Pierre Hébert: seuls au monde

13 Juil 2020 par Pierre Hébert
Catégories : Famille / Véro-Article
Icon

Dans cette chronique, Pierre Hébert nous parle de l'importance de prendre des vacances en famille.

Ça se passe l’an dernier, bien avant la Covid-19 et le confinement. Nous sommes dans le Sud. Je crois qu’il est environ 21 heures, mais je n’en suis pas certain, puisque je n’ai sur moi ni téléphone ni montre. Le ciel brille de mille étoiles, l’air est chaud, le vent est frais et le moment, lui, est parfait.

Depuis un bon moment déjà, avec ma femme et mes enfants, nous dansons dehors à l’occasion d’une fête organisée par l’hôtel où nous séjournons. Normalement, les enfants devraient déjà être couchés, mais je ne ressens aucune urgence à les mettre au lit. C’est plutôt l’inverse. Je veux que ce moment dure le plus longtemps possible.

L’héritier de deux ans pose ses mains sur le sol et lève une de ses jambes en l’air. Il se remet debout, fier de lui comme s’il venait d’exécuter l’impossible. C’est son move de danse fétiche, celui qu’il refait toutes les 15 secondes. Chaque fois, il nous regarde. Chaque fois, on lâche un gros «Wow!» qui le remplit de fierté.

Je regarde ma femme danser avec l’héritière de quatre ans. La musique m’empêche de comprendre leurs blagues, mais leur sourire me montre à quel point elles s’amusent ensemble. Je ne veux pas m’approcher ni même tenter de saisir ce qui les fait rire. Ce moment, d’une infinie beauté, n’appartient qu’à elles seules.

Plus tard, fatigués d’avoir autant dansé, nous quittons la piste en nous dirigeant vers la chambre. Même s’il n’y a plus de musique, l’héritier continue de faire son fameux move de jambe en l’air tous les cinq pas. Chaque fois, il se relève, heureux et fier de lui comme s’il venait d’atteindre le sommet de l’Everest.

Au moment où nous arrivons dans notre chambre, le silence s’installe. Un silence aussi apaisant que bien rempli. Il déborde des souvenirs de la journée, des fous rires, du bonheur et des promesses que demain saura tenir.

Après le bain, les enfants viennent nous rejoindre dans notre grand lit. Ils veulent dormir avec nous. Ma femme et moi feignons d’hésiter un moment, même si nous le souhaitions nous aussi, secrètement.

Épuisé par ses exploits artistiques, l’héritier s’endort en posant sa tête sur mon épaule, ses petits cheveux follets chatouillant mon visage. De son côté, l’héritière combat le sommeil, alors que sa mère lui caresse la tête. Elle refuse de s’endormir, de peur que ces câlineries s’arrêtent quand ses paupières se fermeront.

« Entre nous, on appelle ça «faire le plein». Faire le plein de nous, des enfants, de la famille. Faire le plein des moments où rien ne nous dérange, où notre attention n’est déviée vers rien d’autre. »

À cet instant même, je me félicite de mon choix, celui d’être parti.

C’est maintenant une tradition familiale: partir durant l’été. Ça peut être en camping, en voyage dans le Sud, en visite à Disney World, ou encore un séjour dans un chalet… (Ou même juste une petite fin de semaine à l’hôtel, pas trop loin de la maison, dès que ce sera autorisé par les chefs de nos gouvernement!) Plus qu’une tradition, c’est même devenu un besoin vital.

Pour moi, être en vacances, ce n’est plus suffisant. Je dois partir avec ma famille pour une simple et bonne raison: nous couper du monde. Ce monde avec lequel nos enfants nous partagent trop souvent. Et quand je parle du monde, ça inclut la routine, les horaires, le travail, les collègues, les amis et les commissions, mais aussi les courriels et les réseaux sociaux…

Je regarde ma femme et elle me sourit. Nous n’avons pas besoin de parler, nous pensons la même chose. Nous savons à quel point ce moment nous fait du bien et à quel point il est précieux. Nous partageons ce merveilleux et précieux sentiment: celui d’être seuls au monde avec nos enfants.

Entre nous, on appelle ça «faire le plein». Faire le plein de nous, des enfants, de la famille. Faire le plein des moments où rien ne nous dérange, où notre attention n’est déviée vers rien d’autre. Faire le plein, alors que personne d’autre que nous n’a d’importance.

Ça se passe l’an dernier, bien avant la Covid-19 et le confinement. Nous sommes dans le Sud. Je crois qu’il est environ 23 heures, mais je n’en suis pas certain, puisque je n’ai sur moi ni téléphone ni montre. Le ciel brille de mille étoiles, l’air est chaud et, alors que je ferme les yeux, de petits cheveux follets me chatouillent le visage. Le moment est parfait.

J’ai déjà hâte de nous retrouver ainsi, juste tous les quatre. Seuls au monde… et n’importe où sauf chez nous. 😉

Pierre Hébert est un humoriste, animateur, auteur et acteur québécois. Pour plus d’information à son sujet, on visite le site pierrehebert.ca.

À lire aussi:

 



Catégories : Famille / Véro-Article
3 Masquer les commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. Carole LeFrancois dit :

    super de beau texte qui a provoqué une petite émotion heureuse chez moi. je souhaite que ton bonheur familial continue longtemps, et tout comme moi j’ai fait souvent, les enfants font parti du voyage. Bonne route

  2. Line Gourley dit :

    Le décrochage de la routine est magique ☀️

  3. Marie-Josée Gaudette dit :

    Super beau texte, touchant, rempli de simplicité. La vie est si simple lorsqu’on sait apprécier tous les petits moments et surtout  »lâcher prise ». Bravo Pierre, bonheur à toi et ta famille.

Ajouter un commentaire

Magazine Véro

S'abonner au magazine