Quels genres de parents sommes-nous en 2019?

12 Fév 2019 par Linda Priestley
Catégories : Famille

Parents hélicoptères, slow parenting… Avec la vie qui se complexifie et qui avance plus vite, les façons d’éduquer la marmaille se réinventent constamment. Portrait du parentage en 2019.

Être papa et maman aujourd’hui est complètement différent de ce qu’on a connu il y a 30 ou même 20 ans. Le contexte social et économique, les conditions de vie, les avancées technologiques, bref, ça bouge au sein des familles. Mais le désir de bien assumer notre rôle de parent, lui, ne change pas.

Selon l’Association américaine de psychologie, les chefs de famille du monde entier partagent généralement les trois mêmes objectifs: assurer la santé et la sécurité de leurs enfants, les préparer à devenir des adultes responsables et productifs, et leur transmettre leurs propres valeurs culturelles. Une mission qui ne s’accomplit pas les doigts dans le nez! Si des facteurs environnementaux et biologiques influencent le bien-être de nos petits trésors, il va sans dire que le style parental qu’on adopte y contribue aussi beaucoup. Pas étonnant qu’on cherche une méthode qui fera de nous un superparent! Quelles sont les plus utilisées à l’heure actuelle? Voyons ça de plus près…

Le parenting tricoté de mille façons

Au Québec, comme partout au Canada, on trouve plus que jamais une grande diversité des familles: traditionnelles, monoparentales, recomposées, homoparentales, multigénérationnelles. «Et il existe autant de styles parentaux qu’il y a de sortes de familles», dit Sara MacNaull, directrice des programmes à l’Institut Vanier de la famille. Sans compter que chaque clan compose à sa façon avec les réalités actuelles: l’évolution constante du rôle de papa et de celui de maman, la conciliation travail-famille, la participation des mères sur le marché du travail, la présence plus grande des pères à la maison.

Bref, pas facile de faire ressortir les tendances les plus en vogue, à part peut-être celle de vouloir trouver l’équilibre entre le «trop ou pas assez de discipline», fait remarquer Mélanie Dugas, coach familial et membre du Réseau Nanny secours: «Ce qu’on a surtout vu au cours des dernières années est le désir d’adopter un style moins autoritaire que celui qu’on pratiquait autrefois, et celui moins permissif qui existait avant le règne de l’enfant-roi.» D’où l’émergence d’une foule de tendances, chacune visant à remplacer une précédente qui serait trop ceci ou pas assez cela.

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Plus informés que jamais

De nos jours, le défi des parents consiste à trouver un certain équilibre dans tout cela, souligne Mélanie Dugas: «On veut opter pour un style ou un mélange de styles qui nous convient.» Le choix est immense, puisqu’on n’a jamais été autant bombardé d’informations sur l’art élever nos jeunes. «Autrefois, si on avait des questions par rapport à nos enfants, on consultait les autres parents de la communauté, affirme Sara MacNaull. Plus tard, dans les années 70 et 80, on s’est tourné vers des livres sur le parenting pour nous aider à devenir le meilleur parent au monde. Aujourd’hui, on a une quantité incroyable d’infos au bout des doigts grâce à Internet. Notamment avec Dr Google, pour soigner les bobos, et des sites, forums, blogues et autres pour des références en matière d’éducation des petits.»

Tout ça sans compter les recherches de plus en plus poussées en neuroscience sur le développement du cerveau de l’enfant, et dont les résultats donnent lieu à la publication de livres que tout le monde va s’arracher, renchérit Mme Dugas. «Il y a aussi les avis des uns et des autres, dont certains sont documentés, d’autres pas. Bref, les parents sont davantage servis dans leur quête pour trouver LA bonne méthode. Mais cette multitude d’infos comporte aussi des désavantages, ajoute-t-elle: «Je constate que de nombreux parents se font peu confiance. À force d’écouter tout le monde, ils oublient de se fier à leur instinct, à leurs valeurs et à ce qu’ils veulent transmettre à leurs enfants, comme couple et comme parents.»

