrain d’entente et, depuis, Nathan va bien… et nous aussi! Rien n’est parfait, mais au moins, on se parle», confie Stéphane.

Agir en modèle

Selon Isabelle Drolet, le mensonge fait partie de l’ADN des ados. «L’adolescent va tester les limites de ses parents, dit-elle. Il faut tenter de maintenir un certain cadre pour que la relation parent-enfant demeure intacte, avec une communication ouverte et une confiance mutuelle.»

Énoncer des règles familiales claires en nommant les valeurs qui les appuient est un premier pas. Lorsque ces règles sont transgressées, il est important d’exprimer comment on se sent. «Le parent doit être honnête, insiste Annie Rousseau, et il doit aussi être un modèle… même imparfait. Après tout, même les adultes épanouis et responsables ont déjà menti!»

Pour Stéphane, se remémorer sa propre adolescence, y compris quelques mensonges et tourments, l’a aidé à mieux comprendre son fils Nathan et ses propres réactions. «Au fond, il me ressemble», laisse-t-il tomber.

Bien qu’ils soient «normaux» et pas du tout atypiques à l’adolescence, les mensonges ne doivent cependant pas se multiplier. Dans un tel cas, il vaut peut-être mieux consulter. «En accord avec nos valeurs, on peut aussi décider de retirer des privilèges à notre ado, toujours en lien avec la situation concernée», mentionne Mme Drolet. Le plus important, c’est de rester cohérent, conséquent et clair, rappelle pour sa part Mme Rousseau.

Pour Julie, les choses sont rentrées dans l’ordre lorsqu’elle a révisé certaines règles familiales avec sa fille, maintenant âgée de 16 ans. «Oui, elle a déjà menti, et pas mal à part de ça, avoue Julie, mais elle est aujourd’hui une étudiante sereine, heureuse et épanouie.»

Il existe deux sortes de mensonges…

Le mensonge prosocial: on ment pour ne pas blesser, pour faire plaisir ou pour réconforter quelqu’un, ou encore pour le protéger ou l’aider.
Le mensonge antisocial: on ment pour obtenir un gain personnel. Ce type de mensonge est plus intentionnel et plus pathologique que le premier.

Source: Clinique de médecine de l’adolescence du Centre hospitalier universitaire de Québec

Pour aller plus loin

 

• On lit L’estime de soi de nos adolescents, de Germain Duclos, Danielle Laporte et Jacques Ross, Éditions du CHU Sainte-Justine.

• On consulte le Guide Ado 101, produit par divers organismes en collaboration avec la Direction de santé publique et le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale (téléchargeable gratuitement en ligne).

• On écoute l’épisode «Why kids lie and what to do about it», du balado Practically Perfect Parenting (en anglais), dans lequel deux psychologues décortiquent les mensonges des enfants  et suggèrent des pistes de solution pour encourager l’honnêteté.

Besoin d’aide?

• La Ligne Parents offre du soutien professionnel gratuit, 24/7: 1 800 361-5085.  ligneparents.com

• La ligne Info-Social, au 811, est un service de consultation téléphonique gratuit et confidentiel; il permet de joindre un professionnel en intervention psychosociale en cas de problème ponctuel.

• L’organisme Entraide Parents, à Québec, organise des ateliers pour les parents d’enfants âgés de 12 à 18 ans, et des rencontres entre parents de jeunes adultes âgés de 18 à 30 ans, en plus de proposer d’autres réunions d’information partout au Québec. entraideparents.com

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