Les super performants

Dans notre société où la performance est de rigueur, pas étonnant qu’on rêve de trouver la formule magique qui transformera notre progéniture en minicitoyens bien élevés et polis. «On pousse nos enfants à devenir aussi performants que nous, déclare Mélanie Dugas. On leur met ainsi beaucoup de pression sur les épaules, ce qui fait qu’ils sont parfois plus anxieux ou qu’ils éprouvent des troubles de comportement.»

Si la pression est forte sur les jeunes, elle l’est aussi sur les parents qui veulent jouer leur rôle sans fausse note. «On se dit que si notre enfant se comporte bien, ça veut dire qu’on est un bon parent, dit Mme Dugas. Autrement, on se convainc qu’on a mal fait notre travail, alors que ce n’est pas forcément le cas.»

Bonjour les papas!

De façon générale, les pères veulent assurer une plus grande présence auprès de leurs enfants. On le constate par exemple dans les écoles primaires, où de plus en plus de papas participent aux activités bénévoles. «Ça ne signifie pas pour autant que les mères sont moins présentes», note Sara MacNaull. Les rôles des parents sont tout simplement moins définis qu’auparavant. On le remarque surtout chez les couples traditionnels où, souvent, les mères sont sur le marché du travail. Les responsabilités sont désormais partagées et les parents négocient entre eux pour décider qui fait quoi en lien avec les enfants, l’entretien de la maison, le budget et le reste. Selon une étude canadienne, 45 % des pères font l’épicerie la plupart du temps. Le partage est donc devenu presque égal.»

Cela dit, le but de papa n’est pas d’être comme maman; il veut définir son propre rôle de parent, renchérit Mélanie Dugas. «Dans ma pratique de coaching familial, je constate qu’un nombre grandissant de pères viennent me consulter. Je vois aussi que les couples mixtes assistent en plus grand nombre à mes conférences, et pas seulement la mère.»

Les pères sont aussi de plus en plus nombreux à prendre un congé de paternité depuis l’instauration du Régime québécois d’assurance parentale, il y a plus de 10 ans. «Environ 80 % des nouveaux papas veulent rester à la maison pour s’occuper de leur nourrisson ou ont l’intention de le faire, dit Sara MacNaull. Habituellement, ils le font au début, tout de suite après l’accouchement, pour aider le couple à faire face aux nombreux changements occasionnés par l’arrivée du bébé.»

Par ailleurs, les nouvelles mesures mises en place par le gouvernement, dont l’étalement des congés parentaux qui peuvent s’étaler sur une période allant jusqu’à deux ans, permettent aux parents de passer plus de temps avec leurs enfants.

Coucou, Mamies et Papis!

La famille intergénérationnelle est celle qui a connu la plus forte croissance au cours des dernières années, en raison de l’espérance de vie qui s’allonge. Ce qui fait que Mamie et Papi sont présents plus que jamais dans la vie de leurs bouts de chou. «Leur présence peut influencer le style parental exercé à la maison, assure Sara MacNaull. Par exemple, s’ils ont tendance à être autoritaires, les parents pourraient alors adopter une méthode d’éducation plus stricte.» Cette proximité favorise aussi les échanges et les liens affectifs entre les petits-enfants et leurs grands-parents, «ce qui est très positif pour tout le monde», fait-elle remarquer.

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Les planeurs, les raseurs et les tigresses

Les parents hélicoptères, dont on a beaucoup parlé au cours des dernières années, sont ceux qui planent au-dessus de leur enfant pour le diriger vers un avenir le plus rose possible et qui volent à sa rescousse au moindre hic. Quant aux lawnmower parents, version boostée des parents hélico, ils font carrément table rase des obstacles qui peuvent se dresser sur la route de leurs petits trésors.

Dans un cas comme dans l’autre, on déresponsabilise nos jeunes parce qu’on fait tout à leur place, relate Mélanie Dugas: «En étant soucieux de faire la bonne chose, on est beaucoup derrière eux pour assurer leur bien-être et leur bonheur, mais en agissant de cette façon, on ne favorise pas leur autonomie.»

À l’autre extrémité du spectre se trouvent les Tiger Moms, c’est-à-dire des mères très exigeantes et compétitives, qui veulent elles aussi ce qu’il y a de mieux pour leur enfant, mais qui n’hésitent pas à le laisser se casser la margoulette à l’occasion pour qu’il en retire une leçon de vie.

On ralentit la cadence

Il y a aussi des familles qui en ont ras le bol de la performance à tout prix. Pas étonnant qu’un nombre grandissant d’entre elles veulent mettre la pédale douce. «On opte pour la simplicité volontaire et le retour à la nature, dit Sara MacNaull. Dans la plupart des familles où les deux parents travaillent, le temps passé ensemble est limité, et donc précieux. Ce qui fait qu’on veut décrocher de nos iPads et profiter du moment présent entouré des nôtres.»

Pour réussir ce tour de force, certains parents, les papas comme les mamans, choisissent des emplois où les horaires sont flexibles. «Ça leur permet de passer plus de temps avec leurs enfants, de prendre une journée de congé si l’un d’eux est malade ou pour assister à un spectacle à l’école, fait remarquer Sara MacNaull. Ça fait partie de leurs valeurs. Sans forcément rechercher l’équilibre parfait, ils essaient de gagner en qualité de temps.»

Un mode d’existence qui est aussi un style parental, que certains appellent le slow parenting. «L’idée est de laisser à l’enfant l’occasion de découvrir et d’explorer le monde qui l’entoure, d’évoluer à son propre rythme, dit Mélanie Dugas. Tranquillement, on revient à la base et on encourage ainsi nos jeunes à se désintéresser de leurs gadgets électroniques, le temps d’aller se coucher dans la neige pour faire des anges regarder les nuages.»

Après les Pierrafeu, les Jetson

Sur l’art d’être parent, on n’a pas fini d’apprendre. « Les méthodes et approches vont continuer de changer, affirme Sara MacNaull. D’autres styles vont apparaître avec les générations qui nous suivent, elles-mêmes influencées par le style de leurs parents, les traits de caractère de la famille et le contexte social.

La preuve? Il y a 10 ou 20 ans, les Tiger Moms et Lawnmower Parents n’existaient pas. Ou du moins, ils ne portaient pas ce nom.  Parce que ce ne sont que des noms, après tout. Et d’où ça vient? Dans le fond, on ne sait pas ce qui motive les parents à adopter un comportement plutôt qu’un autre. L’influence peut venir de l’extérieur, mais il y a aussi certains besoins des enfants qui entrent en ligne de compte. Si on a un petit qui souffre d’une allergie alimentaire ou d’une maladie, par exemple, il est possible qu’on change alors nos façons de faire pour s’adapter à sa condition.

Au bout du compte, malgré les tendances qui se succèdent, ce sont les parents qui choisissent. Les mères et les pères de demain? «Ce sont ceux qui chercheront à doser entre se questionner et trop se questionner, conclut Mme Dugas. C’est OK d’être ouvert et de se remettre en question, mais sans exagérer. Dans le fond, ce qui importe, c’est d’écouter son cœur de maman ou de papa.»

Trois courants qui influencent les parents

  • Le mouvement #MoiAussi (#MeToo). Selon de nombreux observateurs, l’affaire Harvey Weinstein, qui a secoué Hollywood en 2017, pourrait nous encourager à enseigner le respect du consentement sexuel à nos jeunes garçons et filles, ainsi qu’à favoriser chez eux une image corporelle saine.
  • Le nouveau Guide alimentaire canadien. On l’attendait depuis 2007 et il sera enfin prêt cette année. Au menu: des recommandations au goût du jour qui inciteront les parents à faire des choix plus sains, à transmettre leur savoir culinaire et à faire des repas en famille un moment privilégié.
  • Le green parenting. Élever nos petits dans le respect de l’environnement est un souci grandissant. La preuve: en constatant l’incroyable augmentation des épingles associées aux vêtements écolos en 2017, Pinterest prédisait que la tendance figurerait parmi les tops, toutes catégories confondues, en 2018. Parions qu’elle le sera tout autant en 2019!

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Photos: Stocsky



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